Julien se précipita vers Claire, mais elle se recroquevilla instinctivement lorsqu’il tendit la main vers elle.

Ce simple geste le bouleversa.

— Claire, je t’en prie… laisse-moi t’aider.

Elle le regarda, les yeux remplis de larmes.

— Tu aurais dû me croire avant que je finisse par terre.

Julien resta sans voix.

Le docteur Antoine s’agenouilla auprès de Claire et demanda immédiatement qu’une ambulance soit appelée. À sept mois de grossesse, la douleur abdominale après une chute nécessitait une prise en charge urgente. Sophie prit la main de sa sœur tandis que les secours arrivaient.

Élodie continuait de pleurer.

— Julien, tu sais que je ne lui ferais jamais de mal ! Elle était bouleversée, elle m’a accusée de vouloir détruire son mariage et…

— Ça suffit, répondit-il.

Pour la première fois, il ne la regardait plus avec admiration, mais avec méfiance.

Le responsable de l’hôtel s’approcha.

— Monsieur Dubois, nous allons préserver les enregistrements de sécurité. Il faudra également vérifier les accès à cette suite.

Élodie pâlit davantage.

— Vous n’avez pas le droit de me traiter comme une criminelle !

— Personne ne vous a condamnée, répondit calmement le responsable. Mais nous devons établir ce qui s’est passé.

Quelques minutes plus tard, Claire fut transportée à l’hôpital. Julien voulut monter dans l’ambulance, mais Sophie l’arrêta.

— Tu peux venir, Julien. Mais ne t’attends pas à ce qu’elle te pardonne ce soir.

Il baissa la tête.

Il n’avait rien à répondre.

À l’hôpital, les médecins examinèrent Claire et surveillèrent le bébé. Après plusieurs heures d’angoisse, le médecin annonça que l’état de l’enfant était stable. Claire devait toutefois rester sous surveillance.

Julien s’effondra sur une chaise dans le couloir.

Il avait passé des mois à minimiser les inquiétudes de sa femme. Chaque fois qu’elle évoquait le comportement d’Élodie, il lui répondait qu’elle exagérait, qu’elle était trop sensible ou qu’elle interprétait mal les choses.

Il avait cru être raisonnable.

En réalité, il avait simplement choisi de ne pas remettre en question une personne qui lui était utile.

Et maintenant, sa femme était hospitalisée, enceinte de sept mois, parce qu’il n’avait pas su écouter.

Le lendemain matin, le responsable de l’hôtel contacta Julien.

Les images de la suite avaient été conservées. Il fallait les transmettre aux autorités compétentes, mais l’établissement avait déjà pu vérifier la séquence de la veille.

Julien se rendit sur place avec son avocat.

Lorsqu’on lui montra les images, il sentit son estomac se nouer.

On y voyait Claire entrer seule dans la suite.

Élodie lui montrait son téléphone. La discussion semblait tendue, mais Claire gardait ses distances. Puis elle se dirigeait vers la porte.

Élodie se plaçait devant elle.

Claire tentait de passer.

Et Élodie la repoussait.

Claire tombait au sol.

Au lieu d’appeler immédiatement les secours, Élodie regardait autour d’elle, récupérait son téléphone et attendait quelques instants avant de se pencher vers Claire.

Lorsque la porte s’ouvrait, elle changeait brusquement d’attitude et se mettait à pleurer.

Julien détourna les yeux.

— Je veux lui parler, murmura-t-il.

Son avocat referma le dossier.

— Ce qui compte maintenant, c’est de préserver les preuves et de laisser les autorités faire leur travail. Ne cherchez pas à régler cela vous-même.

Julien acquiesça.

Mais une autre question le hantait.

Pourquoi Élodie avait-elle préparé tout cela ?

La réponse apparut progressivement au cours des jours suivants.

Sophie, la sœur de Claire, se souvenait d’un détail que personne n’avait pris au sérieux à l’époque.

Quelques semaines auparavant, Claire lui avait confié que des documents confidentiels de l’entreprise semblaient avoir été consultés sans autorisation. Elle avait également remarqué des dépenses inhabituelles dans le budget du projet qu’Élodie dirigeait.

Claire avait voulu en parler à Julien.

Mais Élodie avait pris les devants en expliquant que sa belle-sœur traversait une période de stress et qu’elle risquait de commettre des erreurs.

Julien avait cru Élodie.

Il n’avait jamais vérifié les documents.

Avec l’accord de l’entreprise et l’aide de spécialistes indépendants, un audit fut lancé. Les premières vérifications révélèrent plusieurs dépenses injustifiées, des factures suspectes et des paiements à des prestataires dont les services restaient à confirmer.

Une partie des opérations avait été approuvée à l’aide d’identifiants professionnels auxquels Élodie avait eu accès.

L’audit ne permettait pas encore de déterminer précisément toutes les responsabilités, mais il établissait que les soupçons de Claire n’étaient pas imaginaires.

Puis un autre élément fut découvert.

Quelques jours avant le gala, Élodie avait envoyé plusieurs messages à une connaissance travaillant dans la communication de l’entreprise.

Dans l’un d’eux, elle écrivait :

« Quand Julien commencera à douter de Claire, il ne cherchera plus à comprendre ce qu’elle raconte. Il faut que tout paraisse venir d’elle. Après ça, il sera beaucoup plus facile de reprendre le projet. »

Ces messages furent remis aux enquêteurs avec les autres éléments du dossier.