Thomas comprit alors que le drame ne se limitait peut-être pas à la cruauté de sa mère envers Claire. L’argent, les mensonges et les tentatives pour discréditer sa femme semblaient liés. Mais il ne savait pas encore jusqu’où allait cette histoire.
Il ne voulait plus rien supposer. Cette fois, il attendrait des preuves.
Le troisième jour, Claire ouvrit enfin les yeux.
Elle était encore épuisée, mais son état s’améliorait. Lorsque Thomas entra dans sa chambre, elle tourna lentement la tête vers lui.
— Lily ?
— Elle va mieux. Elle est en sécurité.
Claire ferma les yeux, soulagée. Puis elle se mit à pleurer silencieusement.
Thomas lui prit la main.
— Je suis désolé.
Elle ne répondit pas immédiatement.
— Je t’avais dit que je ne voulais pas qu’elle reste seule avec ta mère, murmura-t-elle. Je t’avais dit qu’elle me faisait peur.
Thomas se souvenait de cette conversation. Il avait répondu que sa mère était simplement autoritaire, qu’elle avait toujours été exigeante et qu’il fallait lui laisser le temps de s’adapter.
Il avait préféré protéger l’image qu’il avait de Béatrice plutôt que d’écouter sa femme.
— Tu avais raison, dit-il. Et je n’aurais jamais dû minimiser ce que tu me racontais.
Claire serra faiblement ses doigts.
— Elle voulait que tu croies que j’étais une mauvaise mère. Elle répétait que si tu me quittais, tu pourrais garder Lily avec toi. Elle disait que personne ne croirait une femme instable.
Thomas sentit une colère immense monter en lui, mais il la contint.
— Tu n’as plus besoin de lui prouver quoi que ce soit. La police s’occupe de l’affaire. Tu ne retourneras pas dans cette maison tant que tu ne te sentiras pas en sécurité.
Claire le regarda longuement.
— Je ne veux pas que tu me promettes des choses aujourd’hui parce que tu as peur de me perdre. Je veux que tu apprennes à m’écouter avant qu’il soit trop tard.
Thomas baissa la tête.
— Tu as raison.
Pour la première fois, il ne chercha pas à se justifier.
Quelques jours plus tard, les enquêteurs examinèrent minutieusement le lapin. Dans sa doublure, ils découvrirent effectivement une petite poche contenant plusieurs feuilles pliées : des copies de relevés bancaires, des photographies de documents et une note manuscrite de Claire.
Cette note décrivait les incidents survenus depuis l’arrivée de Béatrice, avec les dates auxquelles la nourriture avait été enfermée, les menaces prononcées devant Lily et les moments où Claire avait commencé à se sentir anormalement faible.
Ces éléments ne suffisaient pas, à eux seuls, à prouver qui avait contaminé le jouet ou dans quel but. Mais ils fournissaient aux enquêteurs une chronologie précise et des pistes vérifiables.
L’expertise des documents financiers révéla ensuite que Julien avait sollicité plusieurs transferts d’argent auprès de sa mère. Certains justificatifs avaient été présentés à Thomas comme de simples remboursements, alors que les montants ne correspondaient pas aux dépenses annoncées.
Béatrice fut interrogée à plusieurs reprises. Au début, elle continua d’affirmer que Claire était fragile et que tout ce qu’elle avait fait visait à protéger son fils.
Mais les témoignages, les documents et les analyses finirent par contredire plusieurs de ses déclarations. L’enquête se poursuivit pour déterminer les responsabilités de chacun. Thomas, lui, ne tenta pas d’intervenir pour protéger sa famille de ses propres actes.
Il remit les documents qu’il possédait et accepta que les faits soient établis par la justice.
Julien, confronté aux incohérences de ses explications financières, finit par reconnaître qu’il avait demandé de l’argent à sa mère et qu’il savait que celle-ci cherchait à pousser Claire hors de la maison. Il nia cependant avoir participé à la contamination du jouet. Les enquêteurs devaient encore vérifier ses affirmations.
Quant à Béatrice, elle ne demanda jamais pardon à Claire pendant les premières semaines.
Elle répétait qu’elle avait été humiliée, que son fils l’abandonnait et qu’une mère ne devrait jamais être traitée comme une criminelle.
Mais Thomas avait enfin compris qu’être son fils ne signifiait pas devoir fermer les yeux.
Il prit les dispositions nécessaires pour que sa mère ne puisse plus approcher Claire et Lily pendant la durée des procédures, dans le respect des décisions des autorités compétentes.
Il changea également les serrures de la maison, fit vérifier les produits présents dans la cuisine et demanda conseil aux professionnels chargés de la sécurité de sa famille.
Quand Claire et Lily purent enfin rentrer chez elles, leur vie ne redevint pas immédiatement normale. Lily sursautait encore au moindre bruit dans la cuisine. Claire avait du mal à rester seule dans une pièce fermée.
Thomas prit un congé pour les accompagner. Il prépara les repas, emmena Lily à ses rendez-vous et apprit à reconnaître les signes de peur que sa fille avait autrefois tenté de lui cacher.
Un après-midi, Lily lui demanda :
— Papa, est-ce que mamie m’aimait vraiment ?