Thomas resta pétrifié devant l’écran.
Sur la vidéo suivante, Élodie était assise dans le bureau de son père. Marc faisait glisser plusieurs documents vers elle, tandis qu’Adrien consultait un ordinateur.
— Dès que le décès d’André sera constaté, nous lancerons la cession des parts, disait Marc. Les comptes doivent être propres avant la signature.
— Et Thomas ? demanda Adrien.
Claire, la mère d’Élodie, répondit avec un calme glacial :
— Nous lui ferons porter les irrégularités. Il s’occupe des opérations, il signe les bons de livraison et il fait confiance à tout le monde. Si les auditeurs découvrent des factures fictives, nous dirons qu’il a détourné de l’argent pour financer ses propres affaires.
Thomas sentit ses jambes faiblir.
Il avait passé dix ans à travailler pour cette entreprise. Il avait accepté des horaires impossibles, réglé des urgences en pleine nuit et refusé plusieurs offres ailleurs parce qu’André lui avait confié la gestion des transports.
Et sa propre femme avait prévu de faire de lui un criminel pour récupérer un héritage.
André interrompit la vidéo.
— Regarde bien la date.
Thomas se pencha vers l’écran. L’enregistrement datait de trois mois auparavant.
— Ils préparaient ça depuis tout ce temps ?
— Oui. Mais ce que tu viens d’entendre n’est encore qu’un projet. Nous devons établir ce qu’ils ont réellement fait, qui a signé quoi et où l’argent est allé.
André lui désigna la clé USB.
— Les relevés bancaires sont là. Mon avocat a également conservé les originaux de certains contrats. Il y a des factures de prestations qui n’ont jamais été réalisées, des virements vers des sociétés dont les bénéficiaires doivent être identifiés et des documents préparés pour modifier la répartition du capital.
Thomas secoua la tête.
— Pourquoi ne pas être allé directement à la police ?
— Parce que je voulais comprendre l’ensemble du système avant de dénoncer qui que ce soit. J’ai aussi commis une erreur : en voulant observer ma famille, j’ai laissé la situation devenir dangereuse. J’aurais dû demander de l’aide plus tôt.
Pour la première fois, André ne parlait pas comme un chef d’entreprise, mais comme un vieil homme conscient d’avoir laissé la peur et la méfiance gouverner sa maison.
— Maintenant, il faut faire les choses correctement, ajouta-t-il. Tu ne dois ni les menacer ni essayer de te venger. Les preuves doivent parler.
Le retour d’un homme qu’on croyait mort
À 21 h 17, une voiture s’arrêta devant la maison.
Le docteur Lemaire entra avec une trousse médicale, suivi de maître Delmas, l’avocat d’André. Le médecin examina immédiatement le vieil homme, vérifia ses constantes et demanda son transfert à l’hôpital. Malgré son état de déshydratation et son extrême faiblesse, André était conscient et capable de répondre aux questions.
— Vous avez eu beaucoup de chance, monsieur Morel, déclara le médecin. Mais vous ne pouvez pas rester ici cette nuit.
— Je n’en avais pas l’intention, répondit André.
L’avocat avait déjà contacté les gendarmes. Une patrouille arriva peu après pour recueillir les premières déclarations et sécuriser les éléments présents dans la maison.
Avant de partir, André demanda que la porte de sa chambre soit photographiée, que le verrou extérieur soit conservé et que les enregistrements soient copiés dans des conditions permettant d’en vérifier l’authenticité.
Thomas observa les gendarmes travailler.
Il ne ressentait aucune joie. Seulement un immense épuisement.
— Monsieur Morel, demanda l’un des militaires, savez-vous qui vous a laissé dans cette chambre ?
— Je sais qui a organisé certaines choses. Pour le reste, je vous fournirai les éléments dont je dispose.
Il tourna la tête vers Thomas.
— Et lui, je veux qu’il soit entendu comme témoin. Il m’a trouvé et m’a porté secours.
Thomas baissa les yeux. Après tout ce qu’il venait d’apprendre, entendre André le protéger encore lui faisait presque mal.
Quatre jours en Corse, une nuit qui change tout
Le lendemain matin, Élodie rentra de Corse.
Elle avait reçu un message de son père lui demandant de revenir immédiatement, sans explication. Dans la voiture, elle consultait encore les prix des billets pour un prochain séjour lorsqu’elle reçut un appel de son avocat.
— Ne vous rendez pas seule au domicile familial. Les gendarmes souhaitent vous entendre au sujet de plusieurs faits. Vous devez également savoir que votre grand-père est vivant et qu’il est hospitalisé.
Elle lâcha presque son téléphone.
— Vivant ?
— Oui. Et il a demandé à ce que les éléments découverts dans la maison soient préservés.
Lorsqu’elle arriva devant la propriété, deux gendarmes l’attendaient. Marc et Claire se trouvaient déjà sur place, visiblement bouleversés. Adrien, lui, n’était pas venu.
Élodie entra dans le salon.