Nathan eut un petit sourire gêné, puis baissa les yeux vers son téléphone.

Il n’avait rien dit.

Pas un mot pour rappeler que les enfants étaient ses enfants, eux aussi. Pas un mot pour expliquer que j’avais organisé cette soirée pendant des semaines. Pas même un regard vers moi.

Margaret, elle, semblait parfaitement satisfaite.

Elle portait une robe bleu nuit, un collier de perles et cette expression triomphante qu’elle affichait chaque fois qu’elle obtenait ce qu’elle voulait.

Mes deux enfants, Lily, huit ans, et Oliver, six ans, se tenaient près de moi. Lily avait préparé une petite carte pour sa grand-mère. Oliver tenait un dessin qu’il avait colorié pendant tout l’après-midi.

— Mamie, j’ai fait ça pour toi, dit-il timidement.

Margaret regarda le papier, puis son verre.

— C’est gentil, mon petit. Mais va donc retrouver ta sœur.

Oliver ne bougea pas.

— Tu ne veux pas le voir ?

Elle soupira.

— Pas maintenant. Les adultes discutent.

Je sentis ma gorge se serrer.

J’avais pourtant demandé à Margaret ce qu’elle souhaitait pour son anniversaire. Elle m’avait répondu qu’elle voulait une soirée familiale, avec ses enfants et ses petits-enfants. J’avais pris ses paroles au sérieux.

Mais, apparemment, elle avait changé d’avis dès que les invités les plus élégants avaient commencé à arriver.

Je me penchai vers Oliver.

— Viens avec moi, mon cœur.

Je pris sa main et celle de Lily.

Nathan se tourna enfin vers nous.

— Caroline, où vas-tu ?

— Je vais installer les enfants à une table où ils ne dérangeront personne.

Il fronça les sourcils.

— Ne commence pas, s’il te plaît. C’est l’anniversaire de maman.

Je le regardai longuement.

— Justement. J’aimerais comprendre pourquoi tes enfants ne sont pas les bienvenus à la fête que nous organisons pour elle.

— Ce n’est pas ce qu’elle a dit.

Lily baissa la tête.

— Elle a dit qu’on faisait du bruit.

Nathan lui lança un regard agacé.

— Lily, ce n’est pas le moment.

Ce fut la phrase de trop.

Je ne répondis pas. Je conduisis les enfants vers une petite table près de la fenêtre, à l’écart de la salle principale. Je leur demandai de s’asseoir et commandai deux jus de fruits.

Puis je revins vers Nathan.

— Nous devons parler.

— Pas maintenant.

— Alors quand ? Quand les enfants auront oublié qu’ils ont été humiliés devant tout le monde ?

Il passa une main sur son visage.

— Maman voulait une soirée tranquille. Elle a soixante-cinq ans. Tu pourrais faire un effort.

Je laissai échapper un rire bref, sans joie.

— Un effort ? Nathan, j’ai payé la salle, le repas, les boissons, les fleurs et même les cadeaux que ta mère voulait offrir à ses amies. Quel effort supplémentaire attends-tu de moi ?

Il regarda autour de lui pour vérifier si quelqu’un nous écoutait.

— Ne parle pas d’argent ici.

— Pourquoi ? Parce que cela gâcherait l’image que ta mère veut donner ?

Il ne répondit pas.

À cet instant, Margaret s’approcha.

— Caroline, je crois que tu prends les choses trop personnellement.

Je la regardai.

— Vous avez demandé à mes enfants de ranger leurs affaires et de ne pas participer à la soirée.

— Je leur ai simplement demandé d’être raisonnables. Ce restaurant est très chic. Je ne voulais pas qu’ils courent partout.

— Ils n’ont pas couru partout. Oliver voulait simplement vous offrir son dessin.

Margaret haussa les épaules.

— Je le regarderai plus tard.

Elle se tourna vers Nathan et lui prit le bras.

— Viens, mon chéri. Les invités attendent.

Puis elle ajouta, assez fort pour que je l’entende :

— Certaines personnes ne savent vraiment pas se comporter lors d’une réception.

Je sentis mon visage chauffer.

Mais je ne criai pas.

Je sortis simplement mon téléphone et ouvris l’application American Express.

J’avais passé des semaines à organiser cette soirée. Je connaissais chaque réservation, chaque supplément et chaque modification. J’avais même conservé tous les échanges avec le restaurant.

Je fis signe au responsable de salle, un homme nommé Monsieur Laurent.

— Pourriez-vous venir quelques instants ?

Il s’approcha avec un sourire professionnel.

— Bien sûr, madame. Tout se passe-t-il comme prévu ?

Je jetai un regard vers la salle.

— Pas exactement. J’aimerais vérifier le détail du règlement et les personnes autorisées à demander des modifications au contrat.

Nathan se retourna.

— Caroline, qu’est-ce que tu fais ?

— Je vérifie ce que j’ai signé.

Monsieur Laurent ouvrit son dossier.

— Le contrat de réservation est bien à votre nom, madame. Le paiement de l’acompte et le règlement final proviennent également de votre compte. Vous êtes notre interlocutrice principale pour toute modification.

Margaret fronça les sourcils.

— Et alors ? Nous sommes ici pour mon anniversaire !