Le plan devenait plus clair : Élodie cherchait à fragiliser la position de Claire dans son couple et à discréditer ses alertes professionnelles. Elle espérait ainsi conserver le contrôle du projet sans avoir à répondre aux questions sur les dépenses.

Mais il restait une dernière question : pourquoi s’en était-elle prise personnellement à Claire ?

La réponse vint de Julien lui-même.

Lorsqu’il examina les anciens échanges avec Élodie, il découvrit qu’elle avait progressivement entretenu avec lui une proximité qu’il n’avait jamais clairement remise en question. Elle lui envoyait des messages tard le soir, lui parlait de ses ambitions et se présentait comme la seule personne capable de comprendre ses difficultés professionnelles.

Lorsqu’il refusait de sortir avec elle après le travail, elle lui disait que Claire ne le soutenait pas suffisamment.

Elle n’avait pas seulement cherché à prendre une place dans son entreprise.

Elle avait voulu devenir indispensable à ses yeux.

Et pour y parvenir, elle avait tenté de faire de Claire une ennemie.

Une semaine plus tard, Julien rendit visite à sa femme.

Claire était toujours fatiguée, mais les médecins étaient rassurants concernant l’évolution de sa grossesse. Sophie était assise près de son lit.

Lorsque Julien entra, Claire tourna la tête vers la fenêtre.

— Je peux te parler quelques minutes ? demanda-t-il.

— Tu peux parler. Je ne te promets pas de répondre.

Il accepta.

— J’ai vu les images. J’ai lu les messages. Tu avais raison sur Élodie.

Claire ferma les yeux.

— Ce n’est pas ce que je voulais entendre.

— Je sais.

— Je voulais que mon mari me fasse confiance. Je voulais pouvoir te dire que quelque chose n’allait pas sans avoir à prouver que je n’étais pas folle.

Sa voix trembla.

— Pendant des mois, tu m’as fait douter de moi-même. À force de t’entendre dire que j’exagérais, j’ai fini par me demander si le problème venait vraiment de moi.

Julien s’assit à distance du lit.

— Je n’ai aucune excuse. J’ai préféré croire quelqu’un qui me disait ce que je voulais entendre plutôt que d’écouter la femme qui partage ma vie.

Il sortit une petite enveloppe de sa poche.

À l’intérieur se trouvait une photographie de leur échographie, celle qu’ils avaient regardée ensemble quelques mois auparavant.

— Je l’avais gardée dans mon portefeuille, dit-il. Je pensais à notre bébé chaque fois que je la voyais. Mais je n’ai pas su protéger sa mère comme je le devais.

Claire le regarda enfin.

— Je ne veux pas que tu utilises notre enfant pour me convaincre de revenir vers toi.

— Je ne le ferai pas.

— Et je ne veux plus jamais que tu décides que mes inquiétudes sont irrationnelles simplement parce qu’elles te dérangent.

Julien hocha la tête.

— Je comprends.

— Non, Julien. Tu commences à comprendre. Maintenant, il va falloir me montrer que tu as changé.

Il ne lui demanda pas pardon une seconde fois. Il ne chercha pas à l’embrasser.

Il resta simplement assis quelques minutes, puis lui demanda si elle avait besoin de quelque chose avant de partir.

Pour Claire, ce fut la première fois depuis longtemps qu’il acceptait de ne pas obtenir immédiatement ce qu’il voulait.

Les semaines suivantes furent consacrées au repos de Claire, à la préparation de la naissance et aux démarches nécessaires concernant l’incident.

Élodie fut écartée de ses fonctions pendant les vérifications internes. Les éléments recueillis furent transmis aux autorités, qui examinèrent notamment les violences commises dans la suite et les irrégularités financières présumées.

L’affaire ne se régla pas en quelques jours. Des auditions et des expertises furent nécessaires pour établir les faits et les responsabilités.

Julien, de son côté, commença un travail difficile sur lui-même. Il ne se contenta pas de présenter des excuses à Claire. Il reconnut également auprès de ses collaborateurs qu’il avait ignoré des alertes importantes et qu’il avait laissé une relation personnelle influencer ses décisions professionnelles.

Il mit en place des contrôles indépendants sur les dépenses de l’entreprise et exigea que les décisions financières importantes soient désormais vérifiées par plusieurs personnes.

Ce n’était pas une façon d’effacer ce qui s’était passé.

C’était une première étape pour éviter que cela ne se reproduise.

Claire, elle, ne reprit pas immédiatement leur vie commune comme si rien n’était arrivé. Elle resta quelque temps auprès de Sophie, avec l’accord de son médecin, afin de se reposer et de retrouver un peu de sérénité.

Julien respecta sa décision.

Il venait la voir lorsqu’elle l’acceptait. Il l’accompagnait à certains rendez-vous médicaux, sans jamais exiger qu’elle lui témoigne de la tendresse. Il prenait des nouvelles et répondait honnêtement à ses questions.

Peu à peu, Claire observa ses actes.

Elle savait que la confiance ne reviendrait pas grâce à une caméra de surveillance, à un audit ou à la condamnation éventuelle d’Élodie.