Le silence tomba sur le salon.

Françoise retira brusquement sa main du poignet d’Élodie.

« Je ne comprends pas ce que vous faites ici, Maître Delmas. Ce bracelet m’appartient. Il m’a été offert il y a des années. »

L’avocat ne haussa pas la voix.

« Alors, vous n’aurez aucune difficulté à expliquer pourquoi son numéro d’inventaire correspond exactement à celui d’un bien déclaré disparu de la succession de Madame Madeleine Moreau. »

Élodie baissa les yeux vers le bracelet. Son sourire avait disparu.

« Julien, tu m’avais dit que ta mère l’avait acheté chez un antiquaire. »

Julien resta silencieux.

« Tu me l’as offert pour mes trente ans, poursuivit-elle. Tu m’as dit que c’était un bijou de famille. »

Françoise intervint aussitôt.

« C’est un bijou de famille ! Simplement, il n’a jamais appartenu à Claire. »

Claire la regarda sans répondre. Elle connaissait désormais cette tactique : nier, attaquer, puis changer de version lorsque les faits devenaient difficiles à contester.

Maître Delmas ouvrit sa chemise et en sortit une copie de l’inventaire successoral.

« Voici le document établi après le décès de Madame Moreau. Le bracelet y est décrit avec son numéro de référence, ses caractéristiques et une photographie. Quatre autres pièces de la même collection ont été retrouvées dans ses effets personnels. Ce bracelet, lui, manquait. »

Il posa ensuite une seconde feuille sur la table.

« Voici la déclaration de disparition déposée par Madame Claire Moreau. »

Julien se tourna vers son ex-femme.

« Tu as porté plainte contre ma famille ? »

« J’ai signalé la disparition d’un bien dont j’étais l’héritière. Je n’ai accusé personne sans preuve. »

« Après neuf ans de mariage, tu nous fais ça ? »

Claire sentit une étrange tranquillité l’envahir.

« Après neuf ans de mariage, tu me demandes encore de protéger les gens qui m’ont menti. »

L’enquêtrice demanda alors à Élodie de retirer le bracelet et de le déposer dans un sachet destiné à sa conservation. La jeune femme hésita, puis obéit.

Françoise se leva.

« Vous n’avez pas le droit de traiter mon invitée comme une criminelle ! »

« Personne ne la déclare coupable », répondit calmement la policière. « Nous devons préserver un objet susceptible d’être lié à un signalement. Nous vérifierons ensuite les circonstances dans lesquelles il a été obtenu. »

Élodie semblait sur le point de pleurer.

« Je ne savais pas qu’il était volé. Je vous le jure. »

Claire la crut peut-être sur ce point, mais elle ne pouvait pas encore le savoir avec certitude.

L’avocat sortit alors un petit appareil d’enregistrement.

« Il reste un élément que nous devons vous faire entendre. »

Julien se figea.

Pour la première fois de la soirée, son père releva la tête.

« Maître, je ne suis pas certain que ce soit nécessaire », murmura Paul.

L’avocat se tourna vers lui.

« C’est précisément parce que vous avez demandé que ce témoignage soit conservé que nous devons l’examiner aujourd’hui. »

Françoise devint livide.

Maître Delmas expliqua que, quelques semaines avant sa mort, Madeleine avait enregistré une déclaration auprès de son notaire. Elle s’inquiétait de la disparition de certains documents et avait demandé que l’enregistrement soit conservé avec son dossier successoral. Le fichier avait été retrouvé lors de l’examen de ses archives.

L’avocat appuya sur lecture.

La voix de Madeleine emplit le salon.

Elle était plus faible que dans les souvenirs de Claire, mais parfaitement reconnaissable.

« Je souhaite que les choses soient claires. Je n’ai jamais autorisé Julien à retirer le bracelet de mes affaires, à le vendre, à le donner ou à le mettre en garantie. Je lui avais demandé de m’aider à classer certains documents pendant mon hospitalisation. Je lui avais confié des papiers, pas mes bijoux. »

Un souffle parcourut la table.

Puis la voix reprit :

« Si le bracelet disparaît, je veux que ma petite-fille puisse demander des explications sans qu’on lui fasse croire qu’elle est ingrate ou qu’elle cherche des histoires. Je connais ma famille. Ils ont parfois tendance à confondre le silence avec le pardon. »

Claire porta une main à sa bouche.

Sa mère avait anticipé ce qui se produirait. Elle avait compris que sa propre fille risquait d’être intimidée, même après sa mort.

L’enregistrement continua.

« Paul, si tu entends ceci, je te demande de dire la vérité sur les papiers que tu as vus. Et Julien… tu sais très bien ce que je t’ai demandé. »

Un bruit de respiration, puis le fichier s’arrêta.

Julien était devenu blême.

« Cet enregistrement ne prouve rien », lâcha-t-il. « Elle était malade. Elle pouvait se tromper. »

Maître Delmas referma le dossier.