Il est rentré onze mois plus tôt et a découvert sa femme humiliée par sa propre famille… Mais le carnet caché dans un bocal de riz allait révéler une vérité bien plus terrible

Je n’ai pas répondu tout de suite à ma mère. J’ai glissé le carnet dans la poche intérieure de ma veste, puis j’ai aidé Anaïs à se relever.

Elle tremblait tellement qu’elle avait du mal à tenir debout.

— On part, lui ai-je murmuré.

Ma mère s’est immédiatement interposée devant la porte.

— Tu ne vas quand même pas l’emmener après ce qu’elle a fait ! Tu es capitaine, Nicolas. Tu as une réputation à protéger. Si tu savais ce que les gens racontent sur elle…

— Alors, tu n’auras aucun mal à me montrer les preuves.

Manon a croisé les bras.

— Tu crois vraiment que tout le monde ment, sauf elle ?

J’ai regardé le bracelet doré à son poignet. Je me souvenais très bien de notre dernière conversation vidéo, trois semaines auparavant. Elle m’avait expliqué qu’elle n’avait plus assez d’argent pour payer son loyer et qu’elle avait besoin d’aide.

À cette époque, je lui avais envoyé six cents euros.

— Manon, d’où vient ce bracelet ?

Elle a instinctivement ramené son poignet contre elle.

— C’est un cadeau.

— De qui ?

— Ça ne te regarde pas.

Ma mère a élevé la voix.

— Ne détourne pas la conversation ! C’est Anaïs qui nous a attiré des ennuis !

J’ai sorti mon téléphone.

— Très bien. Puisque des hommes sont venus réclamer quarante mille euros et que ma femme a été blessée, nous allons appeler la police. Nous leur expliquerons tout, y compris pourquoi vous affirmez que la dette est la sienne.

Le visage de ma mère a changé.

Pas beaucoup. Juste assez pour que je le remarque.

— Tu ne vas pas faire intervenir la police dans une affaire de famille, Nicolas !

— Une affaire de famille ? Anaïs a été blessée. Quelqu’un lui a rasé les cheveux. Je ne vais pas prétendre que ce n’est rien pour préserver notre image.

Manon s’est tournée vers notre mère.

Un échange de regards rapide.

Presque imperceptible.

Mais je l’ai vu.

Et je savais désormais qu’il fallait comprendre ce qu’elles cherchaient à me cacher.

 

Nous avons passé la première nuit dans un hôtel, à quelques kilomètres de chez ma mère.

Anaïs n’a presque rien mangé. Elle restait assise près de la fenêtre, les genoux contre la poitrine, comme si elle attendait encore que quelqu’un entre pour l’accuser.

J’ai acheté des vêtements confortables et des produits pour nettoyer ses blessures. Quand je suis revenu, elle était devant le miroir de la salle de bains.

Elle touchait doucement les mèches irrégulières qui lui restaient.

— Ils ont dit que je devais avoir honte, murmura-t-elle. Que je n’avais plus le droit de porter ton nom.

Je me suis approché, sans la toucher immédiatement.

— Tu n’as rien à prouver à ces gens.

Elle a baissé la tête.

— Tu ne sais pas tout, Nicolas.

Cette phrase m’a glacé.

— Alors raconte-moi.

Elle s’est assise sur le bord du lit et a sorti un second carnet, beaucoup plus petit, de la poche de son sac.

— Celui que je t’ai montré était le premier. J’y notais les choses que je ne voulais pas oublier. Mais, il y a deux mois, j’ai compris que quelqu’un fouillait dans nos affaires. J’ai commencé à conserver des copies ailleurs.

Elle a ouvert le carnet.

La première page contenait une liste de dates et de sommes d’argent.

Puis des noms.

Le nom de Manon revenait souvent.

Celui de ma mère apparaissait à côté de plusieurs retraits effectués sur notre compte commun.

J’ai parcouru les pages sans parler.

Environ un an auparavant, juste avant mon départ en mission, Manon avait eu un accident de scooter. Elle m’avait expliqué qu’elle avait endommagé un véhicule appartenant à un ami et qu’elle devait rembourser rapidement les réparations.

Anaïs et moi avions puisé dans nos économies pour l’aider.

Quelques semaines plus tard, ma mère avait affirmé que Manon avait besoin d’un soutien supplémentaire pour reprendre ses études. Nous avions versé une nouvelle somme.

Au total, plusieurs milliers d’euros avaient disparu.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? ai-je demandé.

Anaïs a relevé les yeux.

— Je l’ai fait.

Je me suis arrêté.

— Quoi ?

— Je t’ai envoyé des messages. Je t’ai expliqué que les montants ne correspondaient pas aux factures. Tu m’as répondu que Manon traversait une période difficile et que je devais faire confiance à ta mère.

J’ai relu les dates.

Elle disait vrai.

Je me souvenais de ces messages. J’avais répondu entre deux réunions, convaincu qu’Anaïs se faisait trop de souci pour de petites sommes.