Le téléphone de Julien vibrait encore sur le carrelage.

Je n’arrivais pas à détacher mes yeux du message.

« C’est fait ? Appelle-moi quand elle ne sera plus là. »

Puis ces quatre mots, apparus juste en dessous :

« N’oublie pas l’argent. »

Mon mari respirait difficilement. Je me suis agenouillée près de lui, sans toucher ni au bol ni au flacon que j’avais aperçu quelques minutes plus tôt.

— Julien ? Tu m’entends ?

Il a entrouvert les yeux, incapable de me répondre clairement.

J’ai donné mon adresse aux secours, précisé qu’il avait perdu connaissance après avoir mangé et signalé qu’un liquide inconnu avait été ajouté à la soupe. Je leur ai aussi dit que je soupçonnais un empoisonnement. Ils m’ont demandé de ne rien jeter et de ne pas manipuler les récipients.

J’avais peur. Une peur si forte que mes mains tremblaient au point de m’empêcher de tenir correctement mon téléphone.

Mais je savais une chose : je ne pouvais plus protéger Julien contre les conséquences de ses propres actes.

Quand les secours sont arrivés, ils ont pris en charge mon mari et m’ont posé plusieurs questions. J’ai expliqué que j’avais échangé les bols parce que je craignais qu’il ait mis quelque chose dans le mien.

Un médecin m’a regardée avec sérieux.

— Vous avez bien fait de nous appeler. Mais ne touchez plus à rien et ne tentez pas de déterminer vous-même ce qu’il a pu ingérer. Nous allons nous en occuper.

Julien a été transporté à l’hôpital. Un membre de l’équipe m’a conseillé de ne pas rester seule et de signaler immédiatement mes soupçons aux autorités.

J’ai appelé mon avocat, Maître Perrin.

Il n’a pas commencé par me demander pourquoi j’avais échangé les bols. Il m’a demandé si j’étais en sécurité.

— Pour l’instant, oui, ai-je répondu. Mais je crois que mon mari et ma sœur veulent me tuer.

Il a marqué une pause.

— Claire, écoutez-moi. Ne retournez pas seule dans cette maison. Préservez les messages et les enregistrements. Je vais vous aider à contacter les services compétents, mais il faut que vous signaliez les faits maintenant.

Cette fois, je l’ai écouté.

Le message de ma sœur n’était que le début

Au commissariat, j’ai remis les captures d’écran des messages, les vidéos enregistrées par les caméras et les photographies des recherches découvertes sur l’ordinateur commun.

J’ai raconté les symptômes des dernières semaines, les repas préparés par Julien, les questions concernant mes assurances et les conversations que j’avais entendues.

Je n’ai pas prétendu savoir ce que contenait le flacon. Je n’en connaissais ni le nom ni la composition. Je ne pouvais pas affirmer que Julien avait provoqué mes précédents problèmes de santé.

Mais les éléments réunis justifiaient que les enquêteurs examinent sérieusement la possibilité d’une tentative d’empoisonnement et d’un projet destiné à s’approprier mon patrimoine.

Ils m’ont expliqué que les vidéos, les messages, les analyses médicales et les expertises des objets saisis permettraient de confronter les différentes versions des faits.

Je leur ai également remis les coordonnées de mon avocat et demandé que les accès à mes comptes professionnels soient sécurisés.

À la fin de mon audition, une enquêtrice m’a posé une question qui m’a glacée :

— Votre sœur savait-elle que vous étiez malade depuis plusieurs semaines ?

— Oui. Elle venait souvent me voir.

— Et connaissait-elle vos assurances ?

J’ai repensé aux déjeuners familiaux pendant lesquels Élise me demandait si je comptais un jour vendre un hôtel, aux conversations sur mon testament et à ses remarques sur le fait que je n’avais pas d’enfants.

— Elle savait que j’avais des assurances et qu’elle pourrait hériter de certaines choses si je mourais, ai-je répondu. Mais je ne sais pas exactement ce qu’elle savait des contrats.

L’enquêtrice a noté ma réponse.

— Nous allons vérifier cela.

En sortant du commissariat, j’ai compris que je n’étais plus simplement une femme qui soupçonnait son mari de la tromper. J’étais une femme qui devait protéger sa vie, son entreprise et les preuves dont elle disposait.

Et je devais le faire sans laisser la peur décider à ma place.

La femme qui m’avait élevée avec moi

Ma mère m’a appelée le lendemain matin.

— Claire, qu’est-ce qui se passe ? Élise vient de m’appeler en pleurant. Elle dit que Julien est à l’hôpital et que tu l’as accusé de choses horribles.

J’ai fermé les yeux.

— Maman, as-tu parlé avec Élise hier soir ?

— Oui, elle m’a dit que vous vous étiez disputés. Elle prétend que tu es épuisée et que tu interprètes tout de travers.

J’aurais voulu lui raconter immédiatement les messages, les vidéos, le flacon. Mais mon avocate m’avait conseillé de ne pas diffuser les preuves à ma famille ni de confronter les personnes concernées.