— Merci. Vous venez peut-être d’empêcher une seconde tentative d’approcher Gabriel.

Elle expliqua ensuite que Gabriel Vasseur avait découvert des transferts financiers suspects au sein de son groupe. Il préparait un audit confidentiel concernant un directeur financier et plusieurs sociétés intermédiaires. Peu avant son accident, il avait confié à son avocate qu’il se sentait suivi.

Les enquêteurs devaient encore établir les circonstances exactes de sa chute près de la voie ferrée. Rien ne permettait, à ce stade, de conclure à une agression.

Mais son portefeuille disparu et la présence d’un visiteur non autorisé justifiaient une vigilance accrue.

Manon transmit ses observations au médecin responsable et à la sécurité de l’hôpital. Éléonore, de son côté, contacta les autorités compétentes.

Avant de partir, l’avocate lui adressa un regard reconnaissant.

— Vous avez défendu sa prise en charge alors que personne ne savait qui il était. Vous avez fait votre travail avec une intégrité rare.

Manon répondit simplement :

— Il était blessé. Cela suffisait.

Elle ignorait encore que cette phrase allait bouleverser sa propre vie.

Car le soir même, en consultant les mouvements de son compte bancaire, elle découvrit un retrait qu’elle n’avait jamais autorisé. Une somme importante avait été transférée vers un compte dont elle ne connaissait pas le titulaire.

Elle appela immédiatement sa banque.

Adrien Roche, son conseiller, vérifia le dossier.

— Madame Perrin, le transfert a été demandé avec des justificatifs associés à votre identité. Nous allons ouvrir une contestation et sécuriser votre compte.

— Mais je n’ai jamais demandé ce transfert.

— Je vous crois. En revanche, je dois vous prévenir que les documents transmis comprennent également une demande de modification concernant le financement du véhicule.

Manon sentit son cœur s’accélérer.

— Quel véhicule ?

— Le SUV gris. Il apparaît dans un dossier de financement complémentaire. Votre signature est présente, mais je ne peux pas vous confirmer qu’elle est authentique avant expertise.

Elle raccrocha après avoir demandé le blocage des opérations suspectes et la conservation de toutes les pièces du dossier.

Puis elle appela Nicolas.

Il ne répondit pas.

Elle rentra chez elle plus tôt que prévu. Le SUV n’était plus dans le parking. Dans leur chambre, l’armoire de Nicolas était presque vide. Plusieurs chemises, ses chaussures et sa valise avaient disparu.

Sur la table de la cuisine reposait une enveloppe.

À l’intérieur, une feuille portait quelques lignes écrites de sa main :

« Manon, ne cherche pas à me joindre. J’ai besoin de temps. Pour le crédit, tu sauras quoi faire. »

Elle relut la dernière phrase.

Tu sauras quoi faire.

Après dix ans de mariage, il lui laissait une dette, des documents utilisés à son insu et aucune explication.

À cet instant, son téléphone vibra.

Un message provenait d’un numéro inconnu.

« Votre mari n’a pas seulement pris le crédit à votre nom. Il travaille avec les personnes qui ont voulu faire taire Gabriel Vasseur. Si vous voulez comprendre, venez seule à cette adresse. »

Un lieu et une heure étaient indiqués.

Manon sentit la peur l’envahir. Elle ne savait pas si le message était vrai, ni si son auteur cherchait à l’aider ou à la piéger.

Elle ne se rendrait certainement pas seule à ce rendez-vous. Elle sauvegarda le message, en fit une capture d’écran et le transmit à la police avec les autres éléments.

Puis elle retourna à l’hôpital.

Gabriel Vasseur était réveillé. Il parlait encore difficilement, mais son regard était désormais plus clair.

Manon s’approcha de son lit.

— Monsieur Vasseur, je dois vous poser une question. Connaissez-vous un homme nommé Nicolas Perrin ?

Le visage du patient changea.

Il tenta de se redresser malgré la douleur.

— Perrin… Vous avez dit Nicolas Perrin ?

— Oui. C’est mon mari.

Gabriel la fixa longuement. Puis il demanda qu’on ferme la porte.

— Votre mari travaillait pour une société chargée d’auditer certaines opérations de mon groupe, dit-il. Il y a trois semaines, il m’a transmis des documents qui semblaient prouver des détournements. Mais avant que je puisse les vérifier, il a disparu de nos radars.

Manon sentit ses jambes faiblir.

— Nicolas n’a jamais travaillé pour votre groupe.

— Pas directement. Il était employé par un cabinet de conseil extérieur. Et son nom apparaît dans un dossier que mon avocate doit remettre aux enquêteurs.

Gabriel tourna la tête vers la fenêtre.

— Je ne sais pas s’il a participé à ce qui m’est arrivé. Je ne veux accuser personne sans preuve. Mais je sais que certains ont tenté de faire disparaître des documents essentiels.

Il regarda de nouveau Manon.

— Si votre mari est impliqué, il se peut qu’il ait utilisé votre identité pour masquer certaines opérations.