La chemise bleue qui a révélé le véritable visage de ma belle-mère

André sortit une feuille, puis une deuxième, avant de les aligner devant son père.

— Papa, reconnais-tu ces signatures ?

Nikolaï Sergueïevitch ajusta ses lunettes. Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’il prit la première page.

Valentina se leva aussitôt.

— André, arrête cette comédie ! Tu vas gâcher l’anniversaire de ton père !

Mon mari ne la regarda même pas.

— Assieds-toi, maman.

Ces trois mots suffirent à faire taire les douze invités.

Sur la table se trouvaient des relevés bancaires, plusieurs factures et une copie d’un contrat de prêt. Je reconnus le nom de l’entreprise qui avait effectué les travaux de la salle de bains.

Mais ce qui me glaça le sang, c’était la dernière page.

Mon nom y apparaissait.

Sous mon nom, une signature que je n’avais jamais tracée.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

André tourna la feuille vers moi.

— Une demande de crédit de trois cent cinquante mille roubles. Elle a été déposée il y a deux mois en utilisant tes informations personnelles.

Je sentis mon cœur s’emballer.

— Je n’ai jamais demandé ce crédit.

— Je le sais.

Valentina lâcha un petit rire nerveux.

— C’est sûrement une erreur de la banque. De nos jours, tout le monde peut se tromper.

Nikolaï releva les yeux.

— Alors pourquoi le numéro de compte indiqué sur le document est-il celui de ta sœur ?

Le visage de Valentina se figea.

Sa sœur, Irina, vivait à Kazan. Depuis plusieurs années, elle traversait des difficultés financières et demandait régulièrement de l’aide à Valentina. Je l’avais appris par hasard, lors d’une conversation téléphonique que ma belle-mère avait interrompue dès qu’elle m’avait aperçue.

André sortit une autre feuille de la chemise bleue.

— Parce que cet argent a été transféré sur le compte d’Irina. Et une partie a servi à payer les travaux de la salle de bains.

Je regardai les documents sans parvenir à parler.

J’avais versé cent vingt mille roubles à André pour aider ses parents. Je pensais qu’il avait remis cet argent aux ouvriers. Je ne savais pas que des fonds provenant d’un crédit contracté à mon nom avaient également été utilisés.

— Pourquoi as-tu gardé tout cela secret ? demandai-je à mon mari.

Il baissa les yeux.

— Parce que je voulais être certain avant d’accuser ma mère.

Valentina repoussa sa chaise.

— Tu oses m’accuser de voler ma propre famille ? J’ai élevé un fils ingrat !

— Je ne t’accuse pas d’après une impression, répondit André. J’ai vérifié les mouvements bancaires et contacté l’établissement prêteur. Ils m’ont confirmé que le dossier comportait des anomalies. J’ai demandé qu’aucun nouveau versement ne soit effectué avant vérification.

— Tu n’avais pas le droit de fouiller dans mes affaires !

— Et toi, tu avais le droit d’utiliser les informations personnelles de ma femme ?

Elle se tourna vers moi, les yeux brillants de colère.

— Léna, explique-lui ! Tu sais bien que je n’aurais jamais voulu te faire du mal. Tu fais partie de cette famille !

Je la regardai.

Pendant quatre mois, j’avais acheté les médicaments de son mari, accompagné Nikolaï chez ses médecins et passé mes soirées à appeler des pharmacies pour trouver les traitements dont il avait besoin.

J’avais même renoncé à remplacer mes bottines pour participer aux dépenses de leur maison.

Et maintenant, elle me demandait de la protéger.

— Si je fais partie de cette famille, pourquoi m’as-tu traitée de mendiante devant tout le monde ?

Elle resta muette.

Je poursuivis :

— Quand tu avais besoin de quelqu’un pour conduire ton mari à l’hôpital, tu m’appelais ta fille. Quand tu avais besoin d’argent, tu me promettais que tu me rembourserais. Mais quand les invités sont arrivés, tu as trouvé amusant de te moquer de mes vêtements.

Je désignai les documents.

— Et pendant ce temps, quelqu’un utilisait mon nom pour emprunter de l’argent.

Boris, le cousin d’André, se racla la gorge.

— Valentina, tu nous avais pourtant dit que Léna ne contribuait jamais aux dépenses de la maison.

Ma belle-mère se tourna vers lui.

— Ce ne sont pas tes affaires !

— Tu viens de l’humilier devant nous tous, répondit-il. Je pense que nous avons le droit de comprendre.

Nikolaï, qui n’avait pas prononcé un mot depuis plusieurs minutes, posa finalement les documents sur la table.

— Valentina, as-tu utilisé les informations de Léna ?

Elle s’approcha de lui.

— Nikolaï, tu sais bien que j’ai toujours agi pour le bien de notre famille.

— Ce n’est pas une réponse.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot n’en sortit.

Nikolaï se leva avec difficulté, s’appuyant sur le dossier de sa chaise.