J’ai gardé la main sur la poignée sans ouvrir immédiatement.
— Qu’est-ce que vous avez fait ? ai-je demandé à travers la porte.
— Claire, ouvre, a lancé Laurent. On doit régler ça entre nous.
J’ai failli rire. Depuis la mort de Maman, ils n’avaient jamais eu autant de choses à me dire.
J’ai finalement ouvert, mais je les ai laissés sur le seuil.
Laurent est entré le premier, son téléphone à la main. Mathieu l’a suivi sans me regarder. Ils ont découvert les trois couvertures pliées sur mon canapé, à côté des sacs en toile et des documents que j’avais préparés pour le notaire.
Laurent a pointé les couvertures du doigt.
— Où est le reste ?
— Le reste de quoi ?
— Ne fais pas semblant. L’or, les espèces, tout ce que tu as trouvé.
Je l’ai fixé.
— Tu savais qu’il y avait de l’or dans ces couvertures, mais tu as voulu que je les jette. Pourquoi ?
Il a desserré sa cravate.
— Ce n’est pas le sujet. Maman avait accumulé cet argent pendant des années. Il faut s’assurer que chacun reçoive sa part.
— C’est exactement ce que j’ai prévu. J’ai déjà contacté le notaire.
Son visage s’est durci.
— Et tu comptais nous prévenir quand ?
— Dès que j’aurais obtenu une estimation fiable et les instructions du notaire. Je ne vais pas partager une succession à partir d’un chiffre lancé au hasard.
Mathieu s’est assis sans demander la permission. Il avait l’air épuisé.
— Laurent, laisse-la parler.
— Toi, ne commence pas.
C’était la première fois que j’entendais Laurent parler à notre frère comme à un enfant qu’il fallait faire taire.
J’ai refermé la porte.
— Mathieu, tu as dit que Maman vous avait demandé de ne jamais me raconter quelque chose. Qu’est-ce que c’était ?
Il a levé les yeux vers moi.
— Avant de répondre, il faut que tu saches une chose. Maman ne nous avait pas confié l’or. Elle nous avait seulement parlé de ce qu’elle voulait en faire.
— Et qu’est-ce qu’elle voulait en faire ?
Laurent a sorti une feuille de sa poche.
— C’est justement pour ça que nous sommes là. Notre avocat nous a conseillé de ne rien laisser sortir de la succession avant d’avoir vérifié les documents.
J’ai pris la feuille.
Ce n’était pas une lettre de Maman. C’était un courrier rédigé par un cabinet juridique, qui évoquait la possibilité de faire vérifier l’origine des fonds et leur appartenance à la succession. Aucun document ne prouvait que Laurent avait un droit particulier sur l’or.
Je lui ai rendu la feuille.
— Vous pouvez demander toutes les vérifications nécessaires. Moi aussi. Mais personne ne repart avec quoi que ce soit avant que le notaire ait fait son travail.
Laurent a serré la mâchoire.
— Tu crois vraiment que tu es la seule à avoir pris soin d’elle ?
Cette phrase m’a frappée plus fort que je ne l’aurais cru.
Je me suis souvenue des nuits à l’hôpital, des médicaments à récupérer, des repas que Maman n’arrivait plus à avaler, des draps changés à trois heures du matin. Je me suis souvenue aussi des appels que j’avais passés à mes frères, parfois sans obtenir de réponse.
Pourtant, je n’ai pas répondu par une liste de sacrifices.
— Non, Laurent. Je ne crois pas être la seule à avoir aimé Maman. Mais je refuse que tu transformes son décès en compétition.
Mathieu s’est frotté le visage.
— Il faut que je te raconte quelque chose.
Laurent s’est levé.
— Tu n’as pas à lui raconter ça.
— Si, justement. Ça suffit.
Et, pour la première fois de la soirée, Mathieu a tenu tête à notre frère.
La promesse faite à notre mère
Il y avait onze ans, m’a expliqué Mathieu, Maman avait vendu un petit terrain hérité de ses parents. Elle avait reçu une somme modeste, qu’elle avait répartie entre ses économies et plusieurs achats d’or.
Elle n’en avait parlé à personne pendant des années.
Puis, un soir, Laurent était venu la voir. Son agence immobilière traversait une mauvaise période. Il avait des dettes professionnelles et craignait de perdre son entreprise.
Maman lui avait prêté une partie de ses économies.
— Elle ne voulait pas que tu le saches, m’a dit Mathieu. Elle avait peur que tu t’inquiètes pour elle, et elle savait que tu avais déjà tes propres difficultés.
— Combien ? ai-je demandé.
Mathieu a hésité.
— Quarante mille euros.
Je me suis tournée vers Laurent.
— Tu as emprunté quarante mille euros à Maman ?
— Elle me les a donnés pour m’aider, a-t-il répondu sèchement.