Elle lui avait pris la main quand ses propres enfants l’avaient abandonné… Puis elle découvrit ce que sa fille faisait à ses médicaments.
Claire n’avait pas dormi de la nuit.
Depuis le retour d’Étienne de l’hôpital, quelque chose avait changé. Le vieil homme, qui avait commencé à manger un peu mieux et à demander qu’on entrouvre les rideaux, semblait perdre ses forces à vue d’œil. Il somnolait pendant les repas, peinait à terminer une phrase et se plaignait de vertiges.
Pourtant, son médecin avait assuré que son état était stabilisé.
Claire avait fini par remarquer un détail troublant : chaque fois que Sophie venait, elle insistait pour préparer elle-même les médicaments de son père.
— C’est ma responsabilité, disait-elle sèchement. Vous êtes employée de maison, pas infirmière.
Puis elle emportait la trousse dans la salle de bains et en ressortait quelques minutes plus tard.
Un jeudi matin, alors que Claire changeait les draps, Étienne lui saisit le poignet.
— Claire… ne laissez plus Sophie toucher à mes médicaments.
Elle se figea.
— Monsieur, vous êtes sûr de ce que vous dites ?
Il tourna péniblement la tête vers la porte.
— Je ne sais plus ce que je dois croire. Mais je sais comment je me sens après ses visites.
Claire sentit son cœur accélérer.
— Avez-vous déjà parlé de cela à votre médecin ?
— Non. Elle m’a dit que je devenais paranoïaque. Que mon âge me faisait imaginer des choses.
Il ferma les yeux, épuisé.
— Je suis peut-être vieux, Claire. Mais je ne suis pas encore incapable de reconnaître quand quelque chose ne va pas.
Elle aurait voulu le rassurer. Pourtant, une peur terrible l’envahissait. Si elle accusait Sophie sans preuve, elle risquait son emploi, son logement et peut-être même la garde de sa fille si elle se retrouvait à la rue.
Mais si elle se taisait et qu’Étienne mourait…
Elle regarda la photographie de Léa posée sur la commode.
Puis elle prit sa décision.
Elle ne ferait aucune accusation. Elle chercherait de l’aide.
La trousse qui n’aurait jamais dû changer de mains
Le lendemain, Sophie arriva à dix-huit heures, vêtue d’un manteau beige et portant son sac habituel.
— Où est mon père ?
— Dans sa chambre. Il a été fatigué toute la journée.
Sophie ne demanda pas comment il allait. Elle se dirigea directement vers la salle de bains.
Claire l’observa discrètement depuis le couloir.
Quelques minutes plus tard, Sophie ressortit avec la trousse. Elle la posa sur une commode, sortit un petit pilulier et le remplit à l’abri des regards.
Puis son téléphone sonna.
— Oui, je sais, murmura-t-elle. Le notaire revient lundi. Il faut que tout soit réglé avant.
Elle marqua une pause.
— Non, il ne peut pas changer d’avis éternellement. Il est trop faible maintenant.
Claire sentit ses jambes se dérober.
Sophie raccrocha et repartit vers la chambre de son père.
Cette fois, Claire ne se contenta pas d’observer.
— Madame Sophie, attendez.
La jeune femme se retourna brusquement.
— Quoi encore ?
— Monsieur Delmas m’a dit qu’il ne se sentait pas bien après avoir pris ses médicaments. Je pense qu’il faudrait que son médecin vérifie son traitement.
Le visage de Sophie se durcit.
— Vous dépassez les limites de votre fonction.
— Je veux simplement qu’il soit en sécurité.
Sophie s’approcha d’elle.
— Écoutez-moi bien. Vous êtes ici parce que mon père vous paie pour faire le ménage et vous occuper de lui. Ne vous mêlez pas des affaires de notre famille.
— Sa santé n’est pas une affaire privée quand il risque de mourir.
Le silence qui suivit fut glacial.
Sophie attrapa son sac.
— Je vais faire en sorte que vous ne remettiez plus jamais les pieds dans cette maison.
Puis elle partit.
Claire resta immobile quelques secondes avant d’entrer dans la chambre.
Étienne était réveillé.
— Elle vous a menacée ? demanda-t-il.
Claire ne répondit pas tout de suite.
— Oui.
Il ferma les yeux.
— Alors, elle a peur.
Le médecin découvre une anomalie
Claire appela le médecin traitant d’Étienne et lui expliqua les symptômes, les changements observés et les inquiétudes du vieil homme.
Elle prit soin de ne pas affirmer que Sophie avait modifié les médicaments. Elle savait qu’une accusation aussi grave devait être étayée.
Le médecin se rendit au domaine dans l’après-midi.
Après avoir examiné Étienne et vérifié son ordonnance, il demanda à voir les boîtes, les emballages et le pilulier.
Il resta silencieux pendant plusieurs minutes.
— Monsieur Delmas, il y a des incohérences entre votre prescription et ce qui semble avoir été préparé ici.
Claire sentit sa gorge se nouer.
— Est-ce que cela peut expliquer son état ?