— Je suis toujours généreuse, répondit-elle. Mais je ne veux plus que ma générosité soit considérée comme une obligation.

Les semaines suivantes furent difficiles. Igor refusa d’abord de reconnaître sa faute. Puis, face à la décision d’Alina de consulter une avocate et de réfléchir à une séparation, il comprit que son épouse ne bluffait pas.

Il finit par présenter des excuses. Il proposa de chercher un logement pour sa mère et sa sœur, avec un budget qu’il pourrait assumer personnellement. Alina accepta d’en discuter, mais posa une condition claire : aucune décision concernant son appartement ne serait prise sans elle.

Leur mariage, lui, ne retrouva pas immédiatement sa sérénité. Alina demanda du temps et exigea que les actes remplacent les promesses. Elle savait désormais qu’une excuse ne réparait pas, à elle seule, des années de décisions prises à sa place.

Un soir, alors qu’elle travaillait dans son petit bureau, Igor s’arrêta devant la porte.

— Tu sais, je n’avais jamais vraiment pensé à cet appartement comme à ton espace de travail. Je le voyais comme notre logement.

Alina posa son stylo.

— Il peut être notre foyer si nous le construisons ensemble. Mais il ne sera jamais un endroit où l’un décide pour l’autre.

Il acquiesça lentement.

Pour la première fois, il ne chercha pas à avoir le dernier mot.

Alina reprit son travail. Elle avait compris qu’aimer quelqu’un ne signifiait pas lui remettre les clés de toutes les décisions de sa vie. Un mariage devait être un partenariat, pas un droit de propriété.

Et ce soir-là, dans l’appartement hérité de son père, elle se sentit enfin chez elle.