Le gardien, qui avait assisté à l’échange sans intervenir, rappela poliment que les nouveaux propriétaires souhaitaient que personne ne tente d’entrer sur le terrain sans autorisation.

Julien se retourna vers lui.

— Je n’ai pas besoin de votre permission pour entrer chez moi !

— Monsieur, ce n’est plus votre domicile. Je dois protéger la propriété dont j’assure la surveillance.

— Vous savez qui je suis ?

Le gardien resta impassible.

— Je sais seulement qui est autorisé à entrer.

Cette réponse eut sur Julien l’effet d’une gifle.

Pendant douze ans, il avait vécu dans le confort de la maison de Claire. Il y avait reçu des amis, organisé des dîners, raconté des histoires sur son succès et laissé les autres croire qu’il était à l’origine de leur fortune.

Il avait confondu l’accès avec la propriété.

Et maintenant, un homme qui ne connaissait même pas son nom venait de lui expliquer la différence.

Claire aurait pu partir à cet instant.

Elle avait obtenu ce qu’elle voulait : protéger ses biens, arrêter les dépenses et mettre fin à cette situation où son mari se servait de sa réussite comme d’un compte bancaire personnel.

Mais elle avait une dernière chose à lui dire.

— Julien, je ne suis pas venue pour me disputer.

— Alors pourquoi es-tu là ?

— Parce que tu dois comprendre que ce qui vient de se passer n’est pas une vengeance. C’est une conséquence.

Il ricana.

— Tu appelles ça une conséquence ? Tu m’as laissé sans maison !

— Tu n’as jamais acheté cette maison.

— J’y ai vécu pendant douze ans !

— Et pendant ces douze années, tu as bénéficié de mon argent, de mon travail et de mon soutien. Je ne t’ai jamais reproché de gagner moins que moi. Je ne t’ai jamais demandé de financer mon entreprise. Je t’ai même donné une place dans cette entreprise parce que je pensais que nous construisions quelque chose ensemble.

Elle respira profondément.

— Mais tu as utilisé cette confiance pour financer une double vie.

Julien détourna le regard.

— Tu ne sais pas ce que j’ai vécu avec toi.

Pour la première fois, Claire sentit la colère remonter.

— Alors pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? Pourquoi ne m’as-tu pas demandé le divorce ? Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu voulais partir ? Tu avais le droit de ne plus m’aimer, Julien. Tu avais le droit de vouloir une autre vie.

Elle fit un pas vers lui.

— Tu n’avais pas le droit de me mentir et de considérer mon argent comme une ressource à laquelle tu pouvais te servir sans mon accord.

Le silence retomba.

Élodie essuya une larme du bout des doigts.

— Je suis désolée, murmura-t-elle.

Claire la regarda. Elle aurait pu lui répondre sèchement. Elle aurait pu lui rappeler qu’elle avait accepté de participer à une cérémonie organisée alors que Julien était encore marié.

Mais elle ne connaissait pas toute l’histoire qu’il lui avait racontée.

— Je ne sais pas exactement ce que Julien vous a dit, répondit-elle. Je ne peux pas savoir ce que vous saviez réellement. Mais je vous conseille de conserver tous les messages, les factures et les documents qui vous concernent. Et de ne signer quoi que ce soit sans avoir votre propre conseil juridique.

Élodie hocha lentement la tête.

Elle ne remercia pas Claire. Elle n’en avait pas la force.

Elle se contenta de sortir son téléphone et de commander un véhicule.

Julien la saisit par le bras.

— Tu ne vas pas partir maintenant !

Elle se dégagea.

— Tu m’as demandé de te faire confiance. Je l’ai fait. Mais je ne peux pas construire ma vie avec quelqu’un dont je découvre les mensonges au milieu du trottoir.

— Élodie, attends !

— Tu m’as dit que tu étais riche. Tu m’as dit que tu avais réussi tout seul. Tu m’as dit que ton divorce était réglé. Tu m’as dit que cette maison était à toi.

Elle le regarda droit dans les yeux.

— Combien de choses dans ta vie sont réellement à toi, Julien ?

Elle prit sa valise et s’éloigna.

Julien ne la suivit pas.

Il resta devant le portail, entouré de ses quatre bagages, tandis que le véhicule d’Élodie disparaissait au bout de la rue.

Pour la première fois, il n’avait plus personne à convaincre.

Le soir même, Julien appela sa mère.

Monique décrocha au bout de la troisième sonnerie.

— Alors ? Vous êtes bien installés ?

Il éclata presque de rire.

— Installés où, maman ?

Elle se tut.

— Claire a vendu la maison.

— Quoi ?

— La maison n’est plus à elle. Elle appartient à quelqu’un d’autre. Le gardien m’a interdit d’entrer.

Monique eut un silence incrédule.

— Mais elle ne peut pas faire ça ! Tu es son mari !