— Maman, ne t’inquiète pas. Alina fait encore des histoires, mais demain vous pourrez venir. J’ai tout arrangé.

Alina le regarda, stupéfaite. Il venait de promettre son appartement à deux personnes sans même lui demander son avis.

Au bout du fil, sa belle-mère, Nina, répondit assez fort pour qu’Alina entende :

— Enfin ! Je savais que tu finirais par remettre ta femme à sa place. Une famille doit passer avant tout.

Puis Sveta intervint, visiblement près du téléphone :

— J’espère que la chambre sera prête. Je ne veux pas dormir dans un salon encombré.

Igor esquissa un sourire satisfait.

Alina se leva, prit son assiette et la posa dans l’évier.

— Très bien, Igor. Puisque tu as déjà pris toutes les décisions, je vais prendre les miennes.

Il leva les yeux au ciel.

— Ne recommence pas. Ce n’est pas le moment de faire une crise.

— Je ne fais pas de crise. Je t’informe simplement que personne ne s’installera ici sans mon accord.

Il raccrocha brusquement.

— Tu vas vraiment me faire passer pour un imbécile devant ma famille ?

— Tu t’es mis dans cette situation tout seul. Tu as promis un logement qui ne t’appartient pas.

Igor se leva à son tour.

— Nous sommes mariés ! Ce qui est à toi est à nous !

— Non. Ce que nous partageons, c’est notre vie conjugale. Pas le droit de disposer seul de mon héritage.

Cette nuit-là, Alina dormit dans le bureau, la porte fermée. Elle ne voulait pas discuter davantage avec un homme qui semblait considérer son refus comme une simple contrariété à surmonter.

Le lendemain matin, elle appela son notaire. Elle lui demanda de vérifier les documents relatifs à l’appartement et de lui expliquer les démarches nécessaires pour protéger son bien. Elle consulta également une avocate afin de connaître ses droits concernant l’occupation du logement et la séparation éventuelle de leurs affaires.

Elle ne voulait pas agir dans la précipitation. Elle voulait savoir exactement où elle mettait les pieds.

À onze heures, la sonnette retentit.

Igor ouvrit avec un grand sourire. Nina entra la première, suivie de Sveta et de deux énormes valises.

— Alors, où est ma chambre ? demanda Nina en retirant son manteau.

Alina se tenait dans l’entrée, les bras croisés.

— Bonjour, Nina. Bonjour, Sveta. Je suis désolée, mais vous ne pouvez pas emménager ici.

Le sourire de Nina disparut.

— Comment ça, nous ne pouvons pas ? Igor nous a dit que tout était réglé !

— Igor vous a fait une promesse qu’il n’avait pas le droit de faire.

Sveta posa sa valise avec colère.

— Tu veux donc que nous dormions dans la rue ?

— Non. Je veux que vous trouviez un logement adapté à votre situation. Je peux vous aider à chercher des solutions, mais pas en vous imposant dans mon appartement.

Igor s’avança vers Alina.

— Tu me ridiculises devant elles !

— Tu m’as ridiculisée hier soir en décidant que je devais abandonner ma chambre et mon espace de travail pour faire plaisir à ta famille.

Nina intervint aussitôt :

— Une bonne épouse accueille la famille de son mari. C’est la moindre des choses !

Alina prit une profonde inspiration.

— Une famille qui respecte ses membres commence par leur demander leur avis. Vous n’avez pas demandé le mien. Igor non plus.

Un silence pesant suivit.

Igor tenta de reprendre le contrôle.

— Bon, ça suffit. Maman et Sveta vont rester quelques jours. Nous discuterons après.

— Non.

Ce simple mot le déstabilisa plus que tous les reproches précédents.

— Tu ne peux pas me mettre dehors de ma propre maison !

— Je ne te mets pas dehors. Je te rappelle que tu n’as pas le droit d’inviter des occupants supplémentaires dans un logement qui ne t’appartient pas. Et nous allons devoir parler sérieusement de notre mariage.

Nina attrapa sa valise.

— Viens, Sveta. Je refuse de rester là où l’on ne nous respecte pas.

Alina ne répondit pas. Elle ne cherchait pas à gagner une dispute. Elle voulait seulement que la décision lui appartienne enfin.

Après leur départ, Igor claqua la porte.

— Tu as détruit ma relation avec ma mère !

— Ta relation avec ta mère t’appartient, Igor. Tu peux l’aider, lui trouver un appartement, participer à ses dépenses si tu en as les moyens. Mais tu ne peux pas utiliser mon logement pour résoudre leurs problèmes sans mon consentement.

Il resta silencieux, puis lâcha :

— Tu as changé. Avant, tu étais plus généreuse.

Alina sentit une pointe de tristesse. Elle se rappela toutes les fois où elle avait cédé pour éviter une dispute : les vacances annulées pour aider Nina, les économies dépensées pour les dettes de Sveta, les week-ends consacrés à leurs déménagements. Elle avait toujours pensé qu’un jour, Igor verrait ses efforts.