Le médecin regarda Thomas avec gravité avant de poursuivre :

— Nous avons remarqué une odeur inhabituelle sur ce jouet. Notre équipe a préféré le mettre de côté pour des analyses. Pour l’instant, nous ne pouvons pas tirer de conclusion définitive, mais nous avons découvert des traces d’une substance qui pourrait expliquer une partie des symptômes de votre femme et de votre fille.

Thomas sentit ses jambes se dérober.

— Vous voulez dire que quelqu’un a essayé de les empoisonner ?

— C’est une possibilité que nous devons vérifier. La police a été prévenue. Ne touchez plus à cet objet et racontez-nous précisément ce qui s’est passé à votre retour.

Thomas s’assit, le visage entre les mains. Trois jours. Il n’avait été absent que trois jours, et pendant ce temps, les deux personnes qu’il aimait le plus avaient failli mourir sous son propre toit.

Mais une question le hantait : pourquoi sa mère avait-elle eu si peur lorsqu’il avait voulu emporter le lapin ?

Quelques heures plus tard, une infirmière vint lui annoncer que Lily avait repris connaissance. La petite fille était encore très faible, mais elle réclamait son père.

Thomas entra dans sa chambre et s’assit près de son lit.

— Papa…

— Je suis là, mon trésor.

Lily serra sa main. Ses yeux se remplirent de larmes.

— Mamie a dit que je ne devais pas manger quand maman était méchante.

Thomas sentit son cœur se briser.

— Pourquoi disait-elle ça, ma chérie ?

La fillette regarda la porte, comme si elle craignait que sa grand-mère puisse surgir à tout moment.

— Elle disait que maman était malade dans sa tête. Elle enfermait la nourriture. Quand j’avais faim, elle me donnait seulement de l’eau. Maman partageait son morceau avec moi, mais après, mamie lui criait dessus.

Thomas dut prendre une profonde inspiration pour garder son calme.

— Et le lapin ? Pourquoi maman t’a-t-elle dit de le garder ?

Lily baissa les yeux vers sa couverture.

— Maman a caché quelque chose dedans. Elle m’a dit de ne jamais le donner à mamie, même si elle me le demandait.

Thomas sentit un frisson lui parcourir le dos.

Le vieux lapin appartenait à Lily depuis sa naissance. Claire l’avait cousu elle-même après avoir récupéré plusieurs morceaux de tissu d’une couverture familiale. Il avait toujours été le jouet préféré de leur fille.

Mais ce que Thomas ignorait, c’était que Claire avait récemment commencé à soupçonner Béatrice de leur cacher quelque chose.

Quelques jours avant son départ, elle avait surpris sa belle-mère en train de fouiller dans son bureau. Lorsqu’elle lui avait demandé ce qu’elle cherchait, Béatrice avait prétendu vouloir simplement emprunter un chargeur.

Claire n’y avait pas cru.

Elle avait alors commencé à conserver certains documents dans une petite poche cousue à l’intérieur du lapin, pensant que personne ne fouillerait dans le jouet d’une enfant.

Ce qu’elle y avait placé allait bouleverser toute la famille.

Le lendemain matin, un officier de police vint rencontrer Thomas à l’hôpital. Les premières analyses avaient révélé des traces d’un produit toxique dans un échantillon prélevé sur le tissu du lapin. Les médecins précisaient toutefois que des examens complémentaires étaient nécessaires pour déterminer l’origine exacte de la contamination et établir son lien avec l’état de Claire et de Lily.

La police avait également retrouvé, dans la cuisine, plusieurs emballages de produits ménagers et des récipients dont l’utilisation devait être examinée.

— Votre mère affirme que votre épouse souffrait depuis quelque temps de malaises inexpliqués, expliqua l’officier. Elle prétend aussi que Claire refusait de s’alimenter. Pourtant, les éléments découverts dans la maison ne correspondent pas entièrement à sa version.

Thomas repensa au cadenas, aux assiettes brisées et aux doigts blessés de sa femme.

— Et mon frère ? demanda-t-il. Pourquoi était-il là ?

L’officier consulta ses notes.

— Nous devons encore vérifier son rôle. Nous avons cependant découvert des mouvements financiers inhabituels entre votre frère et votre mère. Il faudra établir leur origine et leur objet avant de tirer des conclusions.

Thomas se rappela alors la montre luxueuse de Julien. Son frère avait récemment accumulé des dettes, mais il prétendait avoir trouvé un nouvel investissement particulièrement rentable.

Un investissement dont il n’avait jamais voulu parler en détail.

L’officier lui montra ensuite une photographie prise lors de la perquisition : une enveloppe contenant plusieurs copies de documents bancaires et un brouillon de courrier adressé à un notaire.

Thomas reconnut immédiatement sa signature sur l’un des documents.

Ou plutôt, une imitation de sa signature.

Il avait autorisé sa mère à s’occuper de quelques formalités administratives pendant son déplacement professionnel. Il n’avait jamais accepté de transférer une partie de ses économies à Julien.

— Je n’ai jamais signé ça, déclara-t-il.

L’officier nota sa réponse.

— Nous allons faire vérifier les documents.