Il avait évoqué une maison endommagée, des mois de stress et un divorce douloureux. Il avait présenté les cicatrices d’Élise comme un rappel permanent d’une tragédie dont il n’arrivait plus à se remettre.

Il avait soigneusement omis le fait qu’elle était retournée dans le bâtiment en flammes pour le sauver.

Un soir, Inès lui demanda :

— Tu as encore des nouvelles de ton ex-femme ?

Julien releva la tête de son ordinateur.

— Pourquoi cette question ?

— Parce que ta mère m’a appelée.

Il se figea.

— Ma mère ?

— Oui. Elle voulait savoir si nous avions l’intention de nous marier.

Julien ferma son ordinateur.

— Elle n’aurait pas dû t’appeler.

— Ce n’est pas le plus important.

Inès posa son téléphone sur la table.

— Elle m’a dit qu’Élise était très courageuse. Que tu avais failli mourir dans l’incendie et qu’elle t’avait sauvé. Elle m’a aussi dit que tu avais beaucoup souffert après.

Julien resta silencieux.

— Pourquoi ne m’as-tu jamais raconté ça correctement ?

— C’est compliqué.

— Tu utilises souvent cette phrase.

Il se leva pour aller chercher un verre d’eau, mais Inès poursuivit :

— Je ne comprends pas quelque chose. Tu m’as dit que votre mariage était déjà terminé avant l’incendie. Pourtant, sur certaines photographies, vous portiez encore vos alliances. Et ta mère m’a dit que vous aviez essayé de sauver votre couple après l’hôpital.

Julien se retourna.

— Ma mère parle trop.

— Et toi, tu ne parles pas assez.

Il posa son verre.

— Je ne voulais pas que notre histoire commence avec tout ce poids.

— Alors tu as préféré me laisser croire que tu étais déjà divorcé ?

— Je ne t’ai jamais dit exactement ça.

Inès eut un rire bref, sans joie.

— Non. Tu m’as simplement laissé le croire. Tu as retiré ton alliance avant de me rencontrer, tu m’as dit que tu étais libre et tu m’as invitée à des événements où tes collègues pensaient que tu étais célibataire.

Julien passa une main sur son visage.

— Je voulais être avec toi.

— Ce n’est pas une réponse.

Elle se leva.

— Est-ce que tu m’as raconté la vérité sur Élise ?

Il ne répondit pas immédiatement.

Ce silence suffit à lui faire comprendre que la réponse était non.

— Tu sais ce qui me fait le plus peur ? demanda Inès. Ce n’est même pas que tu aies été marié. C’est que tu sois capable de raconter une histoire différente à chaque personne pour obtenir ce que tu veux.

— Inès, je t’aime.

Elle le regarda longuement.

— Peut-être. Mais je ne sais plus si je connais l’homme que j’aime.

Elle passa la nuit chez une amie.

Le lendemain, elle lui demanda de lui laisser du temps.

Pour la première fois, Julien découvrit qu’une nouvelle relation ne pouvait pas effacer les conséquences de l’ancienne.

Quelques semaines plus tard, Françoise se présenta chez Élise sans prévenir.

Claire ouvrit la porte et faillit la refermer aussitôt.

— Je viens parler à Élise.

— Elle n’est pas obligée de vous recevoir.

— Je suis sa belle-mère depuis six ans.

— Vous étiez sa belle-mère quand elle était à l’hôpital aussi.

Françoise baissa les yeux.

Cette remarque l’atteignit plus qu’elle ne voulait le montrer.

— Je sais que Julien a fait des erreurs.

Claire croisa les bras.

— Des erreurs ?

— Il a mal géré la situation.

— Votre fils a laissé Élise retourner dans une maison en flammes pour le sauver. Ensuite, il lui a promis de rester à ses côtés. Puis il l’a abandonnée pendant qu’elle apprenait à vivre avec des blessures qui la suivront peut-être toute sa vie. Et vous appelez cela une mauvaise gestion de la situation ?

Françoise rougit.

— Je ne suis pas venue pour me disputer.

— Alors pourquoi êtes-vous venue ?

Elle hésita avant de répondre.

— Julien va mal. Inès s’éloigne de lui. Son agence traverse une période difficile. Il voudrait parler à Élise.

Claire eut un sourire incrédule.

— Il voudrait parler à la femme qu’il a quittée parce que ses cicatrices lui rappelaient un événement traumatisant ?

— Il regrette certaines choses.

— Alors il peut commencer par les reconnaître sans demander à Élise de le soulager de sa culpabilité.

Françoise resta immobile.

Puis elle prononça la phrase qu’elle aurait dû dire des mois plus tôt.

— Je suis désolée de ne pas avoir été là pour elle.

Claire ne répondit pas immédiatement.

Elle avait attendu des excuses pendant longtemps, mais les entendre maintenant ne réparait pas les dimanches manqués, les appels ignorés ni le silence qui avait entouré les premières semaines de convalescence.

— Vous pouvez le lui dire vous-même, répondit-elle finalement. Si elle accepte de vous écouter.

Élise apparut dans le couloir, appuyée contre la rampe.