Antoine observa les enfants.
Ils n’avaient rien de dangereux. Ils étaient simplement effrayés et épuisés.
Il se souvint alors des paroles de Madame Bernard : des pleurs de bébé, vers deux heures du matin.
Ce n’était pas une hallucination.
Quelqu’un avait caché deux enfants dans sa maison, et sa femme avait tenté de les protéger.
— Pourquoi ne pas avoir appelé les services compétents ? demanda-t-il à Thomas.
— Parce que je ne savais plus à qui faire confiance. Nicolas connaît beaucoup de monde dans le milieu des affaires. Je craignais qu’il ne retrouve les enfants avant que je puisse faire examiner les documents.
Antoine le regarda sévèrement.
— Vous ne pouvez pas décider seul de cacher des enfants, surtout si leur sécurité est en jeu.
Thomas acquiesça.
— Vous avez raison. Je ne veux plus continuer comme ça.
Antoine prit alors une décision : il ne laisserait pas les enfants seuls, mais il ne participerait plus non plus à un arrangement clandestin. Dès le lendemain, il demanderait conseil à un professionnel et ferait vérifier les conditions nécessaires pour les protéger.
Avant de quitter la chambre, Thomas lui tendit une enveloppe.
— Claire m’a demandé de vous donner ceci si elle se retrouvait à l’hôpital.
Antoine l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une copie d’un relevé bancaire, plusieurs courriels imprimés et une photographie.
Sur la photographie, Nicolas se tenait devant un bâtiment industriel, aux côtés d’un homme qu’Antoine reconnut immédiatement.
C’était le médecin qui avait pris en charge Claire après son intoxication.
3. Le médecin et les comptes secrets
Le lendemain matin, Antoine retourna à l’hôpital.
Claire était réveillée, mais encore très faible. Les médecins poursuivaient leurs examens pour identifier la substance responsable et comprendre comment elle avait pénétré dans son organisme.
Antoine lui prit la main.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
Les yeux de Claire se remplirent de larmes.
— Parce que j’avais peur que Nicolas soit impliqué. Et parce que je n’avais pas encore toutes les preuves.
— Tu savais pour Thomas ?
Elle hocha la tête.
— Je l’ai rencontré il y a trois semaines. Il m’a montré des documents concernant une société dont Nicolas m’avait toujours dit qu’elle n’avait jamais existé. J’ai commencé à vérifier certaines opérations financières.
— Et tu as découvert quoi ?
Claire hésita.
— Des transferts d’argent vers plusieurs sociétés. Des montants importants. Certains paiements étaient justifiés par des contrats que Thomas disait n’avoir jamais signés.
Antoine ouvrit l’enveloppe.
Claire pâlit en voyant la photographie.
— Où as-tu trouvé ça ?
— Thomas me l’a donnée.
Elle examina le visage du médecin.
— Ce n’est pas lui qui m’a soignée. C’est son associé, le docteur Perrin. Il a travaillé pendant un temps avec une clinique privée où Nicolas avait des intérêts financiers.
Antoine se redressa.
— Tu penses que ce médecin a participé à ton intoxication ?
— Je ne sais pas. Je ne veux accuser personne sans preuve. Mais je me souviens d’une chose : quelques jours avant mon malaise, Nicolas m’avait conseillé de prendre un complément alimentaire qu’il disait avoir acheté pour moi. Je ne l’ai jamais trouvé particulièrement étrange, puisqu’il se préoccupait toujours de ma santé.
Antoine sentit la colère lui serrer la gorge.
Mais il se rappela les conseils de Julien.
Il ne devait pas transformer ses soupçons en certitudes.
— Nous allons tout transmettre aux enquêteurs, dit-il. Plus personne ne te donnera quoi que ce soit sans que l’équipe médicale le sache.
Claire lui serra la main.
— Antoine, je dois te dire quelque chose d’autre.
Elle ferma les yeux un instant.
— Camille a peut-être déjà été entraînée dans cette affaire.
4. La fille qu’il croyait connaître
Camille arriva à l’hôpital dans l’après-midi.
Elle portait un manteau clair et tenait un bouquet de fleurs. Elle embrassa son père, puis s’assit près du lit de sa mère.
— Comment tu te sens, maman ?
— Mieux, ma chérie.
Camille sembla soulagée.
Puis elle regarda Antoine.
— Papa, Nicolas m’a dit que tu étais épuisé et que tu avais besoin de repos. Il m’a conseillé de ne pas te poser trop de questions.
Antoine ne répondit pas immédiatement.
— Où est ton mari ?
— Au bureau. Il a beaucoup de travail.
— Camille, connais-tu Thomas Delmas ?
Elle fronça les sourcils.
— Qui ?
— Le frère jumeau de Nicolas.
Le bouquet glissa légèrement entre ses doigts.
Pendant quelques secondes, elle resta immobile.
Puis elle murmura :
— Thomas est vivant ?
Antoine sentit son cœur se serrer.
— Tu connaissais son existence ?
Camille se mit à pleurer.
— Nicolas m’a dit qu’il avait eu un frère qui était mort jeune. Je ne savais pas qu’il était vivant.
— Et les enfants ?
Elle le regarda sans comprendre.
— Quels enfants ?