Claire observa la jeune femme sur le palier. Elle avait les mains tremblantes, les yeux rougis par les larmes et cette expression particulière de ceux qui ont longtemps hésité avant de dire la vérité.

— Comment vous appelez-vous ? demanda Claire.

— Sophie Lambert. Et je sais que vous ne me devez rien, mais je vous en prie, laissez-moi entrer. Je n’ai pas beaucoup de temps.

Derrière Claire, Julien se précipita vers la porte.

— Non. Tu n’as rien à faire ici, Sophie !

Ce cri confirma à Claire ce qu’elle commençait à soupçonner.

Elle s’écarta.

— Entrez.

Sophie passa devant Julien sans même le regarder. Elle posa son enveloppe kraft sur la table du salon et en sortit plusieurs photographies, des relevés bancaires et des copies de documents administratifs.

Monique s’assit brusquement sur le canapé.

— Julien, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Il ne répondit pas.

Sophie prit la première photographie.

On y voyait Julien attablé à la terrasse d’un restaurant, sa main posée sur celle d’une femme brune. Il l’embrassait sur la joue, avec une tendresse que Claire ne lui avait pas vue depuis des mois.

Sur la deuxième, ils s’embrassaient devant l’entrée d’un hôtel.

La troisième montrait Julien et Sophie dans une agence immobilière, quelques semaines plus tôt.

Claire sentit sa gorge se serrer.

— Depuis combien de temps ?

Sophie baissa les yeux.

— Presque huit mois.

Huit mois.

Huit mois pendant lesquels Julien avait continué à dormir dans son lit, à lui demander de préparer les vacances, à l’embrasser distraitement avant de partir travailler. Huit mois pendant lesquels Claire avait cru que leur couple traversait simplement une période difficile.

— Pourquoi êtes-vous venue aujourd’hui ? demanda-t-elle.

Sophie regarda Julien avec dégoût.

— Parce qu’hier soir, il m’a annoncé qu’il allait bientôt quitter sa femme. Il m’a expliqué que votre appartement serait bientôt vendu, qu’il récupérerait une grosse somme et que nous pourrions commencer une nouvelle vie ensemble.

Claire posa lentement le dossier bleu sur la table.

— Vendu ?

Julien s’avança.

— Claire, ne l’écoute pas. Elle est jalouse. Elle cherche à se venger parce que j’ai décidé de mettre fin à notre relation.

— Tu viens de dire que tu voulais la quitter ? demanda Sophie. Hier, tu m’as juré que tu attendais seulement que les papiers soient signés !

— Tais-toi !

Le cri fit sursauter Monique.

Claire, elle, ne bougea pas.

— Quels papiers, Julien ?

Sophie ouvrit une deuxième pochette.

Cette fois, ce n’étaient pas des photographies de couple. C’étaient des relevés de crédit, des courriers de relance et des tableaux de dettes.

Julien avait accumulé plus de 70 000 euros de dettes auprès de plusieurs organismes de crédit et d’une société de financement. Certaines mensualités n’avaient pas été réglées depuis des mois. Il avait également engagé des sommes importantes dans une entreprise qui avait fait faillite sans jamais en parler à sa femme.

— Il m’a demandé de l’aider à organiser ses finances, expliqua Sophie. Je travaillais dans un cabinet comptable. Au début, je pensais qu’il avait seulement besoin de conseils. Puis j’ai découvert que ses dettes étaient beaucoup plus importantes qu’il ne le disait.

Claire parcourut les documents.

Plus elle lisait, plus elle avait l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds.

Des virements réguliers avaient été effectués vers un compte dont elle ignorait l’existence. Des dépenses d’hôtel, des achats de luxe et des retraits en espèces apparaissaient sur les relevés qu’elle avait sous les yeux.

— Cet argent vient d’où ? murmura-t-elle.

Julien tenta de reprendre les documents.

Claire les éloigna.

— Ne me touche pas.

Il s’immobilisa.

Pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, il sembla comprendre qu’elle ne lui obéirait plus simplement pour éviter une dispute.

Sophie sortit enfin le document qu’elle avait conservé au fond de l’enveloppe.

— Le plus grave, c’est ça.

Il s’agissait d’une copie d’un dossier préparé par un intermédiaire financier. Le nom de Claire apparaissait en haut de la première page, suivi de l’adresse de son appartement.

Le document mentionnait un projet de garantie immobilière destiné à obtenir un nouveau financement. Une estimation de la valeur du logement avait été réalisée. Des informations sur le prêt initial, le régime matrimonial du couple et les revenus de Claire avaient été rassemblées.

Sur une page, une note manuscrite indiquait : « Faire signer rapidement. Présenter comme une formalité bancaire. »

Claire sentit le sang quitter son visage.

— Tu voulais utiliser mon appartement comme garantie pour tes dettes ?

Julien passa une main sur son front.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Alors explique-moi.

— J’avais besoin de temps. Je pensais pouvoir rembourser. Je voulais seulement trouver une solution.

— Une solution qui consistait à me faire signer des documents sans m’expliquer ce qu’ils contenaient ?