Il ne répondit pas.
Sophie poursuivit, la voix tremblante :
— Il m’a aussi demandé de lui trouver un notaire qui accepterait d’étudier une procuration. Il voulait pouvoir avancer dans les démarches même si vous étiez absente. Quand j’ai compris ce qu’il préparait, j’ai refusé de l’aider.
Claire tourna lentement la tête vers son mari.
— Et ta mère ? Pourquoi m’a-t-elle lancé cette cocotte ce matin ?
Monique se leva aussitôt.
— Je ne savais pas pour les dettes ! Je te le jure !
— Mais vous saviez pour les papiers.
Le silence de Monique fut une réponse.
Claire sentit sa colère se transformer en une lucidité glaciale.
— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
Monique se mit à tordre nerveusement son mouchoir.
— Il m’a expliqué qu’il fallait que tu acceptes de le mettre sur les documents. Il disait que, dans un mariage, on devait tout partager. Il m’a aussi dit que tu étais devenue trop indépendante, que tu refusais de penser à son avenir.
— Et vous avez décidé de me terroriser pour que je cède ?
— Je voulais aider mon fils !
— En me lançant une cocotte en fonte à la tête ?
Monique baissa les yeux.
Julien tenta une dernière fois de reprendre le contrôle.
— Claire, écoute-moi. Nous sommes mariés. Nous avons construit une vie ensemble. Tu ne vas pas détruire notre mariage pour des erreurs financières et une relation qui est terminée.
Claire le regarda longuement.
— Notre mariage ? Celui dans lequel tu me trompes depuis huit mois ? Celui dans lequel tu accumules des dettes en me mentant ? Celui dans lequel tu prépares des documents pour utiliser mon appartement sans mon consentement ? Ou celui dans lequel tu laisses ta mère m’agresser pour m’obliger à signer ?
Julien ouvrit la bouche, mais aucun mot n’en sortit.
À cet instant, le téléphone de Claire vibra.
C’était un message de sa collègue Amélie, qui savait qu’elle fêtait son anniversaire.
« Joyeux anniversaire ! J’espère que Julien t’a préparé une belle surprise. Au fait, tu as bien reçu le courrier de la banque concernant une demande de renseignements sur ton appartement ? »
Claire relut le message deux fois.
Elle répondit immédiatement :
« Quel courrier ? »
La réponse arriva quelques secondes plus tard.
Amélie lui expliqua qu’un conseiller bancaire avait appelé la clinique la veille pour vérifier certaines informations professionnelles de Claire, prétendant préparer un dossier de financement avec son accord. Intriguée, elle avait prévenu Claire dès qu’elle avait appris qu’il s’agissait de son logement.
Claire posa le téléphone.
— Tu as aussi contacté mon employeur ?
Julien détourna le regard.
C’était terminé.
Pas parce qu’elle n’éprouvait plus rien pour lui, mais parce qu’elle comprenait enfin que l’homme qu’elle aimait avait transformé sa confiance en un outil dont il se servait.
Elle prit son propre téléphone et composa le numéro de la police.
Julien se précipita vers elle.
— Claire, ne fais pas ça ! Tu vas ruiner ma vie !
Elle recula.
— Tu as mis la mienne en danger sans même me demander mon avis.
— C’était une dispute familiale !
— Non. Une cocotte en fonte lancée vers ma tête, ce n’est pas une dispute. Et tenter d’obtenir un financement en utilisant mon appartement sans mon consentement n’est pas un simple désaccord conjugal.
Elle expliqua calmement les faits à l’opérateur et demanda que l’agression soit signalée. Elle conserva les photographies de la chambre, les documents apportés par Sophie et les messages reçus. Elle ne signa rien et ne remit aucun original à Julien.
Lorsque deux policiers arrivèrent, l’atmosphère de l’appartement avait changé.
Monique pleurait dans un coin du salon. Julien répétait qu’il s’agissait d’un malentendu. Sophie, elle, remit aux policiers les copies des documents qu’elle avait apportés et accepta d’expliquer comment elle les avait obtenus.
Claire fut examinée pour s’assurer qu’elle n’avait pas été blessée. Elle déposa ensuite une plainte pour l’agression et demanda conseil sur les démarches à entreprendre concernant les documents financiers.
Elle contacta également sa banque et un avocat afin de vérifier qu’aucune opération n’avait été engagée à son insu. Son appartement étant un bien acquis avant le mariage, elle voulait que sa situation juridique soit examinée précisément, sans se fier aux affirmations de Julien ou de Monique.
Le soir même, elle fit changer les serrures et demanda à Julien de quitter les lieux. Son avocat lui expliqua comment formaliser la séparation et protéger ses intérêts, notamment si son mari avait conservé des copies de ses documents personnels.
Julien partit avec deux valises.
Avant de franchir la porte, il se retourna.
— Tu vas vraiment jeter cinq années de mariage à cause de ça ?
Claire sentit une douleur sourde lui traverser la poitrine.