Antoine relut le message une dizaine de fois.
Thomas.
Le frère jumeau de son gendre.
Il ignorait jusqu’à l’existence de cet homme.
Depuis quatre ans, Camille était mariée à Nicolas, un homme discret, charmant, toujours prêt à aider ses beaux-parents. Il venait réparer une serrure, accompagnait Claire à ses rendez-vous médicaux et appelait Antoine chaque dimanche.
Jamais il n’avait mentionné un frère jumeau.
Antoine fixa l’écran de son ordinateur. Sur la caméra de la chambre d’amis, Thomas bordait les deux enfants avec une tendresse qui contrastait étrangement avec le secret dans lequel il les gardait.
Puis il écrivit :
— Pourquoi êtes-vous chez moi ? Qui sont ces enfants ? Et qu’est-ce qui est arrivé à ma femme ?
La réponse tarda.
Enfin, trois messages apparurent.
« Les enfants s’appellent Léo et Inès. Ils ont trois ans. »
« Ce sont les enfants de Nicolas. »
« Et si Claire est malade, c’est parce que quelqu’un veut empêcher votre famille de découvrir leur existence. »
Antoine sentit son estomac se nouer.
1. L’homme caché dans la maison
Il resta au sous-sol jusqu’à ce que Thomas lui indique qu’il allait descendre.
À 1 h 17, des pas résonnèrent dans l’escalier.
Antoine saisit son téléphone et appela son ami Julien, l’avocat.
— Je suis dans ma cave. Un homme est entré chez moi. Il y a deux enfants à l’étage. Ma femme est à l’hôpital, intoxiquée.
Julien ne posa aucune question inutile.
— Écoute-moi bien. Ne sors pas pour le confronter. Éloigne-toi de lui, reste en sécurité et appelle les secours ou la police si tu penses qu’il y a un danger immédiat. Je vais t’aider à trouver un moyen de faire vérifier la situation légalement.
Antoine entendit ensuite la voix de l’inconnu dans le couloir.
— Monsieur Morel ? Je sais que vous êtes là.
Antoine ne bougea pas.
— Je ne suis pas venu vous faire du mal. Je vous en prie, écoutez-moi avant de prendre une décision.
Après quelques secondes, Antoine sortit de la pièce, son téléphone à la main.
L’homme qui lui faisait face ressemblait à Nicolas.
Même taille. Même ligne de mâchoire. Même regard sombre.
Mais il avait une cicatrice au-dessus du sourcil gauche, absente du visage de son gendre.
— Vous êtes vraiment son frère ?
— Oui. Thomas Delmas.
— Pourquoi personne ne m’a parlé de vous ?
Thomas baissa les yeux.
— Parce que Nicolas a passé des années à faire croire que j’étais mort.
Antoine sentit le sol se dérober sous ses pieds.
— Quoi ?
— Nous avons été séparés après une terrible dispute familiale. Nicolas a raconté à notre entourage que j’étais mort dans un accident de voiture. Il avait coupé tout contact avec moi et voulait que personne ne puisse me retrouver.
— Et les enfants ?
Thomas inspira profondément.
— Ce sont les miens. Leur mère, Émilie, est morte il y a deux ans. Avant sa mort, elle m’avait confié qu’elle craignait Nicolas. Elle possédait des documents concernant une société que les deux frères avaient créée ensemble. Après sa disparition, j’ai découvert que plusieurs contrats avaient été modifiés sans mon accord.
Antoine secoua la tête.
— Vous êtes en train de me dire que mon gendre a falsifié des documents ?
— Je vous dis que j’ai des raisons sérieuses de le soupçonner. Je ne peux pas encore prouver tout ce qu’il a fait.
Thomas désigna l’étage.
— Je suis venu ici parce que je n’avais plus d’endroit sûr où garder mes enfants. Votre fille ne sait pas qu’ils existent. Mais votre femme, elle, avait commencé à comprendre.
Antoine sentit une nouvelle peur l’envahir.
— Claire ?
— Elle m’a reconnu il y a quelques semaines. Elle m’a surpris près de votre maison, alors que je venais récupérer des papiers dans une ancienne boîte aux lettres. Elle m’a demandé pourquoi je ressemblais tant à Nicolas. Je lui ai expliqué qui j’étais.
— Et elle ne m’a rien dit ?
— Elle voulait d’abord vérifier ce que je lui racontais. Elle ne voulait pas accuser votre gendre sans preuves.
Antoine pensa à toutes les conversations qu’il avait eues avec Claire ces derniers jours.
Ses silences.
Sa fatigue.
Ses regards inquiets lorsque Nicolas appelait.
Il avait cru que sa femme lui cachait une simple inquiétude.
Il découvrait qu’elle portait peut-être seule un secret bien plus lourd.
2. Les pleurs de deux enfants
À l’étage, Inès se mit à pleurer.
Thomas se précipita vers la chambre d’amis. Antoine le suivit.
La petite fille se réveilla en appelant son père. Léo, son frère, s’agrippa à la manche de Thomas.
— Papa, est-ce qu’on doit encore partir ?
Thomas s’agenouilla devant eux.
— Non, mon cœur. Vous allez rester ici cette nuit. Mais demain, nous trouverons un endroit où vous pourrez dormir tranquillement.