— Son associé, répondit Laurent. Ils se connaissent depuis des années. Et d’après les documents que nous avons retrouvés, ils ont déjà utilisé ce système avec d’autres personnes.

Claire ferma les yeux un instant.

Elle n’avait jamais souhaité avoir raison sur Camille. Elle aurait préféré découvrir une simple erreur, un malentendu, quelque chose qui lui aurait permis de retrouver son fils sans détruire son bonheur.

Mais il était trop tard pour les regrets.

À l’intérieur du domaine, Julien venait de recevoir le message.

Il ouvrit d’abord les relevés bancaires. Plusieurs virements avaient été effectués depuis des comptes liés à Camille vers une société étrangère. Puis il consulta les messages.

L’un d’eux, envoyé trois semaines plus tôt, lui coupa le souffle.

« Une fois mariés, il sera beaucoup plus facile de le convaincre de signer. Sa mère restera notre seul obstacle. Il faut qu’il cesse de lui faire confiance avant la cérémonie. »

Julien sentit ses mains devenir moites.

Il ouvrit ensuite le fichier audio.

La voix de Camille retentit dans le silence de la petite salle où il s’était isolé.

— Il croit que je l’aime. Une fois que j’aurai accès à ses comptes et aux actifs familiaux, je n’aurai plus besoin de jouer la fiancée parfaite. Sa mère ? Elle ne représente qu’un problème à éliminer de notre chemin.

Une seconde voix répondit :

— Et s’il découvre tout ?

Camille eut un petit rire.

— Il ne découvrira rien. Il est tellement désespéré de construire sa propre famille qu’il préfère croire une inconnue plutôt que sa mère.

Julien arrêta l’enregistrement.

Pendant quelques secondes, il ne bougea plus.

Puis il retourna dans la salle de réception.

Camille l’attendait près de l’autel, entourée de ses demoiselles d’honneur. En le voyant revenir, elle sourit.

— Mon amour, tout va bien ?

Julien la regarda comme s’il découvrait son visage pour la première fois.

— Il faut qu’on parle.

Son sourire se figea.

— Maintenant ? Tout le monde nous attend.

— Justement. Je pense que tout le monde mérite de savoir pourquoi ce mariage doit s’arrêter.

Camille pâlit.

— Julien, tu es nerveux. C’est normal. Respire un peu.

Il sortit son téléphone et lança l’enregistrement.

Au début, Camille ne réagit pas. Puis sa propre voix résonna dans la salle.

Les conversations cessèrent une à une.

Les invités se tournèrent vers elle.

— C’est un montage ! cria-t-elle.

Julien ne répondit pas. Il posa devant elle la copie de la procuration falsifiée.

— Tu peux expliquer ça aussi ?

Camille recula.

À cet instant, deux policiers en civil, prévenus par l’avocat de Claire, entrèrent dans la salle. Ils souhaitaient entendre Camille au sujet de documents financiers suspects. Ils ne la déclarèrent coupable de rien sur place, mais lui demandèrent de les accompagner pour répondre à leurs questions.

Elle se tourna vers Julien, les yeux brillants de rage.

— Tu vas vraiment me faire ça ? Après tout ce qu’on a vécu ?

Il eut un rire bref, douloureux.

— Ce qu’on a vécu ? Tu as passé des mois à me convaincre que ma mère était mon ennemie.

— Elle t’a toujours manipulé !

— Non, Camille. C’est toi qui m’as manipulé. Et le pire, c’est que tu n’as même pas eu besoin de me mentir sur tout. Tu as simplement utilisé mes propres peurs contre moi.

Elle tenta de s’approcher, mais il recula.

Quelques minutes plus tard, Camille quitta le domaine avec les policiers. La cérémonie fut annulée. Les invités repartirent dans un silence pesant, laissant derrière eux les tables dressées, les fleurs blanches et un gâteau de mariage qui ne serait jamais découpé.

Julien resta seul dans la salle.

Pour la première fois depuis des mois, il comprit l’étendue de ce qu’il avait fait à sa mère.

Il prit son téléphone et l’appela.

Elle décrocha après plusieurs sonneries.

— Oui, Julien ?

Sa voix était calme. Trop calme.

— Maman… où es-tu ?

— Chez moi.

Il avala difficilement sa salive.

— Est-ce que je peux venir ?

Un silence s’installa.

— Pourquoi ?

Julien baissa la tête.

— Parce que j’ai été un idiot. Parce que je t’ai humiliée devant 120 personnes alors que tu essayais de me protéger. Et parce que je ne sais pas comment te demander pardon.

De l’autre côté, Claire ferma les yeux. Elle avait imaginé cette conversation des dizaines de fois, mais jamais elle n’avait pensé qu’elle lui ferait aussi mal.

— Julien, je t’aime. Tu es mon fils, et cela ne changera jamais. Mais tu ne peux pas me demander d’oublier ce qui s’est passé simplement parce que tu as découvert la vérité.

— Je ne te le demande pas.

Sa voix se brisa.

— Je veux seulement avoir une chance de réparer les choses.

Claire resta silencieuse un long moment.