À 10 h 47, Thomas m’envoya un message.
« Tu en es où ? Maman commence à s’impatienter. Si tu reviens les mains vides, ne prends même pas la peine de monter. »
Je lus le message dans le hall de mon immeuble, puis je rangeai mon téléphone.
Derrière moi, Sophie refermait son dossier.
— Tu es certaine de vouloir faire ça aujourd’hui ?
Je la regardai.
— Pendant cinq ans, j’ai attendu qu’il change. Aujourd’hui, je veux simplement qu’il comprenne que je ne suis plus à sa disposition.
Elle hocha la tête.
À mes côtés se trouvaient deux traiteurs que Sophie avait contactés pour préparer la réception dans les délais. Les soixante plats étaient répartis dans de grands contenants isothermes, soigneusement étiquetés. Il y avait des entrées, des plats chauds, des accompagnements et des desserts. Exactement soixante préparations, comme Monique l’avait exigé.
Mais ce n’était pas cela qui allait bouleverser la journée.
Dans le sac de Sophie se trouvaient une mise en demeure, les justificatifs de propriété de mon appartement, des relevés bancaires et plusieurs documents que Thomas n’aurait jamais imaginé voir réunis.
À 11 h 35, nous sommes arrivées devant mon immeuble.
J’ai sonné.
Thomas a ouvert, vêtu d’une chemise impeccable. Derrière lui, la salle à manger était décorée de ballons dorés. Monique trônait au milieu de ses invités, une coupe à la main.
— Enfin ! s’exclama-t-elle. J’espère que tu as compris la leçon.
Son sourire disparut lorsqu’elle aperçut les traiteurs.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Vos soixante plats, répondis-je calmement.
Les contenants furent déposés sur la grande table. Les invités se levèrent, curieux. Monique s’approcha du premier plateau, souleva le couvercle et découvrit une entrée élégamment dressée.
— Au moins, tu as fini par comprendre comment recevoir correctement.
Thomas éclata de rire.
— Tu vois ? Quand elle veut, elle sait obéir.
Je le regardai sans répondre.
Puis Sophie entra.
Elle posa son dossier sur la table, juste devant lui.
— Bonjour, monsieur. Sophie Bernard, avocate de Claire.
Thomas fronça les sourcils.
— Son avocate ? Pour quoi faire ?
— Nous allons commencer par une question très simple, répondit-elle. Pourquoi avez-vous enfermé votre épouse dans une pièce et menacé de la mettre dehors si elle ne préparait pas seule soixante plats pour votre mère ?
Le silence tomba si brutalement que j’entendis le bourdonnement du réfrigérateur.
Monique se mit à rire nerveusement.
— Oh, voyons ! C’était une dispute de couple. Thomas a parfois mauvais caractère, mais il ne faut pas exagérer.
Sophie sortit son téléphone.
— Nous disposons d’un enregistrement de la scène. Nous avons également des messages qui documentent les menaces et les pressions financières exercées sur Claire.
Thomas devint livide.
— Tu m’as enregistré ?
— J’ai conservé la preuve de ce qui s’est passé, répondis-je. Tu aurais préféré que je continue à prétendre que tout allait bien ?
Il s’approcha de moi, le visage rouge.
— Tu vas arrêter ce cinéma et renvoyer cette femme !
Sophie se plaça entre nous.
— Je vous conseille de garder vos distances et de ne pas menacer ma cliente.
Pour la première fois depuis des années, Thomas recula.
Mais le véritable choc l’attendait encore.
Sophie ouvrit son dossier et en sortit un acte de propriété.
— Cet appartement a été acquis par Claire dix mois avant votre mariage. Le titre de propriété est à son seul nom, et les échéances du crédit ont été réglées par ses comptes. Monsieur, vous avez présenté ce logement à votre famille comme votre bien personnel. Vous avez également menacé votre épouse de la chasser de chez elle.
Un murmure parcourut la pièce.
La sœur de Thomas se tourna vers lui.
— Attends… Tu nous as toujours dit que c’était toi qui avais acheté cet appartement !
Il ne répondit pas.
Monique, elle, avait perdu toutes ses couleurs.
— Mais nous vivons ici ! protesta-t-elle. C’est aussi la maison de mon fils !
— Vous êtes ici en tant qu’invitée, madame, répondit Sophie. Et Claire est libre de décider qui elle autorise à rester dans son logement, sous réserve des règles applicables.
Thomas saisit le document.
— Ce n’est qu’un papier ! Je suis son mari !
— Justement, dit Sophie. Le mariage ne vous donne pas le droit de posséder les biens personnels de votre épouse ni de la contraindre par la violence.
Puis elle posa devant lui un deuxième dossier.
Celui-là contenait les relevés des virements effectués depuis mon compte vers le compte de Monique au cours des trois dernières années.
— Et voici les sommes que Claire a versées pour financer les dépenses de votre mère. Certaines étaient présentées comme des prêts temporaires. D’autres correspondaient à des dépenses que votre mari lui demandait de prendre en charge sans jamais lui expliquer sa propre situation financière.