— Oui. Et j’ai découvert autre chose. Plusieurs virements ont été effectués sans ton autorisation à partir du compte professionnel. J’ai également trouvé une demande de crédit présentée à une banque au nom de l’entreprise.

Je regardai Denis.

Il venait de comprendre que j’avais entendu chaque mot.

— Une demande de crédit ? répétai-je.

— Un prêt garanti par des actifs de l’entreprise. Il manque encore des vérifications, mais les documents portent une signature qui ressemble à la tienne.

Je sentis mes doigts se crisper autour du téléphone.

— Je n’ai jamais signé ça.

Marc marqua une pause.

— Je m’en doutais. Ne signe aucun document supplémentaire. Je t’envoie les éléments que nous avons et je prépare un relevé complet des opérations.

Lorsque je raccrochai, Denis avait ouvert sa mallette posée près de la porte. Il en sortit un dossier bleu, le feuilleta frénétiquement, puis s’arrêta sur une page.

Cette fois, ce n’était pas de la colère qui traversait son visage.

C’était de la panique.

— Où as-tu trouvé ce dossier ? demanda-t-il.

— Dans ton bureau, répondis-je. Pourquoi ?

Il arracha la page de mes mains.

— Tu n’aurais jamais dû voir ça !

Zinaïda se leva.

— Denis, qu’est-ce que tu as fait ?

Il ne répondit pas à sa mère. Il se mit à parcourir les autres documents, comme s’il cherchait une preuve capable de le sauver.

Puis son regard tomba sur la dernière feuille.

Une lettre de la banque l’informant que le dossier de crédit était suspendu dans l’attente d’une vérification de signature.

Il avait prévu de me réclamer la moitié de l’entreprise, puis d’utiliser les actifs pour obtenir un prêt. Il espérait que la vente de la villa et les transferts déjà effectués passeraient inaperçus jusqu’à la finalisation du divorce.

Mais la banque avait détecté une anomalie avant que le prêt soit débloqué.

— Tu savais que la banque avait suspendu le dossier ? demandai-je.

Denis ne dit rien.

— C’est pour ça que tu voulais accélérer le divorce. Tu avais besoin que je signe les documents de partage avant que quelqu’un examine les comptes.

Il se laissa tomber sur une chaise.

Pour la première fois de notre mariage, il ne trouva aucune phrase pour me faire douter de moi-même.

Je ne ressentis pourtant aucune joie.

Seulement une immense fatigue.

Je demandai à Zinaïda et à Larissa de partir. Larissa essaya de me convaincre qu’elle n’avait fait que suivre les instructions de son frère, mais je refusai de discuter. Elle devrait répondre de ses propres décisions, comme Denis devrait répondre des siennes.

Avant de franchir la porte, Zinaïda se retourna.

— Tu vas vraiment envoyer ton mari en justice ?

Je soutins son regard.

— Je vais protéger mon entreprise et récupérer ce qui m’appartient. Ce qui arrivera ensuite dépendra des preuves et de la justice, pas de ma colère.

Elle partit sans répondre.

Denis resta dans la salle à manger.

— Anna, je t’aime, murmura-t-il. J’ai fait des erreurs, mais je peux tout réparer.

Je regardai les photographies de la villa, les factures falsifiées et les relevés bancaires.

— Tu ne m’as pas demandé pardon quand tu as pris mon argent. Tu m’as demandé la moitié de ma maison quand tu as compris que je risquais de découvrir la vérité.

Je ramassai les documents et les rangeai dans une enveloppe destinée à mon avocat.

— Tu ne peux pas me laisser sans rien, dit-il soudain.

Je m’arrêtai près de la porte.

— Je ne te laisse pas sans rien, Denis. Je te laisse face aux conséquences de tes choix.

Les mois qui suivirent furent éprouvants. Mon avocat obtint des mesures pour protéger les actifs de l’entreprise, tandis que les opérations suspectes faisaient l’objet d’une enquête. Les procédures concernant les transferts et les faux documents se poursuivirent séparément du divorce.

La vente de la villa fut bloquée pendant l’examen du financement. Larissa dut fournir ses propres explications aux enquêteurs. Quant à Denis, sa demande de partage perdit une grande partie de sa crédibilité lorsque les documents présentés furent confrontés aux relevés bancaires originaux.

Je ne récupérai pas tout immédiatement. Une partie de l’argent avait déjà été dépensée, et les démarches furent longues. Mais je réussis à préserver mes terres, mes serres et les emplois de mes salariés.

Un an après cette soirée, je me tenais devant la nouvelle serre que nous venions d’achever. Le soleil traversait les panneaux de verre, illuminant les jeunes arbres alignés sur les tables de culture.

Marc me rejoignit avec un dossier.

— Les derniers relevés sont prêts. Ton entreprise est de nouveau stable.

Je souris en regardant les rangées de plantes.