Je soupçonnerais d’abord Julien, tout en considérant Monique comme une possible complice. Ce qui me frappe, ce n’est pas seulement la signature falsifiée : c’est la façon dont ils semblent avoir préparé l’expulsion de Claire et de sa mère avant même son arrivée.
Mais le deuxième document pourrait tout changer.
Maître Renaud referma lentement la chemise cartonnée.
— Claire, avant que nous allions plus loin, je voudrais que vous sachiez une chose : les documents que nous avons récupérés soulèvent des questions sérieuses. Nous allons devoir établir qui les a préparés, qui les a signés et à qui ils ont profité.
Julien eut un rire nerveux.
— Vous parlez comme si j’avais commis un crime. C’est ma maison !
— Alors vous n’aurez aucune difficulté à expliquer les documents, répondit l’avocat.
Monique s’avança.
— Cette maison appartient à notre famille depuis des années. Claire est partie à Paris. Elle n’a jamais été là pour s’occuper de quoi que ce soit.
Je la regardai.
— J’ai envoyé 2 000 euros par mois, puis davantage. J’ai payé les travaux, les transports et les dépenses de maman. J’ai même financé votre apport pour l’immeuble. Et vous osez prétendre que je n’ai rien fait ?
— Tu as envoyé de l’argent, répliqua-t-elle. Ça ne te donne pas tous les droits.
— Non. Mais ça ne vous donne pas le droit de voler mon identité.
Son visage se crispa.
Derrière moi, ma mère tentait de ramasser ses médicaments. Je me baissai pour l’aider, puis remarquai que ses doigts tremblaient.
— Maman, tu viens avec moi.
Julien fit un pas vers nous.
— Claire, arrête. On peut régler ça entre nous.
Je levai les yeux vers lui.
— Entre nous ? Tu as laissé ta mère mettre ma mère à la porte. Tu as prétendu que mon entreprise allait mal alors que je ne t’en avais jamais parlé. Et maintenant, mon avocat trouve des documents signés à ma place.
— Tu ne comprends pas tout !
— Alors explique.
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
Maître Renaud sortit une copie de la procuration.
— Ce document autoriserait Julien à prendre certaines décisions au nom de Claire concernant les parts de la SCI. Or, la date indiquée correspond à une période où Claire se trouvait hors de France. Nous devons vérifier les originaux et les conditions dans lesquelles cet acte a été établi.
Monique se tourna brusquement vers son fils.
Ce regard fut bref.
Mais je le vis.
Pour la première fois, elle ne semblait plus certaine de contrôler la situation.
— Julien, dit-elle, explique-leur.
Il passa une main sur son visage.
— C’était simplement pour faciliter les démarches bancaires. Claire aurait signé si elle avait été là.
— Mais je n’étais pas là, répondis-je. Et je n’ai pas signé.
— Je voulais protéger notre patrimoine !
— Quel patrimoine ? Celui que j’ai financé ?
Il détourna les yeux.
Maître Renaud poursuivit :
— Il y a également un mouvement de parts sociales qui mérite d’être examiné. Si les documents sont irréguliers, certaines opérations pourraient être contestées. Mais nous ne tirerons aucune conclusion avant d’avoir vérifié les éléments.
Je regardai Julien.
— Où sont passés mes 85 000 euros ?
Il resta silencieux.
Monique répondit à sa place :
— L’immeuble a coûté cher. Tu sais bien que les prix ont augmenté.
— Alors pourquoi les comptes indiquent-ils un transfert vers une société qui n’apparaît pas dans les documents que tu m’as envoyés ?
Cette fois, Julien pâlit franchement.
Renaud me lança un regard.
Nous avions touché un point sensible.
— Quelle société ? demanda Monique.
L’avocat posa un doigt sur une ligne du relevé.
— Une structure créée quelques mois après le versement de Claire. Nous devons encore identifier les bénéficiaires effectifs et comprendre la justification de cette opération.
Julien s’approcha de lui.
— Vous n’avez pas le droit de fouiller dans mes affaires !
— Nous examinons des documents qui concernent potentiellement les fonds de notre cliente, répondit calmement Renaud. Si vous estimez qu’une pièce a été obtenue irrégulièrement, vous pourrez le faire valoir par les voies appropriées.
Je compris alors que Julien n’avait pas seulement voulu profiter de mon absence.
Il avait peut-être utilisé cette absence pour construire une situation dans laquelle je n’aurais plus aucun moyen de récupérer ce qui m’appartenait.
Et ma mère, elle, avait vécu au milieu de tout cela.
Je me tournai vers elle.
— Maman, pourquoi es-tu assise dehors ? Qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui ?
Elle hésita.
Monique intervint aussitôt.
— Elle est tombée. Elle devient confuse, tu sais. À son âge, ça arrive.
Ma mère releva la tête.
— Je ne suis pas confuse.
Sa voix était faible, mais ferme.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
Elle prit une inspiration.