L’inconnu de la réanimation était milliardaire… et le mari de l’infirmière avait choisi la mauvaise victime
Le troisième jour, Manon remarqua que le patient inconnu réagissait à la voix humaine.
Lorsqu’elle ajusta sa couverture, ses doigts bougèrent légèrement. Elle se pencha vers lui.
— Vous êtes à l’hôpital de Lyon. Vous avez été opéré. Vous êtes en sécurité, monsieur. Si vous m’entendez, essayez de serrer ma main.
Une pression presque imperceptible répondit à la sienne.
Manon appela immédiatement le docteur Delmas. Après plusieurs vérifications, l’équipe constata que le patient reprenait progressivement conscience. Son état demeurait fragile, mais il avait franchi une étape importante.
Quelques heures plus tard, l’homme ouvrit les yeux.
— Où… suis-je ?
— À l’hôpital. Vous avez eu un accident. Ne faites pas d’effort.
Il essaya de se redresser, puis grimaça de douleur.
— Mon portefeuille…
— Nous n’avons retrouvé aucun document sur vous.
Il ferma les yeux, comme si cette réponse confirmait une crainte.
— Ils l’ont pris.
Manon échangea un regard avec le médecin.
— Qui ça, monsieur ?
L’homme ne répondit pas. Il demanda seulement un verre d’eau et se rendormit peu après.
Manon nota ses paroles dans le dossier médical. Elle ne savait pas qui avait pu le dépouiller, mais elle était certaine d’une chose : cet homme ne ressemblait pas à quelqu’un qui avait simplement perdu ses affaires.
Le même après-midi, Nicolas lui téléphona.
— Tu es où ?
— Au travail. Pourquoi ?
— J’ai besoin de ta carte d’identité et de quelques documents bancaires. La concession réclame des justificatifs pour le véhicule.
Manon fronça les sourcils.
— Quels justificatifs ? Le crédit a déjà été accordé.
— C’est une formalité. Ne complique pas tout, Manon. Je suis en rendez-vous.
— Je ne t’enverrai rien sans savoir exactement ce que tu signes à ma place.
Un silence suivit.
— Tu ne me fais donc toujours pas confiance ?
Elle ferma les yeux un instant. Cette question avait longtemps suffi à la faire céder.
— Je te faisais confiance quand j’ai signé le prêt. Maintenant, je veux simplement savoir ce qu’il advient de mon argent.
Nicolas raccrocha.
Le soir même, en rentrant, Manon découvrit que plusieurs dossiers avaient disparu du tiroir où elle conservait ses papiers personnels. Sa pièce d’identité, une copie du contrat de crédit et certains relevés bancaires n’étaient plus là.
Nicolas prétendit les avoir pris pour préparer le dossier du véhicule.
Mais, en fouillant le tiroir, Manon trouva un reçu froissé provenant d’une société de location automobile. Le nom du conducteur y figurait : Nicolas Perrin. La date correspondait à la veille de l’achat du SUV.
Pourquoi son mari aurait-il loué une autre voiture alors qu’il venait d’en acheter une ?
Elle photographia le reçu et le rangea dans son sac.
Pour la première fois depuis des années, elle décida de ne pas chercher immédiatement une explication qui rendrait le comportement de Nicolas acceptable.
Elle allait vérifier les faits.
Le lendemain matin, une femme élégamment vêtue se présenta à l’accueil de l’hôpital. Elle demanda à voir le patient inconnu et montra une photographie à l’agent de sécurité.
Sur le cliché, un homme aux cheveux gris se tenait devant un bâtiment moderne, vêtu d’un costume sombre. À son poignet brillait une montre imposante.
Manon, qui passait à proximité, s’arrêta net.
C’était le patient de la chambre 12.
La femme remarqua son regard.
— Vous le reconnaissez ?
— Il est hospitalisé ici. Mais je ne peux pas vous donner d’informations médicales sans vérifier votre identité et votre lien avec lui.
La visiteuse hocha la tête, visiblement soulagée par cette prudence.
— Je m’appelle Éléonore Vasseur. Je suis son avocate. Cet homme est Gabriel Vasseur, le fondateur du groupe Vasseur Énergies.
Manon resta silencieuse.
Le groupe possédait plusieurs entreprises dans la région et figurait parmi les grands acteurs français du secteur énergétique. Son nom apparaissait régulièrement dans la presse économique.
— Pourquoi personne ne l’a identifié ? demanda-t-elle.
— Parce qu’il a quitté son domicile sans son téléphone, ses papiers ni son portefeuille. Et parce que quelqu’un avait tout intérêt à ce qu’on ne le retrouve pas.
Éléonore marqua une pause.
— Avant de vous expliquer davantage, je dois vous demander une chose : avez-vous constaté des visites inhabituelles dans sa chambre ?
Manon réfléchit.
Deux nuits auparavant, un homme portant un badge temporaire avait insisté pour consulter le dossier du patient. Il s’était présenté comme un membre du service administratif, mais son nom ne figurait sur aucune liste autorisée.
Elle avait refusé de lui donner accès aux informations médicales.
— Un homme est venu. J’ai signalé l’incident à mon supérieur.
L’avocate pâlit.
— Vous vous souvenez de son visage ?
— Oui.
Éléonore lui montra plusieurs photographies sur sa tablette. Manon désigna l’une d’elles : un homme brun d’une quarantaine d’années.
— C’est lui.
L’avocate referma aussitôt sa tablette.