— C’est possible, mais je ne peux pas l’affirmer sans vérifications complémentaires. Certains médicaments peuvent provoquer des effets dangereux s’ils sont mal administrés. Nous allons sécuriser votre traitement et faire les examens nécessaires.

Il organisa une nouvelle évaluation médicale et demanda que les médicaments soient désormais préparés et administrés selon un protocole vérifié.

Avant de partir, il prit Claire à part.

— Vous avez bien fait de m’appeler. Ne manipulez pas les produits vous-même et ne jetez rien. Si vous soupçonnez une substitution volontaire, il faudra en informer les autorités compétentes.

Ce soir-là, pour la première fois depuis plusieurs jours, Étienne dormit paisiblement.

Mais le danger n’était pas écarté.

Car Sophie venait d’apprendre que le médecin avait été appelé.

Le véritable motif de Sophie

Deux jours plus tard, Antoine et Julien arrivèrent au domaine.

Ils ne venaient pas prendre des nouvelles de leur père.

Ils venaient parler du testament.

Dans le bureau, les trois enfants se retrouvèrent face à Étienne, qui avait demandé la présence de son notaire.

— Père, commença Antoine, nous avons appris que tu voulais modifier tes dispositions.

— C’est exact.

— Après tout ce que nous avons fait pour toi, tu comptes vraiment bouleverser l’héritage à ton âge ?

Étienne leva les yeux vers lui.

— Qu’avez-vous fait pour moi, Antoine ?

Son fils resta silencieux.

— Vous avez appelé lorsque j’étais à l’hôpital ?

Personne ne répondit.

— Vous êtes venus me voir quand je ne pouvais plus me lever ?

Julien regarda ses chaussures.

— Et quand j’ai cru mourir dans cette maison, qui était là ?

Étienne désigna la porte du regard.

— Claire. Et sa petite fille.

Sophie croisa les bras.

— Tu es en train de te faire manipuler par une employée. Elle a tout intérêt à ce que tu la favorises.

— Elle a refusé l’argent que je lui proposais, répondit Étienne. Vous, vous n’avez même pas attendu que je sois mort pour parler de ce que vous alliez recevoir.

Sophie pâlit.

— C’est injuste !

— L’injustice, Sophie, c’est de considérer son père comme un compte bancaire qui respire encore.

Le notaire ouvrit son dossier.

Étienne avait demandé une révision de ses dispositions successorales. Il souhaitait notamment prévoir une somme destinée à financer durablement l’éducation de Léa, ainsi qu’une aide au logement pour Claire, en reconnaissance de ce qu’elles avaient fait pour lui.

Mais il ne voulait pas leur remettre une fortune sans conditions ni transformer leur présence en une transaction.

Le notaire précisa que toute modification devait respecter les règles successorales applicables, notamment les droits réservataires des enfants, et être établie librement par Étienne, avec toutes les garanties nécessaires quant à sa capacité et à l’absence de pression.

— Je ne suis pas encore mort, déclara Étienne. Et tant que je suis vivant, c’est à moi de décider ce que je veux faire de mon patrimoine, dans les limites de la loi.

Sophie se leva brusquement.

— Tu vas le regretter.

— Peut-être. Mais ce sera mon regret, pas le vôtre.

Elle quitta la pièce en claquant la porte.

Cette fois, Étienne ne la rappela pas.

La preuve que personne ne s’attendait à trouver

Le soir même, Claire reçut un appel d’un numéro inconnu.

— Madame Morel ? Ici le commandant Lefèvre. Nous aimerions vous poser quelques questions concernant l’état de santé de monsieur Delmas et les médicaments présents à son domicile.

Claire sentit ses mains devenir moites.

Le médecin avait signalé les anomalies constatées. Une vérification avait été engagée afin de déterminer si elles résultaient d’une erreur, d’une mauvaise compréhension du traitement ou d’un acte volontaire.

Claire accepta de raconter exactement ce qu’elle avait vu et entendu.

Elle ne broda pas. Elle ne transforma pas ses soupçons en certitudes.

Elle expliqua les visites de Sophie, sa volonté de garder la trousse hors de portée et la conversation téléphonique entendue dans le couloir.

Quelques jours plus tard, les enquêteurs revinrent au domaine.

Ils avaient découvert que certaines informations relatives au traitement d’Étienne avaient été modifiées sans validation médicale. Des éléments matériels nécessitaient encore des analyses, et ils devaient établir qui avait fait quoi.

Mais une autre découverte avait attiré leur attention.

Dans des échanges récupérés dans le cadre de l’enquête, Sophie avait évoqué à plusieurs reprises la crainte que son père ne change son testament. Elle avait également cherché à savoir quelles conséquences aurait une incapacité de son père à gérer ses affaires.

Ces messages ne suffisaient pas, à eux seuls, à démontrer qu’elle avait volontairement altéré ses médicaments. Ils donnaient cependant aux enquêteurs une raison supplémentaire d’examiner les faits avec sérieux.

Lorsque Sophie fut interrogée, elle nia toute intention criminelle.

Elle affirma avoir voulu aider son père, prétendit que les erreurs étaient accidentelles et accusa Claire de chercher à s’enrichir.

L’enquête devrait établir la vérité.