La chambre blanche

Lucía resta sur le seuil, sans oser entrer.

Martín se tenait devant le petit lit, une photographie entre les mains. Sur l’image, une fillette d’environ quatre ans souriait en serrant le même ours en peluche que celui posé sur l’oreiller.

— C’était ma fille, dit-il finalement.

Lucía baissa les yeux.

— Je suis désolée. Je ne voulais pas…

— Elle s’appelait Valentina. Elle est morte il y a deux ans.

Il posa la photographie sur la commode.

— Après sa mort, ma femme, Teresa, est partie. Elle disait qu’elle ne supportait plus cette maison. Je n’ai jamais réussi à toucher à cette chambre.

Lucía sentit son cœur se serrer. Elle comprenait maintenant pourquoi Martín observait Leo avec cette expression étrange.

— Vous n’êtes pas obligé de me raconter tout ça, murmura-t-elle.

— Je ne sais pas pourquoi je te le raconte.

Il referma doucement la porte.

Les jours passèrent. Lucía ne posa aucune question sur Valentina. Elle se contentait de travailler, de s’occuper de Leo et de respecter la porte blanche.

Martín, lui, commença à rentrer plus tôt. Il s’asseyait parfois près de son fils pendant que Lucía lui donnait son biberon. Il ne cherchait pas à remplacer la petite fille par le bébé, mais il semblait redécouvrir peu à peu ce que signifiait vivre dans une maison où quelqu’un riait.

Puis Teresa arriva.

Elle était la sœur aînée de Martín et venait rarement à Pozuelo. Élégante, toujours parfaitement coiffée, elle avait l’habitude de parler comme si chaque pièce lui appartenait.

Dès qu’elle aperçut Lucía, son regard se posa sur Leo.

— Tu as donc engagé une nourrice avec son enfant ?

— Lucía travaille ici, répondit Martín. Et Leo reste avec elle.

Teresa eut un sourire froid.

— C’est généreux. Mais tu sais comment les gens peuvent profiter de ta situation.

Lucía fit semblant de ne pas entendre.

Elle avait trop besoin de ce travail pour se permettre une dispute.

Quelques semaines plus tard, un incident bouleversa la maison.

Lucía venait de terminer le ménage du salon lorsqu’elle entendit Teresa l’appeler depuis l’étage.

— Lucía ! Monte immédiatement !

Elle trouva Teresa devant la chambre blanche. La porte était ouverte et plusieurs objets avaient été déplacés.

— Qu’est-ce que tu as fait ? demanda Teresa.

— Rien, madame. Je ne suis pas entrée.

Teresa tenait un petit bracelet en or dans sa main. Il était orné d’une minuscule étoile.

— Je l’ai trouvé dans ta chambre.

Lucía pâlit.

— Ce n’est pas à moi.

— Il était dans ton tiroir, avec tes affaires.

— Je ne l’ai jamais vu.

Teresa leva le bracelet à hauteur de ses yeux.

— C’était celui de Valentina. Martín le cherchait depuis des mois.

Lucía sentit ses mains trembler.

— Je vous assure que je ne l’ai pas pris.

— Bien sûr. Tu es arrivée ici sans argent, avec un bébé. Tu as trouvé un homme riche, veuf et vulnérable. Tu crois vraiment que personne ne comprend ce que tu cherches ?

Lucía recula.

— Je cherche seulement à travailler et à élever mon fils.

— Alors tu aurais dû rester à ta place.

Martín apparut au bout du couloir.

— Que se passe-t-il ?

Teresa s’approcha immédiatement de lui.

— J’ai retrouvé le bracelet de Valentina dans les affaires de Lucía.

Martín regarda l’objet. Son visage changea.

— Lucía ?

Elle le fixa.

— Je ne l’ai jamais touché.

— Teresa dit qu’il était dans ta chambre.

— Alors demandez à Amalia. Demandez à vérifier les caméras. Mais je ne vous laisserai pas me traiter de voleuse.

Martín resta silencieux.

Ce silence fut plus douloureux que l’accusation.

— Il vaut mieux que tu partes, dit-il enfin.

Lucía eut l’impression que le sol disparaissait sous ses pieds.

— Vous me renvoyez sans même vérifier ?

— Je ne veux pas que cette situation dégénère davantage.

— Et mon salaire ? Mon contrat ? Mon logement ?

— Tu seras payée conformément à ton contrat. Amalia t’aidera à organiser ton départ.

Teresa détourna le visage pour cacher son sourire.

Lucía ne cria pas. Elle ne supplia pas.

Elle descendit dans sa chambre, prépara les affaires de Leo, rangea ses vêtements dans la petite valise et vérifia qu’elle n’oubliait ni son carnet de santé ni ses papiers.

Elle laissa les clés sur la table de la cuisine.

Lorsqu’elle atteignit l’entrée, Amalia l’attendait.

La gouvernante avait les yeux humides.

— Lucía, attends.

— Je ne veux pas vous attirer d’ennuis, Amalia.

La vieille femme regarda vers l’escalier, puis prononça une seule phrase :

— Avant de partir, regarde qui est entré dans ta chambre.

Lucía se figea.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Amalia sortit son téléphone.