— Parce que si sa responsabilité dans cette fraude est confirmée, il craint que ses biens soient saisis. Il pense également qu’en niant sa paternité, il pourra éviter certaines obligations financières et empêcher que son nom soit associé à l’enfant pendant l’enquête.

Je sentis une colère froide remplacer progressivement ma peur.

Il avait voulu utiliser notre nouveau-né comme un moyen de se protéger.

Il avait voulu que je porte seule les conséquences de ses actes.

— Margaret, sais-tu où il est ?

— Non. Mais il m’a dit qu’il devait rencontrer son avocat.

Je raccrochai sans ajouter un mot.

Quelques minutes plus tard, je demandai à l’infirmière de faire venir une assistante sociale ainsi que le service chargé des formalités de naissance.

Je leur expliquai ce qui venait de se passer.

Je ne savais pas encore quelles démarches seraient nécessaires, mais une chose était certaine : je ne signerais aucun document sous la pression de mon mari.

Le lendemain matin, James réapparut.

Il entra dans ma chambre avec un bouquet de fleurs et un sac contenant des vêtements pour le bébé.

Il affichait son sourire habituel.

— Bonjour, mes amours !

Je ne lui rendis pas son sourire.

— Où étais-tu hier soir ?

Il posa les fleurs.

— J’avais quelques affaires urgentes à régler.

— Avec Claire ?

Son visage se figea.

Pendant quelques secondes, il ne dit rien.

Puis il soupira.

— Ma mère t’a raconté n’importe quoi ?

— Je t’ai posé une question.

Il passa une main sur son visage.

— Écoute, ce n’est pas le moment de parler de ça. Tu viens d’accoucher. Nous devons penser au bébé.

Je laissai échapper un rire amer.

— C’est justement ce que je fais.

Je désignai le berceau.

— Tu m’as demandé de nier que tu étais son père. Tu voulais que notre fils grandisse sans même avoir ton nom sur ses documents. Et maintenant, tu arrives avec des fleurs comme si rien ne s’était passé ?

James se rapprocha.

— Je voulais simplement protéger notre famille.

— Non, James. Tu voulais te protéger toi-même.

Son expression changea.

— Tu ne comprends pas la situation. Si mon nom apparaît sur ces documents, je risque de perdre beaucoup de choses.

— Et moi, qu’est-ce que je risque de perdre ?

Il détourna les yeux.

Pour la première fois depuis notre mariage, je ne reconnaissais plus l’homme qui se tenait devant moi.

— Je vais prendre le bébé quelques jours, dit-il finalement. Le temps que les choses se calment.

Je resserrai instinctivement mes bras autour de mon fils.

— Certainement pas.

— Je suis son père !

— Alors assume-le.

Il resta silencieux.

Je poursuivis, d’une voix étonnamment calme :

— J’ai déjà demandé conseil à l’assistante sociale et à mon avocat. La filiation sera établie conformément à la loi. Tu ne décideras pas seul de l’identité de notre enfant pour arranger tes problèmes.

James devint rouge de colère.

— Tu vas vraiment me faire ça ?

Je le regardai droit dans les yeux.

— Non. C’est toi qui nous as fait ça.

À cet instant, son téléphone vibra.

Il consulta l’écran et pâlit.

Un message venait d’arriver de son avocat.

L’enquête financière venait de prendre une nouvelle tournure : plusieurs documents prouvaient que James avait utilisé de faux contrats pour détourner des fonds. Son ancienne associée avait accepté de collaborer avec les enquêteurs.

Il rangea précipitamment son téléphone.

— Je dois partir.

Je hochai simplement la tête.

— Cette fois, tu peux partir sans inventer de prétexte.

Il resta quelques secondes devant la porte, comme s’il attendait que je le rappelle.

Mais je ne le fis pas.

Trois mois plus tard, les résultats de l’enquête confirmèrent les détournements de fonds. James dut répondre de ses actes devant la justice. Sa relation avec Claire prit également fin lorsqu’elle comprit qu’il lui avait menti sur une grande partie de sa situation.

Notre divorce fut engagé peu après.

Quant à notre fils, il grandissait paisiblement, entouré de personnes qui l’aimaient réellement.

Un après-midi, alors que je le berçais dans le salon, je reçus une lettre de James.

Il disait regretter son comportement. Il expliquait avoir paniqué, avoir voulu protéger son avenir et ne jamais avoir imaginé que les choses iraient aussi loin.

Il terminait par une phrase :

« J’espère qu’un jour, notre fils comprendra que je l’ai toujours aimé. »

Je relus ces mots plusieurs fois.

Puis je pliai la lettre et la rangeai dans un tiroir.

Peut-être qu’un jour, mon fils voudrait connaître toute son histoire. Et lorsqu’il serait assez grand, je lui raconterais la vérité, sans haine et sans mensonge.

Mais je ne lui apprendrais jamais à confondre l’amour avec les excuses.

Car le jour de sa naissance, après quatorze heures de douleur, j’avais compris une chose que je n’oublierais jamais :