L’avocat releva un autre détail : la demande d’estimation avait été faite par une société immobilière récemment créée, dont Élodie était la représentante.

Camille comprit enfin pourquoi sa belle-sœur examinait chaque pièce avec autant d’attention.

Elle ne rêvait pas de rénover la maison.

Elle préparait déjà sa vente.

Le piège se referma

Le soir même, Thomas appela Camille.

Elle hésita avant de décrocher.

— Où es-tu ? demanda-t-il.

— Chez une amie.

— Tu aurais pu me prévenir. Je me suis inquiété.

Camille dut se retenir de rire.

Il avait encore le culot de jouer le mari inquiet.

— Pourquoi as-tu mis mon empreinte sur ces documents ?

Un silence.

Puis Thomas répondit :

— De quoi tu parles ?

— Je t’ai entendu, Thomas.

Sa voix changea immédiatement.

— Écoute-moi. Élodie m’a dit que c’était une simple formalité. On a des dettes, tu le sais. Je voulais nous protéger.

— En prenant la maison de ma grand-mère ?

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Alors explique-moi.

Il ne répondit pas.

Camille entendit une porte claquer de son côté, puis la voix d’Élodie, étouffée mais reconnaissable :

— Ne lui dis rien !

Thomas reprit, plus bas :

— Rentre à la maison. On va régler ça entre nous.

— Non, répondit Camille. Nous allons régler cela avec les personnes compétentes.

Elle raccrocha.

Quelques secondes plus tard, les messages commencèrent à arriver.

D’abord des excuses.

Puis des reproches.

Enfin, une menace à peine déguisée : Thomas lui rappelait qu’ils étaient mariés depuis dix ans et qu’elle n’avait pas intérêt à détruire leur famille.

Camille transféra tous les messages à son avocat.

Elle ne répondit plus.

La dette cachée

Deux jours plus tard, Maître Lefèvre rappela Camille.

L’examen des premières pièces avait révélé un élément supplémentaire : Thomas avait accumulé des dettes importantes auprès de plusieurs créanciers. Certaines étaient liées à des investissements risqués, d’autres à des emprunts personnels.

Élodie connaissait sa situation et lui avait proposé une solution.

Elle prétendait avoir trouvé un intermédiaire capable de faire obtenir un financement en utilisant la valeur de la maison comme garantie.

Mais les documents qu’elle avait préparés semblaient aller bien au-delà d’une simple demande de prêt.

— Votre mari a peut-être cru qu’il pourrait obtenir de l’argent rapidement sans que vous ayez à prendre de décision, expliqua l’avocat. Cela n’excuse rien. Nous devons établir précisément ce qu’il savait et ce qu’il a autorisé.

Camille sentit ses yeux se remplir de larmes.

Pendant dix ans, elle avait cru que Thomas était son partenaire.

Elle avait accepté les périodes difficiles, soutenu ses projets et réduit ses propres dépenses lorsqu’il disait que les affaires allaient mal.

Elle découvrait maintenant qu’il avait caché l’ampleur de ses dettes et envisagé d’utiliser les biens de sa famille pour les couvrir.

— Est-ce que je peux encore lui faire confiance ? demanda-t-elle.

Maître Lefèvre ne prétendit pas connaître la réponse.

— La confiance est une question personnelle. Pour le moment, votre priorité est de protéger vos droits et ceux de votre fille. Vous pourrez décider du reste lorsque vous aurez toutes les informations.

C’était la première fois depuis des jours que quelqu’un lui parlait sans essayer de la culpabiliser.

Le jour où Élodie perdit son sourire

Une semaine plus tard, Élodie se présenta chez Maître Lefèvre avec Thomas.

Elle avait choisi un tailleur beige et portait son sac le plus élégant. Elle semblait convaincue qu’une conversation bien menée suffirait à faire disparaître le problème.

Madeleine était assise près de la fenêtre.

Camille se tenait à côté d’elle.

L’avocat posa plusieurs documents sur la table.

— Nous avons examiné les pièces que vous avez préparées, commença-t-il. Nous contestons la validité de tout acte qui aurait été signé ou empreint sans consentement éclairé. Nous avons également demandé que les démarches relatives au bien soient examinées avant toute opération susceptible de porter atteinte aux droits de ses propriétaires.

Élodie haussa les épaules.

— Vous faites toute une histoire pour quelques empreintes.

— Alors vous n’aurez aucun problème à expliquer comment elles ont été obtenues, répondit l’avocat.

Elle se tourna vers Thomas.

Il fixait la table.

Maître Lefèvre sortit ensuite une copie de l’acte notarié relatif à la maison.

— Et voici un document que vous semblez avoir négligé.

Élodie le parcourut rapidement.

Son visage se figea.

— Ce n’est pas possible.

Madeleine prit la parole.

— Tu pensais que je passais mes journées à oublier des choses, Élodie. Mais j’ai encore toute ma mémoire lorsqu’il s’agit de protéger ma famille.

— Vous ne comprenez pas ! protesta Élodie. Thomas avait besoin d’argent. Je voulais simplement l’aider !

— En falsifiant des consentements ? demanda Camille.

— Je n’ai falsifié aucune signature !