La fermeture éclair glissa jusqu’au bout.
Denis ouvrit la chemise, en sortit plusieurs feuilles et les étala sur la table. Puis il s’immobilisa.
Son visage perdit toute couleur.
Je n’avais encore jamais vu mon mari aussi effrayé.
— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.
Il tenta de rassembler les documents, mais je fus plus rapide. Sur la première page figurait une photographie d’une villa blanche, entourée de cyprès, avec une piscine donnant sur un lac. En dessous, un montant était inscrit en caractères gras : quatre millions huit cent mille euros.
Je retournai la page.
Le contrat d’achat portait le nom de Larissa.
Mais le numéro de compte utilisé pour le versement de l’acompte était celui de mon entreprise.
— Tu as acheté une villa avec mon argent ?
Larissa se leva brusquement.
— Ce n’est pas ce que tu crois !
— Alors explique-moi pourquoi ton nom apparaît sur ce contrat et pourquoi les fonds viennent de mon compte professionnel.
Elle ouvrit la bouche, puis regarda Denis.
Ce simple regard me révéla qu’ils avaient préparé cette histoire ensemble.
Zinaïda se redressa sur sa chaise.
— Cette villa est un investissement familial. Denis a travaillé pour ton entreprise pendant des années. Il a droit à sa part.
Je la fixai, stupéfaite.
— Votre fils n’a jamais été propriétaire de mon entreprise.
— Il est ton mari !
— Et cela ne lui donne pas le droit de détourner mon argent.
Denis frappa la table du plat de la main.
— Arrête de parler comme une criminelle ! Tout cet argent devait servir à notre avenir.
— Notre avenir ? Pourquoi la villa est-elle au nom de ta sœur ?
Il ne répondit pas.
Je repris les documents un à un. Une facture pour les serres, deux devis pour la toiture de la maison de Zinaïda, des reçus de matériaux et, enfin, un relevé bancaire imprimé.
Les factures que j’avais découvertes dans son bureau n’étaient pas seulement incohérentes. Plusieurs avaient été modifiées pour faire croire que Denis avait financé les travaux avec ses économies personnelles.
En réalité, l’argent avait transité par un compte intermédiaire avant d’être transféré à une société immobilière.
Je reconnus le nom de cette société.
C’était celle que Marc m’avait signalée quelques mois plus tôt, lorsqu’un fournisseur avait demandé pourquoi certaines factures étaient réglées par une entreprise inconnue.
À l’époque, Denis m’avait assuré qu’il s’agissait d’une erreur administrative.
Je l’avais cru.
— Tu as fabriqué ces factures pour réclamer la moitié de ma maison et de mon entreprise, murmurai-je.
— Je n’ai rien fabriqué !
Sa voix tremblait.
— Alors pourquoi as-tu besoin de documents qui prétendent que tu as payé des travaux que je n’ai jamais commandés ?
Il se tourna vers Larissa.
— Dis-lui !
Sa sœur recula d’un pas.
— Tu m’avais dit que tout était légal. Tu avais promis que l’entreprise serait vendue et que je pourrais garder la villa sans problème.
Un silence terrible envahit la salle à manger.
Denis ferma les yeux.
Je compris alors que la villa n’était que la partie visible d’une opération beaucoup plus vaste.
— Combien ? demandai-je.
Personne ne répondit.
— Combien de mon argent avez-vous pris ?
Larissa se mit à pleurer.
— Je ne savais pas que tu ne serais pas au courant…
— Ce n’est pas ma question.
Elle regarda le sol.
— Un million six cent mille euros pour la villa et les travaux. Mais Denis disait que l’entreprise serait bientôt vendue. Il pensait récupérer davantage après le divorce.
Je sentis le sang quitter mon visage.
Un million six cent mille euros.
L’argent que j’avais économisé pendant douze ans pour agrandir mes serres, acheter de nouvelles terres et assurer les salaires de mes employés pendant les mauvaises saisons.
Denis avait transformé mon travail en un fonds privé pour sa famille.
Et il voulait encore la moitié de ce qui me restait.
Je me levai et pris mon téléphone.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il.
— J’appelle mon avocat.
Il se précipita vers moi.
— Anna, pose ce téléphone. Nous pouvons régler ça entre nous.
Je reculai.
— Tu as eu vingt-quatre mois pour régler ça entre nous. Tu as choisi de me mentir.
— Tu vas détruire notre famille pour de l’argent ?
Je le regardai longuement.
— Non, Denis. C’est toi qui as détruit notre mariage en croyant que mon travail t’appartenait.
Je composai le numéro de Marc. Il répondit presque immédiatement.
— Anna ? J’ai terminé les premières vérifications. Il faut absolument qu’on se voie.
— J’ai les documents devant moi. Les factures sont fausses, n’est-ce pas ?