« L’état de santé de votre belle-mère ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’elle était incapable de comprendre ce qu’elle disait. L’enregistrement sera examiné avec les autres pièces. Il ne constitue pas une décision de justice, mais il est pertinent pour établir ce qu’elle avait autorisé ou non. »

Françoise secoua la tête.

« Madeleine était confuse à la fin. Elle nous avait donné ce bracelet. »

Paul se leva lentement.

« Non, Françoise. »

Tous les regards se tournèrent vers lui.

Il avait toujours été l’homme discret de la famille Morel. Celui qui évitait les disputes, quittait la pièce lorsqu’on criait et répétait qu’il fallait préserver les relations familiales.

Ce soir-là, pourtant, il semblait avoir atteint ses limites.

« Madeleine ne vous l’a jamais donné. »

Françoise le fixa avec horreur.

« Paul, tais-toi. »

« J’ai vu Julien prendre l’écrin dans le tiroir de sa chambre pendant son hospitalisation. Je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il m’a répondu que Madeleine lui avait permis de récupérer certains objets pour les mettre en sécurité. »

Julien bondit de sa chaise.

« Tu inventes ! »

Paul poursuivit, la voix tremblante.

« Quelques jours plus tard, j’ai vu le bracelet chez toi, Françoise. Tu m’as dit que tu le gardais jusqu’à ce que la situation se calme. Je n’ai rien dit parce que je ne voulais pas détruire la famille. »

Il regarda Claire.

« J’aurais dû parler plus tôt. Je suis désolé. »

Claire ne répondit pas immédiatement.

Elle aurait voulu entendre ces mots des mois plus tôt, lorsque le bracelet avait disparu et que ses questions avaient été accueillies par des soupirs et des accusations. Elle aurait voulu que quelqu’un prenne sa défense lorsque Françoise l’avait traitée de mauvaise épouse, ou lorsque Julien lui reprochait de passer trop de temps auprès de sa mère mourante.

Mais les excuses de Paul ne pouvaient pas effacer son silence.

« Vous auriez dû parler quand maman était encore là », dit-elle simplement.

Paul baissa la tête.

Le secret derrière les papiers bancaires

L’enquêtrice reprit la parole.

« Monsieur Moreau, nous souhaitons également revenir sur une opération effectuée le jour de l’hospitalisation de votre belle-mère. »

Elle expliqua qu’un signalement distinct avait été transmis concernant un retrait important et une demande de modification de bénéficiaire sur un compte lié à Madeleine. Les documents disponibles soulevaient des questions sur l’autorisation utilisée. L’opération devait être examinée avec la banque et les autres pièces du dossier.

Julien secoua la tête.

« Je gérais certaines affaires pour elle. Elle m’avait fait confiance. »

« Gérez-vous encore ce compte ? »

« Non. »

« Avez-vous signé une demande en son nom ? »

Julien hésita.

Cette hésitation fut plus éloquente que ses protestations précédentes.

Maître Delmas précisa que les documents bancaires ne permettaient pas encore d’établir toutes les responsabilités. Une expertise des signatures et une vérification des procédures de la banque seraient nécessaires.

Claire sentit son estomac se nouer.

Elle avait toujours cru que Julien avait été absent pendant les derniers mois de sa mère parce qu’il travaillait trop et qu’il ne supportait pas les hôpitaux. Elle découvrait désormais que, pendant qu’elle veillait Madeleine, quelqu’un avait pu profiter de cette période pour s’occuper de ses affaires sans respecter ses volontés.

Mais elle se refusa à imaginer davantage que ce que les preuves permettaient d’établir.

« Je veux que toute la lumière soit faite », dit-elle. « Même si les conclusions ne correspondent pas à ce que je pense aujourd’hui. »

L’enquêtrice acquiesça.

« C’est exactement ce que nous devons faire. »

Françoise, elle, semblait avoir perdu toute assurance.

Elle se tourna vers Élodie.

« Tu peux leur dire que le bracelet t’a été offert. Tu n’as rien à voir avec ces histoires. »

Élodie retira lentement sa main.

« Je ne vais pas mentir pour vous. »

Puis elle regarda Julien.

« Est-ce que tu savais qu’il appartenait à ta belle-mère ? »

Il ne répondit pas.

« Julien, regarde-moi. Est-ce que tu savais ? »

Il finit par murmurer :

« Je savais qu’il venait de chez Madeleine. Je pensais qu’il resterait dans la famille. »

« Mais tu savais qu’il ne m’appartenait pas. »

Il détourna le regard.

Élodie comprit alors que son histoire avec Julien reposait sur davantage de mensonges qu’elle ne l’avait imaginé. Elle avait accepté une relation clandestine en se persuadant que Claire était une épouse froide, incapable de comprendre son mari. Elle avait cru les explications de Julien sans jamais chercher à les vérifier.

Elle n’était pas responsable de la disparition du bracelet simplement parce qu’elle l’avait porté. Mais elle devait désormais décider si elle continuerait à fermer les yeux.

Elle posa l’écrin sur la table.