Claire choisit de ne pas confronter Julien.

Pas encore.

Elle avait passé des années à croire qu’en expliquant calmement les faits, en présentant des chiffres incontestables et en donnant à chacun une chance de s’expliquer, elle finirait par obtenir la vérité. Mais Julien connaissait cette habitude. Il savait comment la pousser à se justifier jusqu’à ce qu’elle doute elle-même de ce qu’elle avait vu.

Cette fois, elle ne lui donnerait aucun avertissement.

Le lendemain matin, elle prit rendez-vous avec une avocate spécialisée en droit patrimonial. Elle lui remit les relevés bancaires, la décision de divorce, les échanges concernant la liquidation et les documents relatifs au transfert des 96 000 euros.

L’avocate parcourut le dossier avec attention.

— Ne tentez pas de récupérer l’argent vous-même. Ne menacez personne et ne cherchez pas à accéder à leurs comptes. Nous allons demander les justificatifs de l’opération et examiner les recours possibles. Si des fonds communs ont été transférés en violation de vos accords, il faudra le démontrer précisément.

Claire acquiesça.

— Et Naya ?

— Nous allons également examiner les documents relatifs à sa garde. Les factures vétérinaires, son carnet de santé et les preuves de vos soins peuvent être utiles. Mais nous ne pouvons pas vous promettre une décision particulière.

Pour la première fois depuis des semaines, Claire avait l’impression de ne plus avancer à l’aveugle.

Elle n’avait pas besoin de vengeance. Elle avait besoin de preuves.

Pendant les jours suivants, elle reprit méthodiquement le fil des événements. Elle retrouva un courriel dans lequel Julien affirmait que les économies du couple resteraient intactes jusqu’à la liquidation. Elle conserva les alertes bancaires et demanda à sa banque les documents relatifs au virement contesté.

Elle découvrit aussi que Léa avait créé sa société avec une adresse correspondant à un bureau loué par l’entreprise du père de Julien.

Ce n’était pas une preuve de fraude, mais c’était une question supplémentaire à poser.

Puis elle retrouva un message envoyé par Julien à son père, quelques semaines avant le transfert.

« Dès que les papiers seront signés, Claire ne pourra plus rien bloquer. On aura le temps de régler le reste. »

Le père de Julien avait répondu :

« Fais attention à ce que tu écris. »

Claire relut ces deux phrases plusieurs fois.

Elle n’avait pas encore toute l’histoire, mais elle savait désormais que son ex-mari avait envisagé de déplacer les fonds avant que la liquidation soit achevée.

Elle transmit les éléments à son avocate.

Pendant ce temps, Julien continuait de publier des photographies de sa nouvelle vie. Restaurant chic, week-end dans les Alpes, sourire de Léa devant une voiture de location.

Sous une photo, sa mère avait écrit : « Enfin heureux après tant d’années difficiles. »

Claire referma l’application.

Elle n’avait plus envie de répondre aux provocations destinées à la faire passer pour une épouse amère.

Mais Julien commençait à s’inquiéter.

Il avait appelé Claire six fois en une journée. Elle n’avait répondu à aucun appel. Il lui avait envoyé un message :

« Tu comptes vraiment compliquer les choses pour de l’argent ? Tu sais très bien que tu n’as jamais manqué de rien avec moi. »

Elle avait transmis le message à son avocate sans répondre.

Deux jours plus tard, une nouvelle notification apparut sur son téléphone.

Cette fois, ce n’était pas une banque.

C’était une photographie de Naya, couchée près d’une porte vitrée. La chienne avait le museau grisonnant, les oreilles baissées et le regard tourné vers l’objectif.

Le message venait de la mère de Julien.

« Naya vous cherche encore. Julien dit qu’elle est mieux ici, mais je crois qu’elle ne comprend pas pourquoi vous ne venez plus. »

Claire sentit sa gorge se serrer.

Elle répondit simplement :

« Merci de me l’avoir envoyée. Je souhaite que Naya soit examinée par son vétérinaire habituel. Pouvez-vous me confirmer qu’elle va bien ? »

La réponse arriva quelques minutes plus tard.

« Elle mange moins depuis votre départ. Julien dit que c’est normal. »

Claire appela aussitôt le cabinet vétérinaire. La secrétaire confirma que Naya n’avait pas été présentée à sa consultation de contrôle prévue depuis plusieurs semaines.

Claire ne se précipita pas chez Julien. Elle transmit les informations à son avocate, qui lui conseilla de formaliser sa demande concernant l’état de santé de la chienne et d’envisager les démarches appropriées.

Le lendemain, Malik la trouva dans la salle de pause, les yeux fixés sur son téléphone.

— Mauvaise nouvelle ?

Claire lui expliqua ce qui se passait.

Malik resta silencieux, puis demanda :

— Qu’est-ce qui vous ferait le plus de bien, maintenant ?

— Retrouver Naya. Et pouvoir dormir sans me demander ce que Julien prépare.

— Alors concentrons-nous sur ce qui peut vraiment vous aider. Le reste attendra.