Adrien fixa son téléphone, incapable de prononcer un mot.
— Ce message… je ne l’ai jamais envoyé, dit-il enfin.
Camille, allongée sur le brancard, tourna lentement la tête vers lui.
— Tu as hésité à me croire alors que j’étais par terre, enceinte de ton enfant. Maintenant, tu veux que je te croie sur parole ?
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
Les infirmières emmenèrent Camille aux urgences obstétricales. Son oncle les accompagna, tandis qu’une sage-femme installait le monitoring pour vérifier le rythme cardiaque du bébé. Les minutes suivantes furent interminables.
Adrien attendait dans le couloir. Pour la première fois, il ne pouvait ni appeler un directeur, ni convoquer un avocat, ni régler le problème avec un virement bancaire.
Il devait simplement attendre.
Quelques minutes plus tard, le professeur Lenoir sortit.
— Le rythme cardiaque du bébé est présent. Nous devons poursuivre la surveillance et réaliser des examens complémentaires. Je ne peux pas encore vous garantir qu’il n’y aura aucune complication.
Adrien s’appuya contre le mur, soulagé, mais terrifié.
— Je peux la voir ?
— C’est à Camille de décider.
Cette réponse le frappa plus durement qu’il ne l’aurait cru.
Pendant ce temps, à l’étage de la suite VIP, la police avait commencé à recueillir les témoignages. Les enregistrements des caméras avaient été sécurisés afin d’éviter toute suppression. Élodie avait été séparée des autres personnes présentes pour être entendue.
Béatrice Delcourt arriva peu après, accompagnée de son avocat.
— Cette histoire doit rester discrète, déclara-t-elle. Nous sommes dans un établissement prestigieux. Une scène de ce genre peut détruire une réputation en quelques heures.
Le professeur Lenoir la regarda froidement.
— Une femme enceinte a été agressée. Ce n’est pas un problème de communication.
— Vous ne savez pas ce qui s’est passé.
— Justement. Les enquêteurs vont le déterminer.
Béatrice se tourna vers son fils.
— Adrien, ne laisse pas cette femme retourner toute la famille contre toi. Élodie est peut-être allée trop loin, mais Camille n’est pas toujours facile à vivre.
Adrien releva brusquement la tête.
— Maman, arrête.
Elle se figea. Il ne lui avait presque jamais parlé ainsi.
— Tu la défends maintenant ?
— Je ne défends personne. Je veux savoir la vérité.
Mais, au fond de lui, Adrien commençait déjà à comprendre que cette vérité risquait de dépasser de très loin une simple dispute entre deux femmes.
Quelques heures plus tard, la commandante chargée de l’enquête le convoqua dans une salle séparée.
— Monsieur Delcourt, nous avons examiné les premiers enregistrements. Votre épouse n’a pas attaqué Madame Marceau. Les images montrent une altercation au cours de laquelle Madame Marceau pousse votre femme, puis lui porte un coup. Nous devons maintenant analyser l’ensemble de la séquence et recueillir les autres éléments.
Adrien baissa les yeux.
— Et le message ?
— Le message affiché sur le téléphone de Madame Marceau semble avoir été envoyé depuis un numéro associé à votre ligne. Cela ne prouve pas, à lui seul, que vous l’avez personnellement rédigé. Nous devons vérifier l’appareil, les connexions et l’historique des échanges.
La commandante marqua une pause avant d’ajouter :
— Mais nous avons découvert autre chose.
Elle posa sur la table plusieurs captures d’écran de conversations retrouvées dans le cadre des vérifications autorisées.
Depuis des mois, Élodie échangeait avec Béatrice au sujet de Camille. Certaines discussions portaient sur sa grossesse, d’autres sur les parts qu’elle détenait dans une société liée au groupe Delcourt.
Un message avait particulièrement retenu l’attention des enquêteurs.
« Après la naissance, il faudra qu’elle signe les documents. Si elle refuse, Adrien pourra expliquer qu’elle n’est plus en état de gérer ses intérêts. »
Adrien relut la phrase deux fois.
— Quels documents ?
La commandante lui montra une copie d’un projet d’accord préparé par un cabinet juridique. Le texte prévoyait que Camille transfère une partie de ses droits de vote dans la société au profit d’une structure contrôlée par la famille Delcourt.
La signature de Camille n’y figurait pas encore.
Adrien sentit son estomac se nouer.
Trois ans auparavant, son entreprise était au bord de la faillite. Camille avait investi une somme considérable provenant de sa propre société pour la sauver. Elle avait également accepté de lui céder une partie de son temps et de son énergie, convaincue qu’ils construisaient ensemble quelque chose de durable.
Sa belle-famille avait toujours présenté cette aide comme une preuve de la chance qu’elle avait eue d’épouser Adrien.
Mais ces documents suggéraient une tout autre réalité : certains membres de la famille avaient peut-être cherché à récupérer le contrôle des actifs de Camille en profitant de sa vulnérabilité.
— Ma mère était au courant ? demanda-t-il.
— Les messages indiquent qu’elle participait aux discussions. Nous devons encore établir ce que chacun savait et ce que chacun a réellement fait.
Adrien se leva, livide.