Gloria avait ouvert l’ordinateur de David avec une précipitation qui ne lui ressemblait pas.

— Non, non, non… murmura-t-elle.

Sur l’écran, une fenêtre de courrier électronique était restée ouverte. Un message, envoyé la veille à 23 h 42, affichait en objet : « Transfert de propriété — dernière étape avant lundi. »

L’adjoint du shérif, qui venait d’entrer dans le vestibule, s’arrêta en voyant Gloria se pencher sur l’ordinateur.

— Madame, veuillez vous éloigner de cet appareil.

Elle rabattit l’écran d’un geste brusque.

— C’est l’ordinateur de mon fils ! Je peux regarder ce que je veux !

— Je ne vous ai pas demandé à qui il appartient. Je vous demande de vous éloigner.

David se tenait près de la porte, livide. Il venait de comprendre que sa mère avait découvert quelque chose qu’il espérait garder secret.

— Maman, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il.

Gloria se retourna vers lui.

— Tu m’avais dit que tout était réglé !

L’adjoint échangea un regard avec le serrurier, puis désigna le dossier qu’il tenait.

— Je suis ici pour appliquer les instructions qui m’ont été communiquées concernant l’occupation de cette propriété. Je ne suis pas là pour arbitrer un conflit familial. Si quelqu’un conteste la procédure, nous suivrons les voies légales appropriées.

Gloria leva les mains au ciel.

— Mais nous sommes une famille ! On ne peut pas jeter une mère à la rue !

David ne répondit pas.

Et ce silence, pour la première fois, semblait lui coûter quelque chose.

À 7 h 19, mon téléphone sonna de nouveau.

Cette fois, ce n’était pas David. C’était mon avocate, Me Carter.

— Laura, j’ai reçu un message de votre mari. Il affirme que sa mère dispose d’un accord pour occuper la maison. Je lui ai répondu que nous avions besoin de tout document prouvant cette autorisation.

— Il n’en existe aucun, dis-je. Je n’ai jamais accepté qu’elle s’y installe durablement.

— Je le sais. Mais je préfère vous prévenir : il y a autre chose. J’ai examiné les documents que vous m’avez transmis cette nuit. La chemise safran contient des éléments qui pourraient dépasser la simple question de l’occupation.

Je regardai la fenêtre de mon bureau. Le soleil se levait au-dessus des bâtiments de la base.

— Vous parlez du transfert de propriété ?

— Oui. Le courriel que vous avez photographié hier soir mentionne un rendez-vous avec un conseiller immobilier. David semble avoir envisagé de présenter la maison comme un bien commun afin de garantir un emprunt. Mais il faut encore vérifier les documents et les démarches réellement entreprises.

Je fermai les yeux un instant.

C’était donc cela.

Depuis plusieurs semaines, David me posait des questions étranges sur mes finances, sur les travaux que j’avais fait réaliser avant notre mariage et sur les conditions de mon achat. Il voulait savoir si j’avais encore les originaux de l’acte de propriété et si mon nom apparaissait sur toutes les factures.

J’avais cru qu’il préparait un projet immobilier pour nous deux.

Je n’avais pas imaginé qu’il puisse envisager d’utiliser mon bien sans mon consentement.

— Que dois-je faire ? demandai-je.

— Conservez toutes les preuves. Ne signez rien et ne donnez aucune autorisation. Nous allons vérifier si une demande de financement a été déposée et prendre les mesures nécessaires pour protéger vos droits.

Je la remerciai avant de raccrocher.

À cet instant, j’ai compris que le camion devant ma maison n’était que le début d’une affaire bien plus grave.

À 7 h 31, David rappela.

Je décrochai.

— Laura, je t’en prie. Dis à l’adjoint d’arrêter. Maman est en train de perdre pied.

— Il faut qu’elle quitte la maison, David. Je t’ai prévenu que je ne consentais pas à son installation permanente.

— Elle n’avait nulle part où aller !

— Elle pouvait me demander la permission.

— Tu sais comment elle est. Elle aurait pris cela comme un rejet.

— Alors tu aurais dû lui expliquer que tu ne pouvais pas décider à ma place.

Il expira bruyamment.

— Tu es toujours comme ça. Tu prends une décision, tu l’exécutes et tu ne laisses personne discuter.

Je regardai les documents alignés sur mon bureau.

— C’est exactement ce que tu as fait quand tu as décidé que ta mère pouvait vivre chez moi indéfiniment. La différence, c’est que tu n’étais pas le propriétaire.

Il resta silencieux.

Puis sa voix changea.

— Écoute, il faut qu’on parle du transfert. Ce n’est pas ce que tu crois.

Je me redressai.

— Quel transfert ?

— C’est une idée que j’explorais. Rien n’a été signé.

— Pourquoi as-tu préparé des documents avec mon nom ?

— Je voulais nous aider.

— En utilisant ma maison comme garantie ?