Il vérifia rapidement son téléphone, ajusta sa montre et se dirigea vers la porte.

— James… attends.

Il s’arrêta quelques secondes sans se retourner.

— Quoi ?

Je baissai les yeux vers notre fils, puis les relevai vers lui.

— Tu es sérieux ?

Il tourna légèrement la tête.

— Je t’ai dit exactement ce que je voulais. Fais-le simplement, d’accord ?

Puis il sortit.

La porte se referma doucement derrière lui.

Je restai immobile, incapable de comprendre ce qui venait de se passer.

La demande qu’il venait de me faire résonnait encore dans ma tête.

Il m’avait demandé de ne surtout pas inscrire son nom sur le certificat de naissance de notre fils.

Et il avait ajouté une phrase qui me glaça le sang :

« Si quelqu’un te demande qui est le père, dis que tu ne le connais pas. Ne prononce jamais mon nom. »

Je regardai le petit être endormi contre moi.

Pourquoi ?

Pourquoi l’homme qui avait passé neuf mois à préparer l’arrivée de cet enfant me demandait-il maintenant de nier son existence ?

Je sentis mes mains trembler.

Je tentai de l’appeler, mais son téléphone était déjà éteint.

Quelques minutes plus tard, une infirmière entra dans la chambre avec une tablette.

— Madame, toutes mes félicitations ! Nous allons commencer les formalités administratives pour votre petit garçon. Le papa est parti chercher quelque chose ?

Je déglutis.

— Oui… enfin, je ne sais pas.

Elle sourit gentiment.

— Aucun problème. Nous pouvons attendre un peu.

Je hochai la tête.

Mais avant qu’elle ne sorte, je lui demandai :

— Excusez-moi… est-ce que mon mari a reçu des visiteurs aujourd’hui ?

Son sourire s’effaça légèrement.

— Des visiteurs ?

— Oui. Pendant que j’étais en salle de travail.

Elle hésita.

— Je ne sais pas si je devrais vous le dire, mais une femme est venue le voir ce matin. Elle a attendu dans le couloir pendant presque quarante minutes.

Mon cœur se serra.

— Vous savez qui c’était ?

— Non. Mais votre mari semblait très nerveux après leur conversation. Il a même demandé à l’accueil si les documents de naissance pouvaient être modifiés après leur établissement.

Je sentis le sol se dérober sous mes pieds.

— Modifiés comment ?

L’infirmière ne répondit pas immédiatement.

— Je préfère que vous en discutiez avec le service administratif.

Lorsqu’elle partit, je pris mon téléphone.

J’avais reçu plusieurs messages de James pendant les dernières semaines de grossesse. Des photos du berceau, des vêtements du bébé, des petits mots affectueux.

Je remontai notre conversation jusqu’à la veille.

Un message attira mon attention.

« Peu importe ce qui arrive demain, promets-moi que tu me feras confiance. »

À l’époque, j’avais répondu avec un cœur.

Aujourd’hui, ces mots me semblaient terrifiants.

Je décidai d’appeler sa mère, Margaret.

Elle décrocha après deux sonneries.

— Alors ? Le petit est arrivé ?

— Oui, maman. Il est magnifique.

Ma voix se brisa.

— Margaret, j’ai besoin de te poser une question. Est-ce que James t’a parlé d’un problème concernant notre fils ?

Un long silence suivit.

Puis elle soupira.

— Il est parti, n’est-ce pas ?

Je me redressai brusquement dans mon lit.

— Comment ça, il est parti ? Tu savais quelque chose ?

— Écoute-moi attentivement, ma chérie. Je ne voulais pas que tu découvres tout ça aujourd’hui.

Mes doigts se crispèrent autour du téléphone.

— Découvre quoi ?

Margaret prit une profonde inspiration.

— James n’a pas quitté son travail il y a deux semaines parce qu’il était épuisé, comme il te l’a raconté. Il a été convoqué par la police dans le cadre d’une enquête concernant une fraude financière dans son entreprise.

Je restai silencieuse.

— Mais quel rapport avec notre bébé ?

— Il y en a un. La femme qui est venue le voir aujourd’hui est son ancienne associée, Claire. Elle prétend qu’ils ont eu une relation pendant plusieurs mois et qu’elle attend également un enfant de lui.

Mon estomac se noua.

— Non… c’est impossible.

— Je sais que c’est difficile à entendre. Mais ce n’est pas tout.

Margaret baissa la voix.

— Claire affirme que James lui a promis de reconnaître son enfant et qu’il lui a déjà donné de l’argent pour qu’elle garde le silence sur leur relation. Aujourd’hui, elle est venue lui annoncer qu’elle allait tout révéler à la police et à toi.

Je fermai les yeux.

Pendant neuf mois, j’avais partagé mon quotidien avec un homme qui préparait peut-être déjà sa fuite.

Mais pourquoi voulait-il que je nie sa paternité ?

La réponse arriva quelques secondes plus tard.

Margaret reprit :

— James m’a appelée hier soir. Il m’a demandé de te convaincre de ne pas inscrire son nom sur le certificat de naissance.

— Pourquoi ?