La directrice m’a expliqué les différentes possibilités d’accueil, les horaires des visites et la manière dont l’équipe accompagnait les résidents au quotidien. Elle ne m’a pas pressée de prendre une décision.

Pourtant, en rentrant chez moi, je me sentais coupable.

David était assis dans son fauteuil, près de la fenêtre.

— Alors ? demanda-t-il. C’était comment ?

J’ai posé mon sac.

— C’est un endroit agréable. Les soignants ont l’air compétents. Il y a un jardin et une salle où ils passent tes vieux films préférés.

Il a hoché la tête sans répondre.

Puis il a demandé :

— Tu veux m’y envoyer parce que tu n’en peux plus de moi ?

Je me suis assise à côté de lui.

— Non, David. Je veux que tu sois en sécurité. Et je veux aussi pouvoir rester ton épouse, pas seulement la personne qui s’occupe de chacun de tes besoins.

Il a détourné les yeux.

— Je suis désolé de te faire vivre ça.

— Tu ne choisis pas d’être malade. Mais nous devons trouver une solution ensemble.

Il est resté silencieux, puis m’a demandé de lui laisser quelques jours pour y réfléchir.

Le lendemain, alors que je rangeais sa chambre, je me suis aperçue que le tiroir de sa table de chevet était légèrement ouvert. Je voulais simplement y remettre ses lunettes, mais une enveloppe épaisse glissa au bord du tiroir.

Mon prénom était écrit dessus.

Je l’ai prise avec hésitation. À l’intérieur, il y avait plusieurs documents, des relevés bancaires et une lettre datée de près d’un an.

J’ai commencé à lire.

David expliquait qu’il avait remarqué depuis longtemps que sa santé se détériorait et qu’il avait peur de devenir un poids pour moi. Il avait également écrit qu’il avait contacté notre fille pour lui demander de ne pas me révéler certaines choses avant qu’il soit prêt.

Mon cœur s’est serré.

Mais ce n’était pas le plus surprenant.

Parmi les documents se trouvait un contrat concernant une assurance dépendance que David avait souscrite plusieurs années auparavant. Elle prévoyait une aide financière pour les soins à domicile ou l’hébergement dans un établissement adapté, selon les conditions du contrat.

Je découvris aussi un dossier contenant les coordonnées d’un service d’aide à domicile, des estimations de coûts et plusieurs notes manuscrites.

Sur la dernière page, une phrase avait été soulignée :

« Je veux qu’elle puisse choisir sans croire qu’elle m’abandonne. »

Je suis restée immobile, la lettre entre les mains.

À cet instant, David est apparu dans l’encadrement de la porte.

— Tu as trouvé l’enveloppe, dit-il doucement.

Je me suis tournée vers lui.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

Il s’est installé lentement sur le bord du lit.

— Parce que j’avais honte. Je pensais que si je préparais tout à l’avance, je pourrais te protéger de cette situation. Et puis j’ai commencé à avoir peur que tu découvres à quel point j’étais inquiet.

— David, je ne peux pas deviner ce que tu ressens si tu ne m’en parles pas.

Il a baissé les yeux.

— Je sais. J’ai aussi demandé à notre fille de m’aider à chercher des solutions. Je ne voulais pas que tu découvres tout ça après un autre accident.

Je lui ai montré le contrat.

— Nous aurions pu utiliser cette aide pour avoir quelqu’un à la maison. Tu n’avais pas besoin de tout garder secret.

— Je voulais rester celui qui prenait soin de toi, pas celui dont tu devais t’occuper.

Je me suis assise près de lui et j’ai pris sa main.

— Tu es toujours mon mari. Mais je ne peux pas tout faire seule. Et je ne veux plus que nous prenions des décisions chacun dans notre coin.

Ce soir-là, nous avons appelé notre fille. Elle a été surprise d’apprendre que nous avions découvert les documents, puis elle nous a avoué que son père lui avait demandé conseil plusieurs mois auparavant. Elle avait respecté son souhait de ne rien me dire, mais elle avait toujours pensé que nous devions chercher de l’aide ensemble.

Les jours suivants, nous avons rencontré l’assureur, le médecin de David et une coordinatrice de soins. Nous avons étudié plusieurs possibilités : une aide à domicile quotidienne, des séances de rééducation adaptées et, si nécessaire, un séjour temporaire dans l’établissement que j’avais visité.

David a finalement accepté d’y passer quelques jours pour essayer.

Le jour de son arrivée, il tenait ma main très fort.

— Tu reviendras demain ? demanda-t-il.

— Bien sûr. Et après-demain aussi, si tu le souhaites.

Il a esquissé un sourire.

— Alors, je crois que je peux essayer.

Ce premier séjour n’a pas tout réglé. Il a fallu du temps pour que David s’habitue aux soignants et accepte de demander de l’aide. De mon côté, j’ai dû réapprendre à dormir une nuit complète, à déjeuner avec une amie et à sortir sans regarder constamment mon téléphone.