À 8 h 17, Maître Benoit m’appela.
Je reconnus immédiatement à sa voix que quelque chose avait changé.
— Élodie, êtes-vous seule ?
J’étais dans ma cuisine, une tasse de café intacte devant moi.
— Oui. Qu’est-ce qu’il y a ?
— Les premiers résultats de l’analyse du flacon viennent d’être communiqués aux enquêteurs. Je ne veux pas tirer de conclusions avant que nous ayons le rapport complet, mais il faut que vous veniez au cabinet ce matin. Et surtout, ne contactez pas Mathieu pour lui en parler.
Je sentis mes doigts se refroidir autour de mon téléphone.
— Qu’est-ce qu’ils ont trouvé ?
Elle marqua une pause.
— Le liquide contient une substance médicamenteuse qui nécessite des précautions particulières, notamment chez un jeune enfant. Les premières vérifications soulèvent une inquiétude sérieuse. Les enquêteurs cherchent maintenant à établir ce que contenait exactement le flacon, comment il a été utilisé et dans quelles circonstances.
— Est-ce que quelqu’un a donné ce produit à Léa ?
— Nous ne pouvons pas encore l’affirmer. C’est précisément ce que l’enquête doit déterminer.
Je raccrochai et restai immobile.
Dans la chambre, Léa dormait encore, son lapin serré contre elle. Noé était assis sur le tapis, occupé à aligner ses petites voitures.
Je les regardai longuement.
Ils étaient si petits. Ils ne comprenaient pas les divorces, les audiences, les procédures judiciaires. Ils ne savaient pas ce qu’était une garde alternée ni pourquoi des adultes se disputaient à leur sujet.
Ils savaient seulement chez qui ils se sentaient en sécurité.
Et, désormais, je devais découvrir pourquoi mon fils avait eu si peur pour sa sœur.
Le secret de la quatrième nuit
Au cabinet, Claire m’attendait avec un dossier et un verre d’eau.
Elle m’expliqua que le flacon avait été transmis aux services compétents sans que je l’ouvre ni que je manipule son contenu. Les premiers résultats avaient identifié un produit médicamenteux, mais plusieurs analyses complémentaires restaient nécessaires. Il fallait notamment déterminer la concentration, rechercher d’éventuelles traces sur d’autres éléments et vérifier les circonstances dans lesquelles le flacon avait été conservé.
— Le fait que ce produit soit présent dans le flacon ne prouve pas, à lui seul, qu’il a été administré à Léa, précisa-t-elle. Mais compte tenu des paroles de Noé, nous devons prendre la situation très au sérieux.
Elle avait raison. Je ne voulais pas accuser quelqu’un sur la base d’une supposition.
Mais je ne pouvais pas non plus faire comme si mon fils n’avait rien dit.
— Que devons-nous faire maintenant ?
— Les autorités compétentes ont été informées. Nous allons demander que les enfants soient entendus dans un cadre adapté, par des professionnels formés, sans que vous ou Mathieu les interrogiez. Je vous recommande également de prendre rapidement un avis médical pour Léa et de transmettre aux médecins toutes les informations dont vous disposez.
Je suivis ses conseils.
Léa fut examinée par un médecin, qui recueillit les informations nécessaires et décida des vérifications appropriées. Elle ne présentait pas de signe évident de détresse au moment de l’examen, mais cela ne suffisait pas à déterminer ce qui avait pu se passer lors des nuits précédentes.
Pendant ce temps, les nuits chez leur père restèrent suspendues à titre provisoire, dans l’attente des évaluations et des décisions appropriées.
Je rentrai chez moi avec une seule pensée : je devais protéger mes enfants sans les transformer en témoins d’une guerre entre leurs parents.
Le soir, au moment de coucher les jumeaux, je m’assis près de Noé.
Je ne lui posai aucune question sur son père.
Je lui lus son histoire préférée, celle d’un petit renard qui cherchait sa famille dans la forêt. Puis je lui souhaitai bonne nuit.
Il me retint par la manche.
— Maman ?
— Oui, mon cœur ?
— Tu es fâchée contre moi ?
Mon cœur se brisa.
— Pourquoi serais-je fâchée contre toi ?
— Parce que j’ai parlé devant la dame.
Je m’agenouillai devant lui.
— Tu n’as rien fait de mal, Noé. Tu n’es jamais responsable des décisions des adultes. Et tu peux toujours me dire quand quelque chose te fait peur.
Il me regarda avec ses grands yeux sérieux.
— Même si papa dit de ne pas le dire ?
Je pris une seconde avant de répondre.
— Même dans ce cas. Si quelque chose te fait peur ou te fait mal, tu peux en parler à un adulte de confiance. Tu n’as pas à garder un secret qui te fait peur.
Il hocha doucement la tête, puis se glissa sous sa couette.
Je ne lui demandai rien de plus.
Mathieu commence à perdre son calme
Le lendemain, Mathieu se présenta devant mon immeuble.
Il avait apporté un sac rempli de jouets et de vêtements pour les enfants. Il sonna plusieurs fois avant que je réponde à l’interphone.