Julien resta figé devant le portail.
Pendant quelques secondes, il ne regarda ni le gardien, ni les valises, ni même Élodie. Ses yeux étaient fixés sur Claire, comme s’il cherchait dans son visage la moindre trace de la femme qu’il avait laissée derrière lui : celle qui pardonnait, qui expliquait, qui réparait ses erreurs et qui finissait toujours par trouver une solution.
Mais cette femme-là n’était plus venue.
Claire s’avança tranquillement, son dossier serré contre elle.
— Claire, qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Julien.
Elle haussa légèrement les sourcils.
— Je pourrais te poser la même question. Il me semble pourtant que tu m’avais annoncé que tu rentrerais dimanche.
— Ne joue pas à ça. Le portail ne fonctionne plus. Le gardien raconte que la maison a été vendue. Tu peux m’expliquer ce qui se passe ?
Claire jeta un regard aux quatre valises alignées sur le trottoir.
— Tu as donc prévu de t’installer.
Élodie se tourna vers lui.
— Julien, tu m’avais dit que cette maison était à toi.
— Elle est à nous, enfin… c’était notre maison, balbutia-t-il. Claire a dû faire quelque chose sans me prévenir.
Claire ouvrit son dossier.
— Tu as raison sur un point. J’ai fait quelque chose sans te prévenir.
Elle en sortit une copie de l’acte de vente et la tendit à Julien.
— J’ai vendu ma maison.
Il saisit les feuilles d’une main tremblante. Il parcourut les premières lignes, chercha une erreur, un nom mal orthographié, une date qui pourrait lui permettre de contester ce qu’il voyait.
Mais le document était parfaitement clair.
Le bien avait changé de propriétaire. L’acte avait été signé. La remise des clés avait été effectuée.
— Tu n’avais pas le droit ! cria-t-il finalement.
Claire ne bougea pas.
— De vendre une maison qui m’appartient ?
— Nous sommes mariés !
— Oui. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai demandé à mon avocate de vérifier chaque élément avant la vente. La maison a été acquise avec des fonds personnels issus de la succession de ma mère. Les actes et les justificatifs ont été examinés. La vente a été réalisée conformément aux vérifications juridiques nécessaires.
Elle marqua une pause.
— Tu aurais peut-être dû te renseigner avant de promettre à une autre femme qu’elle y vivrait.
Élodie avait cessé de regarder les documents. Elle observait Julien.
— Tu m’as dit que tu étais propriétaire.
— C’est compliqué, Élodie.
— Non. Ce n’est pas compliqué. Tu m’as dit que c’était chez toi.
— Je comptais tout régler !
— Avec quel argent ?
La question resta suspendue dans l’air.
Julien se tourna vers Claire, furieux.
— Tu m’as humilié devant tout le monde ! Tu as bloqué mes cartes, tu as vendu la maison pendant que j’étais à l’étranger et maintenant tu viens ici pour me ridiculiser !
— Je ne t’ai pas humilié, Julien. J’ai cessé de financer ta vie.
— Tu sais très bien que je n’ai pas les moyens de tout payer seul !
— C’est précisément le problème.
Elle ouvrit une deuxième pochette.
— Voici le relevé des dépenses identifiées par Nadia. Les bijoux, les fleurs, le domaine, les billets d’avion. Nous avons également retrouvé plusieurs factures présentées comme des frais professionnels alors qu’elles correspondaient à ta cérémonie privée.
Julien pâlit.
— Ce sont des dépenses que je devais rembourser.
— Avec quel argent ?
— Je t’aurais remboursée !
— Quand ?
Il ne répondit pas.
— Après la lune de miel ? Après avoir emménagé chez moi avec Élodie ? Ou après avoir décidé que je devais payer le divorce dont tu avais peur ?
Élodie se raidit.
— Quel divorce ?
Julien ferma les yeux une seconde.
Il venait de comprendre qu’il avait commis une erreur plus grave que celle d’avoir sous-estimé Claire.
Il avait construit deux versions de sa vie, convaincu que personne ne les confronterait jamais.
— Je t’ai expliqué que nous étions séparés, dit-il à Élodie.
— Tu m’as dit que le divorce était terminé !
— C’était une question de formalités.
Claire intervint, d’une voix calme :
— À ma connaissance, aucune procédure de divorce n’avait été engagée avant que je découvre tes dépenses. Mon avocate pourra confirmer la situation exacte à partir des documents officiels.
Élodie regarda les feuilles, puis Julien.
— Tu m’as fait croire que tu étais libre.
— Je voulais te protéger de tout ça.
— Me protéger ? Tu m’as fait rencontrer ta famille. Ta mère m’a appelée belle-fille. Tu m’as demandé de quitter mon appartement en me promettant qu’on vivrait ici.
Elle désigna la maison.
— Tu m’as même demandé de choisir les rideaux de la chambre !
Julien tenta de lui prendre la main.
Elle recula.
— Ne me touche pas.