Le premier coup frappé contre la porte du sous-sol fit sursauter Élise.

— POLICE ! Ouvrez immédiatement !

Elle essaya de se relever, mais une nouvelle douleur lui traversa le ventre. Elle s’agrippa à une étagère, les jambes tremblantes.

— Julien ! Je suis là !

Au-dessus d’elle, des voix s’élevèrent, puis des pas précipités résonnèrent dans l’escalier.

La porte s’ouvrit enfin.

Julien apparut, le visage blême. Lorsqu’il aperçut sa sœur recroquevillée sur le sol, une main posée sur son ventre, il s’agenouilla aussitôt.

— Élise… Mon Dieu…

Elle s’effondra contre lui.

— J’ai cru que je n’allais jamais te revoir.

— Je suis là. Je ne te laisserai plus seule.

Il retira sa veste pour la couvrir, puis appela les secours médicaux qui accompagnaient les policiers. Élise fut examinée sur place avant d’être transportée à la maternité. Les contractions et les douleurs exigeaient une prise en charge urgente.

Derrière eux, Thomas criait encore.

— Vous n’avez aucun droit d’entrer chez moi ! C’est une affaire privée !

Marc se retourna.

— Une femme enceinte blessée, enfermée contre sa volonté et privée de soins ne constitue pas simplement une dispute familiale. Vous allez nous accompagner.

Monique s’avança, les mains tremblantes.

— Mais c’est mon fils ! Vous ne pouvez pas détruire toute une famille pour une gifle !

Julien se redressa lentement.

— Une gifle ? Vous l’avez regardée tomber. Vous avez entendu ses appels à l’aide. Vous saviez qu’elle avait mal et vous l’avez laissée enfermée au sous-sol.

Monique détourna les yeux.

— Elle exagère toujours…

— Non, répondit Julien. C’est vous qui avez passé des années à minimiser ce qu’elle subissait.

Puis il suivit les secouristes, sans accorder un regard supplémentaire à sa famille.

À la maternité, les heures qui suivirent furent les plus longues de sa vie.

Élise fut installée dans une chambre de surveillance. Les médecins vérifièrent son état et celui du bébé. Julien attendait dans le couloir, incapable de rester assis.

Il avait encore dans la poche le téléphone qu’il avait utilisé pour contacter Marc. Sur l’écran, le message de sa sœur apparaissait toujours.

Viens. Maintenant.

Deux mots.

Deux mots qui lui avaient fait comprendre que tous les silences précédents n’étaient peut-être pas des choix, mais des appels à l’aide qu’elle n’avait jamais réussi à formuler.

Quand le médecin sortit enfin, Julien se leva d’un bond.

— Comment va-t-elle ?

— Votre sœur est prise en charge. Nous devons continuer à la surveiller attentivement, mais le rythme cardiaque du bébé est rassurant pour le moment. Les prochaines heures restent importantes.

Julien ferma les yeux, soulagé sans parvenir à se détendre.

Lorsqu’il entra dans la chambre, Élise était éveillée.

— Ils sont partis ? demanda-t-elle.

— Thomas et ses parents sont avec la police. Tu n’as pas à les revoir.

Elle regarda le plafond.

— Je pensais que si je partais, tout le monde dirait que j’avais détruit notre mariage.

Julien s’assit près d’elle.

— Tu n’as pas détruit ton mariage. Tu as essayé de survivre à ce qu’ils te faisaient.

Élise se mit à pleurer.

— J’aurais dû t’appeler avant.

— Tu m’as appelé quand tu as pu. C’est tout ce qui compte.

Il lui prit la main, sans la serrer trop fort.

— Maintenant, tu vas te reposer. Pour toi et pour ta petite fille. Le reste, on le prendra un jour après l’autre.

Élise tourna la tête vers lui.

— Comment sais-tu que c’est une fille ?

Julien esquissa un sourire triste.

— Tu me l’as dit la semaine dernière, quand tu m’as appelée en cachette. Tu m’as expliqué que tu avais choisi le prénom Emma.

Elle ferma les yeux.

Elle avait cru que personne ne retenait ses paroles.

Mais son frère les avait gardées en mémoire.

Pendant ce temps, au domicile des Delorme, une autre vérité commençait à émerger.

Camille avait finalement accepté de remettre aux policiers la vidéo enregistrée dans le salon. Elle prétendit d’abord qu’elle n’avait filmé que quelques secondes, pour plaisanter, et qu’elle n’avait jamais pensé que son frère irait aussi loin.

Mais l’enregistrement racontait une histoire bien différente.

On y entendait Thomas insulter Élise, lui interdire d’appeler un médecin, la repousser puis la frapper avec le parapluie. On entendait Monique justifier son comportement et Gérard demander que les volets soient fermés pour que les voisins ne découvrent rien.

La vidéo montrait aussi Camille continuant à filmer alors qu’Élise suppliait qu’on la laisse contacter son frère.

Les enquêteurs conservèrent le fichier original et cherchèrent à établir les circonstances exactes des faits. D’autres éléments, notamment les déclarations des personnes présentes et les traces relevées par les médecins, devaient être confrontés à l’enregistrement.

Camille finit par avouer que son téléphone avait automatiquement sauvegardé la vidéo sur un espace en ligne. Elle avait tenté de la supprimer lorsque son père le lui avait ordonné, mais elle n’y était pas parvenue.