Galina resta longtemps immobile au milieu de la chambre, la carte bancaire serrée dans la main. Derrière la porte, elle entendait Anton descendre les escaliers en jurant. Il était parti comme il le faisait toujours après une dispute : convaincu que, quelques heures plus tard, elle aurait peur de perdre son mariage et l’appellerait pour s’excuser.

Mais cette fois, elle ne l’appellerait pas.

Elle rangea la carte dans un tiroir, puis se rendit dans la chambre de leur fils. Senya dormait sous une couverture trop courte, les genoux repliés contre sa poitrine. Une tache sombre s’étendait au plafond, juste au-dessus de son petit lit. Depuis des mois, Galina plaçait un seau sous la fuite chaque fois qu’il pleuvait.

Elle s’assit près de lui et caressa ses cheveux.

— Je te le promets, mon chéri. Tu ne grandiras pas en croyant que tu dois mériter le droit de vivre confortablement.

Le lendemain matin, elle prit une décision.

Depuis deux ans, elle conservait soigneusement les factures, les relevés bancaires et les tickets de caisse. Elle avait aussi gardé les messages dans lesquels Anton lui reprochait d’avoir acheté des chaussures à leur fils, ou d’avoir dépensé quelques centaines de roubles pour des médicaments.

Elle rassembla tous ces documents et prit rendez-vous avec une conseillère juridique.

Ce qu’elle découvrit la stupéfia davantage encore.

Les 684 750 roubles n’étaient pas le fruit de petits boulots occasionnels, comme Anton l’avait prétendu. Plusieurs virements réguliers provenaient d’un compte sur lequel leur salaire commun était versé. Pendant des mois, son mari avait transféré de petites sommes vers un compte personnel, tout en lui affirmant que leur budget familial ne permettait aucune dépense supplémentaire.

Il ne s’agissait pas seulement d’économies secrètes. Il avait organisé leur précarité.

Galina sentit ses mains devenir glacées en examinant les relevés.

Elle avait cru qu’ils faisaient des sacrifices ensemble. En réalité, elle se privait pour que lui puisse accumuler de l’argent sans jamais avoir à lui rendre de comptes.

Le soir même, Anton rentra avec un bouquet de fleurs bon marché. Il le posa sur la table, comme si ce geste suffisait à effacer deux années de mensonges.

— Bon, Galina, arrêtons cette comédie. J’ai réfléchi. Je vais donner une partie de l’argent à ma sœur, et le reste restera sur mon compte. Tu n’as pas besoin de connaître tous les détails de mes finances.

Elle le regarda calmement.

— Tu as raison. Je n’ai pas besoin de connaître tous les détails de tes finances. J’ai seulement besoin de connaître la vérité sur l’argent qui nous appartient à tous les deux.

Le sourire d’Anton disparut.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

Elle posa les relevés sur la table.

— Les virements depuis notre compte commun. Les dates. Les montants. Et les messages dans lesquels tu m’expliquais que nous n’avions pas les moyens d’acheter un manteau neuf à notre fils.

Anton parcourut les feuilles, puis les repoussa brutalement.

— Tu fouilles dans mes affaires maintenant ?

— J’ai trouvé ta carte dans ta veste. Je n’ai pas eu besoin de fouiller quoi que ce soit. Et j’ai consulté une juriste pour savoir quels étaient mes droits.

À ces mots, son visage changea.

— Tu veux détruire notre famille pour de l’argent ?

Galina eut un petit rire sans joie.

— Non, Anton. C’est toi qui as mis notre famille en danger pour de l’argent. Moi, je veux simplement que notre fils ait une chambre saine et que sa mère puisse acheter des chaussures sans demander la permission.

Il tenta alors une autre stratégie. Il lui rappela les années passées ensemble, les vacances qu’ils n’avaient jamais prises, les factures qu’il avait payées, les difficultés qu’ils avaient traversées. Il parla de sa sœur, de son rêve de café, de la promesse qu’il lui avait faite.

Galina l’écouta jusqu’au bout.

Puis elle posa une seule question :

— Quand tu as promis cet argent à ta sœur, as-tu pensé une seule seconde à ton fils ?

Anton ne répondit pas.

Ce silence fut plus éloquent que toutes ses excuses.

Les jours suivants, Galina prit des dispositions pour protéger ses finances et préparer une séparation. Elle ne chercha pas à se venger. Elle voulait simplement mettre fin à cette vie où chaque besoin était présenté comme une faute et chaque sacrifice comme un devoir.

Anton, lui, alternait entre la colère et les supplications. Tantôt il l’accusait d’être une épouse ingrate, tantôt il promettait de changer. Mais lorsqu’elle lui proposa une dernière fois de consacrer une partie de l’argent à la réparation du logement, il refusa encore.

— Ma sœur a déjà commencé à chercher un local. Je ne peux pas lui retirer ma promesse.

Galina le fixa.

— Et moi, je ne peux plus faire de promesses à un homme qui n’a jamais tenu les siennes.