Je n’aurais pas confronté Thomas immédiatement. Camille venait de découvrir une trahison qui pouvait lui coûter sa maison, ses économies et la sécurité de sa grand-mère. Le plus important était de protéger Madeleine, de préserver les preuves et de faire intervenir un avocat avant que Thomas et Élodie comprennent que leur plan avait échoué.
Mais Camille ignorait encore un détail : sa grand-mère n’avait pas seulement anticipé leur trahison. Elle avait préparé une dernière surprise pour celui qui pensait pouvoir la déclarer incapable de gérer ses propres affaires.
Le lendemain matin, Camille découvrit la vérité
Madeleine se redressa lentement sur le canapé.
— Ma chérie, donne-moi ton téléphone.
— Mamie, il faut appeler la police. Thomas a pris mon empreinte. Ils ont fait la même chose avec toi. Ils veulent prendre la maison !
— Je sais.
Camille la regarda, stupéfaite.
— Tu savais ?
— Je savais qu’Élodie préparait quelque chose. Je ne savais pas jusqu’où Thomas accepterait d’aller.
La vieille femme serra ses mains.
— Depuis plusieurs semaines, elle me pose des questions sur mes papiers, mes comptes et mon testament. Elle me répète que je perds la mémoire. Elle a même essayé de me convaincre de signer une procuration générale.
— Et les infusions ?
Madeleine baissa les yeux.
— Je ne peux pas affirmer ce qu’elle mettait dedans. Mais après les avoir bues, je me sentais anormalement somnolente. Alors j’ai cessé de les boire en secret et j’ai gardé les dernières tasses de côté. Je voulais comprendre ce qui se passait avant de l’accuser.
Camille sentit la colère monter.
— Tu aurais dû me prévenir !
— Oui, répondit Madeleine sans chercher à se défendre. J’aurais dû. Mais je voulais être certaine de ce que je te disais. Et j’avais peur que Thomas soit impliqué.
Cette dernière phrase fit plus mal que toutes les autres.
Camille s’assit à côté d’elle.
— Il l’est, Mamie. Je l’ai entendu.
Madeleine lui prit la main.
— Alors, maintenant, nous allons agir intelligemment.
Elle lui demanda de photographier les documents abandonnés sur la table, de conserver les messages et de noter précisément ce qu’elles avaient entendu. Puis elle insista pour qu’elles quittent la maison et se rendent chez un médecin.
Cette fois, Camille ne discuta pas.
Avant de partir, elle observa l’empreinte noire sur son pouce.
Thomas avait pris cette empreinte en croyant obtenir son consentement.
Il venait peut-être de laisser la preuve de sa propre trahison.
Le secret que Thomas ignorait
À midi, elles se trouvaient dans le cabinet de Maître Lefèvre, l’avocat qui accompagnait Madeleine depuis plus de vingt ans.
Il examina les photographies, écouta leur récit et resta silencieux un long moment.
— Il faut être prudent, expliqua-t-il. Une empreinte digitale ne prouve pas, à elle seule, que le document est frauduleux. Mais si elle a été apposée sans consentement, dans des circonstances trompeuses, cela peut devenir un élément important. Nous devons récupérer les originaux et vérifier la nature exacte des actes.
— Et s’ils ont déjà déposé les documents ? demanda Camille.
— Nous pouvons examiner les démarches urgentes appropriées pour protéger les droits de votre grand-mère et contester tout acte obtenu irrégulièrement.
Madeleine ouvrit alors son sac et en sortit une enveloppe scellée.
— Il y a autre chose.
L’avocat leva les yeux.
— Vous êtes certaine de vouloir lui en parler maintenant ?
— Oui. Elle doit savoir.
Madeleine se tourna vers Camille.
— La maison n’appartient pas à Thomas. Elle ne m’appartient même plus entièrement.
Camille fronça les sourcils.
— Comment ça ?
— Il y a trois ans, j’ai fait établir un acte notarié pour transmettre la nue-propriété d’une partie de la maison à toi et à ta fille, tout en conservant mes droits sur le bien. Je voulais que vous soyez protégées, quoi qu’il arrive.
Camille resta muette.
Elle savait que sa grand-mère souhaitait organiser sa succession, mais elle n’avait jamais imaginé qu’elle avait déjà pris des mesures aussi importantes.
Maître Lefèvre précisa :
— Nous allons vérifier les actes et leur portée exacte. Mais si les droits ont bien été transférés comme prévu, Thomas et Élodie ne peuvent pas simplement s’approprier la maison en faisant apposer des empreintes sur des feuilles.
Madeleine sortit ensuite un second document.
— Et voici la raison pour laquelle Élodie est revenue si souvent.
Il s’agissait d’une estimation immobilière récente.
La maison, située dans un quartier recherché de Lyon, avait pris beaucoup de valeur. Mais ce n’était pas tout.
Une agence avait également reçu une demande confidentielle pour évaluer le bien en vue d’une vente rapide.
La signature figurant sur le formulaire ressemblait à celle de Thomas.
— Il comptait vendre notre maison ? murmura Camille.
— Il comptait vendre ce qu’il pensait pouvoir obtenir, répondit Madeleine.