Elle s’est simplement levée, a débarrassé la table et a rangé le gâteau au réfrigérateur.
Je n’ai compris que bien plus tard que, ce soir-là, quelque chose s’était définitivement éteint en elle.
Les mois suivants, Valeria a changé. Elle ne me demandait plus où j’allais, ne vérifiait plus l’heure de mon retour et ne cherchait plus à organiser des moments à deux.
Je pensais qu’elle avait enfin accepté ma façon de vivre.
En réalité, elle avait commencé à préparer son départ.
Le voyage à Rome avec Renata a été le dernier chapitre de cette histoire. J’avais annoncé à Valeria que je partais pour une réunion avec des investisseurs. Elle m’avait simplement demandé :
— Tu seras absent combien de temps ?
— Une semaine.
— D’accord. Fais attention à toi.
Je n’avais même pas remarqué qu’elle ne m’avait pas demandé de l’appeler.
Pendant mon séjour, elle m’avait envoyé trois messages. Le premier disait qu’elle ne se sentait pas bien. Le deuxième me demandait de la rappeler. Le troisième était simplement :
« Gabriel, j’ai besoin de toi. C’est important. »
Je les avais lus entre deux rendez-vous. J’avais répondu que j’étais occupé et que nous parlerions à mon retour.
Le quatrième jour, elle avait appelé plusieurs fois.
Je n’avais pas décroché.
J’étais avec Renata dans un restaurant, puis nous avions rejoint des amis. Je ne voulais pas gâcher la soirée avec des problèmes domestiques.
À présent, devant les sept cartons, je commençais à comprendre ce que j’avais fait.
J’ai ouvert le cinquième carton une seconde fois. La photographie de Valeria à l’hôpital était accompagnée d’une feuille pliée.
C’était un compte rendu médical.
Elle avait été admise aux urgences à la suite d’un malaise important. Les médecins avaient constaté une complication nécessitant des examens complémentaires et une surveillance. Elle avait passé plusieurs jours à l’hôpital, puis était rentrée chez elle avec des recommandations précises et un suivi médical à organiser.
Je me suis assis au bord du lit.
Pourquoi ne m’avait-elle rien dit ?
Puis j’ai aperçu une seconde photographie, prise dans la chambre d’hôpital. Valeria y était seule, un petit bouquet posé sur la table de chevet. Au dos, elle avait écrit :
« J’ai attendu ton appel jusqu’à minuit. J’avais peur, Gabriel. Pas seulement de ce qui m’arrivait, mais de comprendre que je n’étais plus la personne que tu voulais appeler quand quelque chose comptait. »
J’ai posé la photo.
Le téléphone était toujours dans le carton. Il contenait une copie de nos anciens messages, classés par année. J’ai fait défiler les conversations.
Au début, il y avait des déclarations d’amour, des projets, des plaisanteries et des photos de nos premiers vêtements. Puis les messages étaient devenus plus courts.
« Tu rentres dîner ? »
« Je t’attends. »
« Tu as oublié notre rendez-vous. »
« Ce n’est pas grave. »
Et, finalement :
« Ne t’inquiète pas. Je vais me débrouiller. »
J’ai senti ma gorge se serrer.
J’ai ouvert le premier carton.
Il contenait des dessins, des patrons et des photographies de nos premières collections. Certains portaient encore ses annotations au crayon. Sur une feuille, elle avait écrit :
« Première collection Mendoza Atelier. Créée par Gabriel et Valeria. »
Je me suis souvenu de cette période. Nous n’avions presque rien, mais nous étions heureux de travailler ensemble.
Le deuxième carton contenait nos albums de mariage.
Le troisième, des lettres que je lui avais écrites avant que l’entreprise ne devienne célèbre.
Le quatrième était rempli de cadeaux que je lui avais offerts au fil des années : des bijoux, des sacs, des objets coûteux qu’elle avait soigneusement conservés, sans jamais sembler vraiment heureuse de les recevoir.
Le cinquième contenait les documents médicaux et la photographie.
Le sixième était différent.
Il renfermait des dossiers professionnels, des contrats et des documents relatifs à la création de Mendoza Atelier. J’ai découvert que Valeria avait conservé des copies de plusieurs accords fondateurs, notamment ceux qui précisaient son rôle dans la conception des premières collections.
Je me suis souvenu que nous avions créé l’entreprise ensemble, mais que, lorsque les investisseurs étaient arrivés, j’avais progressivement fait disparaître son nom des présentations et des documents commerciaux.
Je m’étais convaincu que c’était plus simple ainsi.
Au fond du carton, une lettre de son avocate expliquait qu’elle souhaitait faire examiner ses droits sur les créations et les parts qui lui revenaient selon les accords signés à l’époque.
Ce n’était pas une menace. C’était une démarche légale, préparée avec sérieux.
J’ai enfin ouvert le septième carton.
Il contenait ses affaires personnelles : quelques vêtements, des livres, une boîte de photographies et un petit carnet à couverture rouge.
Sur la première page, j’ai reconnu son écriture.
« Je ne pars pas parce que Gabriel a passé sept jours avec Renata. Je pars parce que cela fait des années que je vis seule dans un mariage où nous étions censés être deux. »