— Il faut qu’on parle, Élodie.
— Les échanges concernant les enfants passeront par nos avocats pour le moment.
— Tu ne peux pas m’empêcher de voir mes propres enfants sur la base d’une phrase qu’un enfant de quatre ans a répétée sans comprendre !
— Une évaluation est en cours. Tu connais la situation.
— Tu as toujours voulu me faire passer pour un mauvais père.
Sa voix résonnait dans le hall.
— Tu crois vraiment que je ferais du mal à ma fille ?
Je regardai l’écran de l’interphone.
J’aurais voulu répondre que je ne savais plus ce dont il était capable. Que je ne comprenais pas comment l’homme qui avait appris à Léa à faire du vélo pouvait être associé à une telle peur.
Mais je ne voulais ni me laisser entraîner dans une dispute ni lui révéler les informations dont disposaient les enquêteurs.
— Je ne vais pas débattre de cela avec toi. Contacte ton avocat.
— Tu vas détruire notre famille !
Je coupai l’interphone.
Quelques minutes plus tard, un message arriva.
« Le flacon ne prouve rien. Je sais que tu l’as trouvé. Tu ne sais pas ce que tu fais. »
Je relus le message.
Je ne lui avais jamais dit que le flacon avait été analysé.
Je fis une capture d’écran et la transmis à Claire.
Elle me rappela peu après.
— Ne lui répondez pas. Je vais transmettre ce message aux enquêteurs. Nous devons savoir comment il a appris que le flacon avait été retrouvé et pourquoi il réagit de cette manière.
Pour la première fois, je compris que le flacon n’était peut-être pas le seul élément important.
La réaction de Mathieu elle-même soulevait des questions.
Ce que Noé avait vu
Quelques jours plus tard, une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des jeunes enfants reçut Noé dans un cadre adapté. Les professionnels veillèrent à ne pas lui suggérer de réponses ni à multiplier les questions.
Je n’assistai pas à l’entretien.
On m’expliqua simplement que l’objectif était de permettre à mon fils de raconter, avec ses propres mots et à son rythme, ce dont il se souvenait, sans pression ni interprétation prématurée.
À l’issue de cette première étape, je fus informée qu’il avait évoqué une soirée passée chez son père, durant laquelle Léa avait reçu ce que Mathieu appelait un « jus spécial ».
Selon les éléments rapportés, Mathieu avait expliqué aux enfants que cette boisson aiderait Léa à dormir lorsqu’elle était agitée.
Noé avait raconté qu’après l’avoir bue, sa sœur était devenue très difficile à réveiller. Il avait essayé de l’appeler et de la secouer doucement, mais elle ne répondait pas comme d’habitude. Son père lui aurait alors dit qu’elle était simplement fatiguée et qu’il ne fallait déranger personne.
Noé s’était couché, mais il avait eu peur.
Il avait également rapporté une phrase qui avait retenu l’attention des professionnels : son père lui aurait dit que, si Léa continuait à se réveiller la nuit, il faudrait lui donner « un peu plus de jus » la prochaine fois.
Je dus m’asseoir lorsque l’enquêtrice me rapporta ces éléments.
— Est-ce que Léa était en danger ? demandai-je.
— Nous ne pouvons pas encore établir précisément ce qui s’est produit cette nuit-là. Nous devons confronter le récit aux résultats médicaux, aux analyses et aux autres éléments de l’enquête.
Je compris qu’il me faudrait vivre avec cette incertitude jusqu’à ce que les faits soient établis.
Mais une chose était déjà claire : Noé n’avait pas prononcé ces mots pour gagner une dispute entre ses parents. Il avait essayé de protéger sa sœur avec les moyens dont dispose un enfant de quatre ans.
Le flacon n’était pas le seul
Une semaine plus tard, les enquêteurs demandèrent à Mathieu de fournir des explications sur le produit retrouvé dans le sac.
Il nia d’abord avoir administré un médicament à Léa.
Puis il affirma qu’il s’agissait d’un produit destiné à favoriser le sommeil, qu’il avait acheté sur les conseils d’une connaissance.
Enfin, il reconnut avoir préparé une boisson pour sa fille, tout en soutenant qu’il pensait agir pour son bien.
Ses versions successives furent consignées et examinées.
Les analyses complémentaires confirmèrent que le liquide contenait une substance médicamenteuse dont l’utilisation chez un enfant de cet âge nécessitait une évaluation médicale. Les spécialistes devaient encore établir la dose éventuelle reçue par Léa, les effets possibles et le lien avec l’épisode décrit par Noé.
L’enquête ne reposait donc plus uniquement sur les paroles d’un enfant et la présence d’un flacon.
Les enquêteurs examinèrent également les échanges de Mathieu, les achats associés à son compte et les messages envoyés à plusieurs personnes.
C’est ainsi qu’ils découvrirent une conversation datant de quelques semaines avant la première audience.
Mathieu y écrivait à un collègue :