Puis il lui a dit :

— Nous allons vendre la maison. Tu as trois jours pour organiser ton départ.

Le silence a été immédiat.

— Tu ne peux pas faire ça !

— Cette maison est à nous. Nous avons signé une promesse de vente et les démarches sont en cours.

— Et moi, où veux-tu que j’aille ?

— Sébastien peut t’accueillir. Ou nous pouvons t’aider à trouver un logement adapté, dans des limites raisonnables. Mais tu ne resteras plus ici.

Françoise a raccroché.

À midi, elle avait déjà appelé plusieurs membres de la famille pour leur expliquer que Julien avait perdu la tête et que j’étais en train de lui voler sa maison.

Elle n’avait simplement pas prévu que Julien enverrait un message à tous les membres concernés pour exposer les faits, sans insultes ni exagérations.

Il avait joint les photographies.

Et, pour la première fois, les proches de Françoise ne pouvaient plus prétendre qu’il s’agissait d’un simple malentendu.

Le deuxième jour : le secret de la maison

Le mardi matin, Julien et moi sommes retournés à la maison pour récupérer nos affaires.

Françoise nous attendait dans le salon. Elle avait retiré le cadenas du réfrigérateur, mais la chaîne était toujours posée sur la table, comme si elle voulait nous rappeler qu’elle était encore capable de décider de ce qui se passait chez elle.

— Alors, vous venez vraiment me jeter dehors ?

Julien a posé les clés sur la table.

— Nous venons préparer notre départ.

— Et cette femme ? Elle a déjà gagné, n’est-ce pas ?

Je n’ai pas répondu.

Je suis montée dans la chambre où ma mère avait dormi. Le ventilateur était toujours débranché. Sur la table de nuit, Françoise avait laissé le verre d’eau tiède, désormais vide.

Je l’ai pris et je l’ai déposé dans l’évier.

Ce geste insignifiant m’a fait comprendre que je ne voulais plus vivre dans une maison où chaque objet pouvait devenir un instrument d’humiliation.

En redescendant, j’ai entendu Françoise parler à Julien.

— Tu sais ce que ta femme a fait ? Elle veut vendre cette maison pour empêcher Sébastien de récupérer sa part !

Julien s’est retourné.

— Quelle part ?

Françoise s’est tue.

J’ai alors compris qu’il existait un autre problème.

Julien m’a expliqué qu’après la vente de son appartement à Cholet, sa mère lui avait demandé de l’aider à placer une partie de son argent dans l’entreprise de Sébastien. Il avait refusé, car la société était déjà trop endettée. Françoise avait ensuite investi seule une somme importante.

Mais elle avait raconté à plusieurs proches que Julien lui avait promis de lui rembourser cet argent.

— Tu lui as promis quelque chose ? ai-je demandé.

— Non. Je lui ai déconseillé cet investissement.

Je me suis tournée vers Françoise.

— Alors pourquoi dis-tu à tout le monde que Julien te doit de l’argent ?

Elle a serré les lèvres.

— Parce que j’ai sacrifié mes économies pour mes enfants !

— Ce n’est pas la même chose que de leur prêter de l’argent, ai-je répondu.

Elle m’a regardée avec une hostilité froide.

— Tu ne comprendras jamais ce que signifie être une mère.

J’ai pensé à Monique, qui avait vendu une parcelle de terre pour nous aider à acheter notre premier appartement, puis avait passé des années à refuser que nous lui remboursions quoi que ce soit avant que notre situation ne s’améliore.

— Au contraire, Françoise. C’est justement parce que je sais ce qu’une mère peut donner sans compter que je ne confonds pas l’amour avec une facture.

Julien n’a pas dit un mot.

Il n’en avait pas besoin.

Ce jour-là, il a appelé son frère et lui a demandé de clarifier la situation financière avec leur mère. Sébastien a d’abord protesté, puis a reconnu qu’il ne pouvait plus continuer à compter sur son frère pour résoudre les conséquences de ses propres décisions.

Il a finalement accepté d’héberger Françoise temporairement, le temps qu’une solution durable soit trouvée.

Françoise n’avait plus d’argument.

Mais elle avait encore une dernière carte à jouer.

Le troisième jour, le panneau est apparu

Le mercredi matin, le couple de Nantes qui avait signé la promesse de vente est venu visiter une dernière fois la maison avec l’agent immobilier.

Julien les a accueillis, tandis que je vérifiais les derniers documents.

Tout semblait se dérouler normalement jusqu’à ce qu’un véhicule s’arrête devant la porte.

Françoise en descendit, accompagnée de Sébastien et de deux cousins.

Elle avait apporté plusieurs cartons.

— Puisque vous voulez me chasser, déclara-t-elle devant tout le monde, je vais au moins récupérer ce qui m’appartient.

Elle se dirigea vers le salon et commença à désigner des meubles, des lampes et des objets décoratifs.

Julien l’arrêta.