Elle partit avec Senya chez sa mère, emportant leurs affaires essentielles et les documents nécessaires. Ce n’était pas facile. Elle avait peur de l’avenir, des dépenses, des démarches et des nuits où elle devrait tout gérer seule. Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle n’avait plus à justifier chaque rouble dépensé pour son enfant.

Quelques mois plus tard, grâce à ses économies personnelles et à l’aide temporaire de sa mère, elle trouva un petit appartement lumineux. La chambre de Senya avait des murs blancs, un lit confortable et un bureau près de la fenêtre. Il choisit lui-même des rideaux bleus et colla des étoiles phosphorescentes au plafond.

Le soir où ils terminèrent d’aménager la pièce, le petit garçon se glissa sous sa couverture et demanda :

— Maman, maintenant, quand il pleuvra, je n’aurai plus peur que le plafond tombe ?

Galina sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Non, mon cœur. Ici, tu peux dormir tranquillement.

Elle l’embrassa, éteignit la lumière et resta un instant dans l’encadrement de la porte.

Entre-temps, le projet de café de la sœur d’Anton avait échoué avant même son ouverture. Elle avait dépensé une partie de l’argent dans des achats inutiles et des frais de réservation. Lorsqu’elle avait demandé davantage à son frère, celui-ci avait commencé à comprendre le prix réel de sa générosité.

Il avait protégé les rêves de sa sœur en sacrifiant le confort de son propre fils.

Mais cette prise de conscience arriva trop tard pour sauver son mariage.

Lors de leur dernière rencontre, Anton demanda à Galina s’il leur restait une chance.

Elle le regarda sans haine.

— Je ne suis pas partie parce que tu avais de l’argent caché. Je suis partie parce que tu m’as laissée croire que notre fils et moi ne méritions rien de plus, alors que tu avais les moyens de nous aider. Tu ne m’as pas seulement caché une carte bancaire. Tu m’as caché la place que nous occupions réellement dans ta vie.

Elle prit la main de Senya et s’éloigna.

Galina savait que tout ne serait pas simple. Il lui faudrait reconstruire sa vie, faire face aux dépenses et apprendre à ne plus douter de chacune de ses décisions. Mais elle avait retrouvé quelque chose qu’Anton ne pourrait jamais lui reprendre : le droit de choisir ce qui était bon pour elle et pour son enfant.

Et parfois, la plus grande richesse ne se trouve pas sur une carte bancaire.

Elle se trouve dans le courage de quitter une maison où l’on vous demande de vous contenter de miettes, même lorsque la table est pleine.