Quelques semaines plus tard, nous avons décidé ensemble de mettre en place une solution durable, avec des périodes d’accueil dans l’établissement et des retours à la maison lorsque son état le permettait.
Un dimanche après-midi, notre fille est venue déjeuner avec ses enfants. David était assis dans le jardin, une couverture sur les genoux. Il regardait ses petits-enfants jouer et semblait plus détendu que je ne l’avais vu depuis longtemps.
En débarrassant la table, notre fille m’a demandé :
— Maman, tu regrettes d’avoir envisagé la maison de retraite ?
J’ai regardé David à travers la fenêtre.
— Non. Je regrette seulement d’avoir attendu d’être complètement épuisée pour demander de l’aide.
Ce soir-là, en rentrant dans notre chambre, j’ai remis l’enveloppe dans sa table de chevet. Mais cette fois, je ne l’ai pas refermée.
Je voulais que David sache que nous pouvions désormais parler de tout, même de ce qui nous faisait peur.
J’avais cru que placer mon mari dans un établissement signifiait renoncer à prendre soin de lui.
J’ai compris que l’aimer, c’était aussi accepter que d’autres personnes nous aident à traverser cette épreuve.
Et surtout, j’ai compris qu’une épouse a elle aussi le droit d’être fatiguée, d’être soutenue et de continuer à vivre.