— Bien entendu, madame, répondit-il poliment. Je voulais simplement confirmer les modalités avec la personne qui a effectué la réservation.
Je me tournai vers Nathan.
— Tu m’as demandé de rendre cette soirée inoubliable pour ta mère. Je l’ai fait. Mais je ne financerai pas une fête où mes enfants sont traités comme des invités indésirables.
Il soupira.
— Tu vas vraiment faire une scène pour ça ?
— Non. Je vais prendre une décision.
Je demandai à Monsieur Laurent de suspendre les prestations supplémentaires qui n’avaient pas encore été servies, sans toucher aux repas déjà commandés ni aux obligations contractuelles. Je voulais connaître précisément les frais engagés et les possibilités d’ajustement.
Margaret se mit à parler plus fort.
— Tu ne peux pas faire ça ! Les invités sont arrivés !
— Je ne demande à personne de partir. Je demande simplement que mes enfants aient leur place à cette table et que personne ne leur parle comme s’ils étaient de trop.
Elle croisa les bras.
— Tu dramatises. Ils sont petits. Ils ne se souviendront même pas de cette soirée.
Lily, qui avait entendu, s’approcha doucement.
— Moi, je m’en souviendrai, mamie.
Le silence qui suivit fut plus lourd que toutes les disputes précédentes.
Margaret détourna le regard.
Nathan se passa la main dans les cheveux.
— Maman, tu pourrais au moins leur dire bonjour correctement.
Elle le fixa, stupéfaite.
— Tu prends son parti ?
— Je ne prends le parti de personne. Ce sont mes enfants aussi.
— Tu sais très bien que je voulais une soirée élégante !
— Une soirée élégante n’oblige pas à humilier deux enfants.
Pour la première fois de la soirée, Nathan venait de dire quelque chose que j’aurais aimé entendre beaucoup plus tôt.
Mais cela ne réparait pas tout.
Je retournai auprès de Lily et Oliver. Je m’accroupis devant eux.
— Vous n’avez rien fait de mal. Vous avez le droit d’être ici et vous avez le droit d’être aimés.
Oliver me tendit son dessin.
— Tu peux le garder, maman. Je ne veux plus le donner à mamie.
Je le pris avec précaution.
— Je vais le garder précieusement.
Quelques minutes plus tard, Monsieur Laurent revint avec le détail des dépenses. Une partie du menu avait déjà été préparée et ne pouvait être annulée. Les fleurs et la location de la salle étaient également engagées. En revanche, les consommations supplémentaires et certaines prestations encore non commencées pouvaient être ajustées selon les conditions prévues au contrat.
Je lui demandai de maintenir le repas réservé aux invités, mais de faire installer une table familiale pour moi et les enfants.
— Nous allons dîner ensemble, dis-je.
Margaret protesta aussitôt.
— Ce n’est pas ce que j’avais prévu !
Je répondis calmement :
— Et ce n’est pas ce que j’avais prévu non plus lorsque j’ai payé cette soirée.
Nathan resta debout, incapable de choisir entre sa mère et sa famille.
Finalement, il tira une chaise à côté de Lily.
— Je peux m’asseoir avec vous ?
Lily le regarda sans répondre tout de suite.
— Tu vas encore nous demander de partir si mamie se fâche ?
Nathan sembla recevoir un coup.
— Non, ma chérie.
Il s’assit.
Le dîner se poursuivit dans une atmosphère étrange. Quelques invités tentaient de relancer les conversations, d’autres faisaient semblant de ne rien avoir remarqué. Margaret souriait pour les photographies, mais son sourire ne lui atteignait plus les yeux.
À la fin du repas, elle s’approcha de moi.
— Tu as gâché mon anniversaire.
Je pris le dessin d’Oliver dans mon sac et le lui montrai.
— Non, Margaret. J’ai simplement refusé que mes enfants pensent qu’ils n’ont pas leur place dans leur propre famille.
Elle ne répondit pas.
Je quittai le restaurant avec Lily et Oliver. Nathan nous rejoignit sur le trottoir quelques minutes plus tard.
— Caroline, attends. Je sais que j’aurais dû intervenir plus tôt.
Je le regardai.
— Oui. Tu aurais dû.
— Je vais parler à maman.
— Ce n’est pas seulement une conversation avec ta mère qui m’intéresse, Nathan. Je veux savoir si tu comprends pourquoi tes enfants ont été blessés. Et je veux que tu sois capable de leur montrer qu’ils comptent, même quand cela déplaît à quelqu’un.
Il baissa la tête.
— Je comprends.
— Alors, commence par leur présenter des excuses. Pas demain. Pas quand ta mère sera de bonne humeur. Maintenant.
Nathan s’agenouilla devant eux.
— Lily, Oliver, je suis désolé. J’aurais dû vous défendre dès le début. Vous n’aviez rien fait de mal.
Lily lui prit la main.
Oliver, lui, resta silencieux.
Je ne lui demandai pas de pardonner immédiatement. Les excuses ne sont pas une obligation pour celui qui a été blessé ; elles sont une responsabilité pour celui qui a causé la blessure.