Trois jours pour reprendre le contrôle
Je n’ai pas confronté Françoise ce soir-là.
J’ai compris que si je lui annonçais immédiatement que nous vendions la maison, elle trouverait un moyen de retourner la situation contre nous. Elle pleurerait devant Julien, parlerait de son âge, de ses sacrifices et de l’ingratitude de ses enfants. Puis elle expliquerait à toute la famille que j’avais chassé une veuve de chez elle.
Alors j’ai choisi de ne plus lui donner la moindre occasion de réécrire les faits.
J’ai conduit ma mère dans une petite chambre d’hôtel climatisée, près du centre-ville. Elle a protesté pendant tout le trajet.
— Claire, je ne veux pas que tu dépenses de l’argent pour moi. Je peux dormir sur le canapé. Je ne veux pas créer de problèmes entre Julien et sa mère.
Je me suis garée devant l’hôtel et je lui ai pris la main.
— Maman, tu n’as pas créé ce problème. Tu as simplement demandé à être traitée comme un être humain.
Elle a baissé la tête. Ses yeux se sont remplis de larmes.
— Je ne voulais pas que tu aies à choisir entre ton mari et moi.
— Ce n’est pas à toi de porter les conséquences du comportement de quelqu’un d’autre.
Cette nuit-là, j’ai appelé Julien.
Il était encore au bureau lorsqu’il a décroché.
— Tu peux rentrer maintenant ? lui ai-je demandé.
— Il y a un problème avec ma mère ?
— Oui. Et cette fois, je ne veux plus entendre que nous devons faire preuve de patience.
Je lui ai envoyé les photographies du cadenas, du disjoncteur et du mot laissé sur le réfrigérateur.
Il n’a pas répondu pendant plusieurs minutes.
Puis son téléphone a sonné.
— C’est impossible, a-t-il murmuré. Elle n’aurait pas fait ça.
— Regarde les photos, Julien.
— Je la connais.
— Tu connais la femme qui t’a élevé. Moi, je te montre ce qu’elle a fait aujourd’hui.
Il a finalement admis qu’il ne pouvait pas continuer à défendre sa mère sans même l’avoir entendue.
Quand il est arrivé à l’hôtel, il a trouvé Monique assise près de la fenêtre, son vieux sac posé sur les genoux. Elle avait apporté ses médicaments, un livre de prières et le dessin que Lucas lui avait offert à l’école.
Julien s’est approché d’elle.
— Monique, je suis désolé.
Ma mère a essayé de sourire.
— Ce n’est pas grave, Julien. Les familles ont parfois des moments difficiles.
Il a secoué la tête.
— Non. Ce n’est pas à vous de me rassurer.
Pour la première fois depuis que Françoise vivait chez nous, mon mari a regardé la situation sans chercher d’excuse.
Il m’a prise à part dans le couloir.
— Demain, je lui demanderai de s’expliquer.
— Demain, tu lui annonceras que nous avons pris une décision.
Il m’a regardée, surpris.
— Quelle décision ?
— Nous vendons la maison. Et nous ne lui louerons plus de studio.
Il a pâli.
— Claire, elle n’a nulle part où aller.
— Sébastien a une maison. Il a accepté l’argent qu’elle a obtenu en vendant son appartement. Il peut maintenant prendre sa part de responsabilité.
Julien a baissé les yeux.
Il savait que j’avais raison.
Mais il ignorait encore que Françoise avait déjà commencé à raconter sa propre version des événements.
Le lendemain, Françoise a compris qu’elle perdait le contrôle
À huit heures, Françoise a appelé Julien.
Elle était furieuse.
— Où êtes-vous passés ? Le réfrigérateur est toujours fermé et ta femme a emporté des affaires de la maison sans me prévenir !
Julien est resté silencieux un instant.
— Maman, pourquoi as-tu mis un cadenas sur le réfrigérateur ?
— Parce que je refuse que cette femme et sa mère vivent à mes dépens !
— Cette femme, comme tu dis, est ma femme. Et Monique est notre invitée.
— J’ai payé une partie des courses avec ton argent !
— L’argent de notre foyer. Et cela ne te donne pas le droit de priver quelqu’un de nourriture.
Françoise a changé de ton.
— Je suis ta mère. Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu vas vraiment prendre le parti d’une étrangère ?
— Tu as vécu chez nous pendant presque un an. Nous t’avons donné notre chambre, payé tes médicaments et pris en charge de nombreuses dépenses. Personne ne t’a demandé de nous rembourser. Mais tu as humilié Monique dans la maison de ta belle-fille.
— C’est elle qui cherche à prendre ma place !
— Il n’y a aucune place à prendre. C’est toi qui as décidé qu’il fallait exclure quelqu’un.
Françoise s’est mise à pleurer.
Elle a parlé de son âge, de son fils cadet, de l’entreprise qui avait échoué et de toutes les difficultés qu’elle avait traversées. Julien l’a écoutée jusqu’au bout.