Le lendemain matin, Élise demanda à son père de lui apporter son ordinateur.

— Qu’est-ce que tu veux faire ? demanda Michel.

— Comprendre depuis combien de temps ma vie était devenue un mensonge.

Michel s’assit près d’elle.

— Tu n’as rien à prouver à cet homme.

— Je ne veux rien lui prouver, papa. Je veux arrêter de douter de ce que j’ai vu.

Pendant les heures suivantes, Élise parcourut ses anciens messages avec Julien. Elle ne cherchait pas à se faire davantage de mal. Elle voulait simplement remettre les événements dans l’ordre.

Une photographie envoyée depuis un restaurant. Un déplacement professionnel annoncé au dernier moment. Une facture d’hôtel qu’il avait expliquée par une erreur de réservation. Des messages auxquels il avait répondu des heures plus tard, alors qu’il lui disait être en réunion.

Pris séparément, chaque détail pouvait avoir une explication.

Ensemble, ils racontaient une autre histoire.

Puis elle retrouva un message envoyé trois semaines avant l’incendie.

« Je dois dîner avec un client important. Ne m’attends pas. »

À cette époque, elle lui avait répondu avec un cœur.

Elle se souvenait même avoir laissé une assiette au chaud pour lui.

Élise posa son téléphone.

— Maman avait raison, murmura-t-elle.

Claire, qui venait d’entrer avec une tasse de thé, s’approcha.

— Sur quoi ?

— Je passais mon temps à lui trouver des excuses.

Elle fixa les cicatrices qui descendaient de sa joue vers son cou. Depuis son opération, elle évitait encore parfois les miroirs. Certains jours, elle avait l’impression de reconnaître son visage. D’autres, elle avait besoin de quelques secondes pour accepter ce qu’elle voyait.

— J’ai cru que si je devenais assez patiente, assez courageuse, assez facile à aimer, il finirait par revenir.

Claire s’assit près d’elle.

— Ma chérie, tu n’avais pas à devenir quelqu’un d’autre pour mériter qu’il reste.

Élise baissa les yeux.

— Je sais. Mais je crois que j’avais besoin de l’entendre.

Sa mère lui prit doucement la main.

Elles restèrent ainsi sans parler.

Pour la première fois depuis des mois, Élise ne chercha pas à paraître forte.

Elle avait le droit d’être blessée. Le droit d’être en colère. Le droit de regretter la personne qu’elle avait aimée, sans pour autant vouloir retrouver l’homme qu’il était devenu.

Trois jours plus tard, Sophie Delmas, l’avocate qui avait accompagné Élise pendant son divorce, la reçut dans son cabinet.

Élise lui expliqua ce qu’elle avait découvert. Sophie l’écouta attentivement, puis ouvrit le dossier de la séparation.

— Je vais être franche avec vous. Le fait que votre ex-mari ait entretenu une relation avant votre séparation peut avoir une importance dans certains aspects de votre histoire, mais cela ne signifie pas automatiquement que votre convention de divorce peut être annulée. Il faut examiner précisément ce qui a été signé, les circonstances et les éventuelles conséquences juridiques.

— Je ne veux pas récupérer Julien, répondit Élise. Je ne veux même pas qu’il revienne.

— Alors, qu’attendez-vous de cette démarche ?

Élise réfléchit.

— Je veux savoir s’il m’a menti sur des choses qui ont eu une incidence sur notre séparation. Et je veux m’assurer que les frais liés à mes soins ne vont pas devenir un problème parce que j’ai accepté trop vite de tourner la page.

Sophie hocha la tête.

— Voilà deux questions distinctes. Nous allons les traiter séparément.

Elle expliqua à Élise qu’il fallait également examiner le dossier de l’incendie : les rapports des pompiers, les conclusions concernant l’origine du feu, les contrats d’assurance, les frais déjà indemnisés et ceux qui pourraient encore être couverts.

— Vous avez été gravement blessée en sauvant votre mari, dit-elle. Il faut vérifier que vos intérêts ont été correctement protégés. Votre décision de divorcer ne doit pas vous empêcher de faire valoir vos droits concernant votre santé et les conséquences de l’incendie.

Élise sentit une tension se relâcher dans sa poitrine.

Jusqu’alors, elle avait traité toutes ces questions comme une seule et même douleur. Le mariage, l’incendie, les cicatrices, l’argent, l’abandon.

Sophie lui montrait qu’elle pouvait les séparer.

Elle pouvait laisser son mariage derrière elle tout en prenant soin de la femme qui avait survécu au feu.

— Je veux que vous vérifiiez tout, dit-elle.

— Très bien. Mais nous allons avancer avec des documents, pas avec des suppositions.

Pour la première fois, Élise eut le sentiment de reprendre le contrôle de quelque chose.

Pendant ce temps, Julien pensait avoir réussi à tourner la page.

Il vivait désormais dans un appartement parisien avec Inès, qui passait de plus en plus de temps chez lui. Il lui parlait de projets, de voyages et de la croissance prochaine de son agence.

Il lui disait aussi qu’il avait vécu un mariage difficile avec une femme qui ne lui laissait plus de place.

Il n’avait pas raconté l’incendie en détail.